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Labrador Production: forte croissance pour les ventes d’huiles essentielles forestières


15 juillet 2021
Par Guillaume Roy

Depuis 2015, Labrador Production connaît une forte croissance des ventes d’huiles essentielles d’épinette noire et de sapin baumier. L’entreprise, qui a un chiffre d’affaires d’environ 1,5 million de dollars, compte encore doubler son volume d’activité au cours des prochaines années, en misant notamment sur l’aide de travailleurs étrangers.

Sur un lot privé de Notre-Dame-de-Lorette, dans le nord du Lac-Saint-Jean, une douzaine de travailleurs guatémaltèques sont à l’oeuvre pour couper les branches du bas sur les épinettes noires qui ont une quinzaine d’années.

« On va passer au moins quatre semaines pour récolter les branches d’épinette noire sur ce terrain-là », explique Tony Paré, directeur des approvisionnements et de la qualité pour Labrador Production.

Pour répondre à la demande croissante pour l’huile d’épinette noire, Labrador Production propose, depuis quelques années, aux propriétaires de lots privés de venir élaguer gratuitement les branches en sous-étage des arbres de 10 à 20 ans. « On leur offre 5 $ par tonne pour les aider à générer un revenu supplémentaire, note Enrico Lavoie, un des propriétaires. Pour un lot, ça peut représenter un revenu de 500 $, ce qui permet de payer les taxes, sans compter qu’il est plus facile de circuler en forêt après la récolte des branches ».

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Enrico Lavoie montre la nouvelle mousse antiseptique qu’il met en marché sous la marque Savia.

De plus, l’entreprise a fait une autre innovation à son modèle d’affaires, en 2019, lorsqu’elle a décidé d’embaucher des travailleurs étrangers, soit 12 Guatémaltèques.

Équipe de travail

De ce nombre, il y a Leonel Alberto Reyes, 34 ans, et Moris Omar Paz, 26 ans, qui sont tous deux très heureux d’avoir été sélectionnés parmi la cinquantaine de candidatures qui avaient été soumises.

« En quelques mois de travail, on peut gagner l’équivalent de trois ans de salaire », souligne Leonel Alberto Reyes.

« C’est un excellent revenu pour la famille, même si c’est difficile d’être loin d’eux », ajoute Moris Omar Paz, père de deux enfants de 3 et 5 ans.

Ces deux hommes n’avaient jamais entendu parler du travail de récolteur de branches avant de venir au Québec une première fois en 2019. « On pensait qu’on venait couper des arbres », lance Leonel.

Tony Paré (au centre), chef d’approvisionnement, est très satisfait de la production des travailleurs guatémaltèques, comme Moris Omar Paz (à gauche) et Leonel Alberto Reyes (à droite).

Bien que le travail soit éreintant, il demeure plus facile que son ancien travail dans une plantation de bananes.

Chaque semaine, ces travailleurs passent près de 60 heures au boulot, à raison de 10 heures par jour, six jours par semaine. Ils gagnent le salaire minimum, de 13,50 $/h. Les heures sont comptées à temps et demi après 40 heures, ce qui leur permet de faire plus de 900 $ par semaine après les déductions.

« Même si on travaille fort, on a beaucoup de plaisir », lance Moris Omar, le sourire aux lèvres.

Un logement à Saint-Stanislas et deux minicamionnettes sont aussi fournis à l’équipe de récolte.

Pour Antoine Sauret, chef d’équipe, qui est natif de Lyon, en France, cette expérience de travail lui permet de suivre un cours d’espagnol accéléré, tout en travaillant dans la nature. L’utilisation d’outils de traduction en ligne est aussi fort pertinente pour mieux se comprendre.

Approvisionnement

Fait à noter, Labrador Production recherche constamment de nouveaux propriétaires de plantations d’épinette noire pour combler ses approvisionnements.

En plus de l’équipe de travailleurs étrangers, Labrador Production achète les branches d’épinette à une quinzaine de cueilleurs autonomes sur le territoire. « Les meilleurs sont capables de faire jusqu’à 1800 $ par semaine », note Enrico Lavoie.

Pour arriver à une telle production, il faut toutefois être bien équipé, avec un quatre-roues pour trimbaler les branches efficacement. Un ciseau électrique est aussi de mise. C’est pourquoi l’entreprise a investi 25 000 $ pour acheter dix ciseaux électriques à son équipe de travailleurs étrangers.

La tête d’ébranchage a été conçue sur mesure pour les besoins de Labrador Production.

Les branches sont tirées dans des traîneaux par des quatre-roues, puis chargées dans une remorque conçue sur mesure pour cette opération et qui peut contenir entre 14 et 16 tonnes.

Cette année, Labrador Production a aussi conclu un partenariat avec l’Agence de gestion intégrée des ressources afin d’intégrer la récolte des houppiers aux opérations forestières. « Ça va nous permettre d’augmenter l’approvisionnement d’environ 20 % », se réjouit Enrico Lavoie.

« Ça permet de créer plus de richesse avec chaque kilomètre de chemin en faisant autre chose que des deux par quatre », dit-il, en ajoutant que la MRC de Maria-Chapdelaine fait aussi la récolte des houppiers sur les terres publiques intramunicipales depuis trois ans.

Ce partenariat coïncide avec l’obtention d’un permis de récolte de bois aux fins d’approvisionner une usine (PRAU) de 5000 tonnes métriques en forêt publique. « Ça me permet d’avoir une meilleure écoute auprès du ministère parce qu’on est maintenant un bénéficiaire d’un volume de bois », fait valoir Enrico Lavoie.

Tout l’approvisionnement est ensuite acheminé à l’usine de transformation, qui se trouve à une quinzaine de kilomètres au nord de Girardville.

Les houppiers doivent être ébranchés, avec une tête d’ébranchage conçue sur mesure par JP Concept, une entreprise de Girardville.

Puis, les branches sont broyées, avant d’être mises dans un conteneur qui peut en contenir environ sept tonnes.

Production

L’aventure de Labrador Production a démarré en 2015, quand Enrico Lavoie, qui travaillait jadis pour la Coopérative forestière de Girardville, a commencé à louer les équipements de production d’huile de son ancien employeur, qui venait d’abandonner la filiale d’Origina, à la suite de problèmes financiers.

« J’ai décidé de concentrer les activités sur la production d’huiles essentielles pour la vente en vrac, plutôt que de miser sur les épices boréales », rapporte Enrico Lavoie.

En développant le marché, les ventes ont cru chaque année. Avec un modeste chiffre d’affaires de 40 000 $ la première année, les ventes sont passées à 200 000 $, puis 400 000 $, pour atteindre 1,5 million $ cette année.

Pour y arriver, Labrador Production transforme 70 tonnes d’aiguilles d’épinette noire par semaine. L’entreprise transforme aussi le sapin baumier, mais faute de pouvoir compter sur un approvisionnement de branches fiables pendant l’épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette, elle s’est tournée vers l’écorce de sapin produite par l’usine de Produits forestiers Résolu. « On en transforme 400 tonnes par année, note Enrico Lavoie. On distille les écorces pour récolter l’huile, puis les résidus sont amenés à l’usine de cogénération de Saint-Félicien pour produire de l’électricité. Ça permet de créer plus de valeur avec la ressource. »

Il est possible de produire 35 litres d’huile essentielle en distillant le contenu d’un conteneur plein, soit environ sept tonnes de matière.

Il faut compter de 10 à 12 heures pour distiller sept tonnes de branches, afin de produire 35 litres d’huile d’épinette noire. Pour arriver à un tel rendement, l’entreprise a investi plus de 400 000 $ dans ses équipements. Récemment, elle a injecté 40 000 $ supplémentaires pour récupérer l’hydrolat, jadis considéré comme un résidu, afin de développer de nouveaux marchés.

Labrador Production fait aussi de l’huile de thé du labrador, mais en plus petite quantité, puisqu’il s’agit d’un marché de niche où la compétition est féroce, avec un prix de 1600 $/kg. Le marché d’huile d’épinette noire est plus un marché de gros volume, avec un prix d’environ 150 $/kg.

La très grande majorité de la production, 95 %, est vendue à l’international, en barils de 180 kg, particulièrement en Asie, mais aussi en Europe, dans le reste du Canada et aux États-Unis.

« Il existe encore un énorme potentiel de croissance et pour l’obtenir, on doit travailler sur l’approvisionnement et trouver la main-d’oeuvre pour la récolte », commente Enrico Lavoie.

D’ici cinq ans, ce dernier compte doubler la production, notamment grâce à l’ajout de deux partenaires importants au sein des actionnaires, soit Enrico Bolduc et Jerry Oregan, ce dernier travaillant pour le plus gros client de Labrador Production, Cedarome Canada.

« De mon côté, je suis spécialisé dans les opérations, lance Enrico Lavoie. Ces partenaires spécialisés dans les ventes vont m’aider à développer la business à l’international. »

2e transformation

Maintenant que le marché de vente d’huiles en vrac est bien installé, Enrico Lavoie et ses partenaires souhaitent développer le marché de la deuxième transformation, avec l’entreprise Savia, qui a notamment travaillé avec le département de cosmétologie de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) pour développer une mousse antiseptique à base d’huile d’épinette noire.

La pandémie de COVID-19 a créé une pénurie de pots et d’alcool, ce qui a retardé le lancement du produit. Maintenant, Savia tente de faire une percée sur le marché, alors qu’une foule de produits sont disponibles.

« On a un des meilleurs produits au Québec et on doit maintenant le faire connaître », soutient Enrico Lavoie, qui espère parapher une entente avec un grand distributeur.

D’ici là, les ventes se font dans les boutiques spécialisées et auprès de marques privées dans des sites haut de gamme, comme des Spas à Whistler et au mont Tremblant.

Savia produira aussi des vaporisateurs d’huile d’épinette noire et plusieurs autres produits pourraient être lancés au cours des prochaines années.