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Le CEMR, un tout-inclus pour les entrepreneurs

7 décembre, 2022  par Guillaume Roy. Initiative de journalisme local


Lancé il y a quatre ans, le Centre en entrepreneuriat multi-ressources (CEMR) est en pleine croissance avec l’ajout de nouvelles formations destinées aux entrepreneurs agricoles et aux superviseurs forestiers. Pour poursuivre sur sa lancée, le CEMR souhaite séduire les entrepreneurs des autres régions du Québec tout en développant de nouveaux créneaux, par exemple dans les domaines de l’agroalimentaire et des pourvoiries.

Depuis 2018, 43 cohortes d’entrepreneurs ont garni leur coffre d’outils avec des formations sur la gestion des ressources humaines, la comptabilité, les aspects juridiques de l’entrepreneuriat, le leadership, la psychologie organisationnelle et bien plus, lance fièrement Pierre-Olivier Lussier, le directeur-général du CEMR. Alors que 42 entrepreneurs ont suivi une formation en 2018-2019, 188 en ont fait autant en 2021-2022, et le CEMR espère en recevoir plus de 220 en 2022-2023. « On a plus que quadruplé le nombre d’inscriptions, dit-il. On est très satisfait de notre progression qui s’est faite malgré une pandémie. »

Le CEMR est un centre de formation où les entrepreneurs se retrouvent dans un milieu immersif pour développer leurs aptitudes entrepreneuriales. En ce sens, il ressemble à l’École d’Entrepreneurship de Beauce. Au CEMR, les entrepreneurs sont regroupés dans des champs d’expertise en lien avec l’exploitation des ressources naturelles. Au lieu de miser principalement sur la relation entre entrepreneurs, le CEMR travaille avec des spécialistes de contenu sur différentes thématiques de gestion.

Pierre-Olivier Lussier, directeur général du CEMR

Au départ, le CEMR a commencé par lancer une formation pour les entrepreneurs forestiers. Depuis un an et demi, une nouvelle formation est offerte pour les entrepreneurs agricoles. Plus récemment, des formations ont été développées pour les superviseurs forestiers, pour la comptabilité forestière et une autre pour l’entrepreneuriat en tout genre.

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Pour plonger à fond dans le monde de l’entrepreneuriat, le CEMR invite les entrepreneurs à venir passer une semaine en format tout-inclus dans l’ancien Juvénat de Dolbeau-Mistassini. Le concept est d’offrir trois sessions de cours d’une semaine, du lundi au jeudi, espacées de six mois.

« Passer une semaine entre entrepreneurs, c’est la plus grande richesse de notre offre de service, remarque Pierre-Olivier Lussier. On les invite à laisser leur tracas d’entrepreneur derrière et à développer au maximum les liens avec les autres participants. Ces derniers sont les premiers surpris de la richesse des échanges. »

Investir dans la formation

Les entrepreneurs ne peuvent pas être bons dans tout et il faut être bien outillé pour bien gérer une PME. « Dans bien des cas, les entrepreneurs doivent être aussi efficaces qu’un couteau suisse », image Pierre-Olivier Lussier.

Toutefois, rares sont les entrepreneurs qui ont un bagage suffisant pour faire toutes les tâches qui leur incombent. Par exemple, plusieurs opérateurs forestiers qui sont devenus entrepreneurs n’ont pas nécessairement de bagage en comptabilité ou en gestion de ressources humaines. Même chose pour les entrepreneurs agricoles qui prennent la relève de l’entreprise familiale.

Au cours des trois semaines de formation au CEMR, les participants reçoivent 141 heures de service rendu par des experts du milieu. Un tel service a bien sûr un coût et il faut compter des frais de 11 400 dollars pour l’inscription aux trois semaines. « Avec les subventions gouvernementales, les frais réels sont d’environ 7150 dollars, » remarque Pierre-Olivier Lussier. « Alors que plusieurs personnes voient ça comme une dépense, il faut plutôt voir ça comme un investissement », ajoute-t-il.

À titre comparatif, un entrepreneur ne laisserait jamais un opérateur sans expérience utiliser une machine forestière. L’entrepreneur, lui aussi, doit avoir un bagage minimal de formation en gestion d’entreprise, estime Pierre-Olivier Lussier.

En amélioration continue

Depuis son lancement, le CEMR est à l’écoute des entrepreneurs pour améliorer constamment l’offre de service. Certains cours ont été ajoutés, alors que d’autres ont été écourtés ou ont carrément disparu. Et la stratégie semble porter fruit, car les données obtenues lors de sondages anonymes après les formations sont excellentes.


« Le taux de satisfaction est de 94 % et 72 % des entrepreneurs ont démontré de l’intérêt pour une quatrième semaine de formation. »
 Pierre-Olivier Lussier

La diversification à l’honneur

Après quatre ans, le secteur forestier représente 81 % du volume d’affaires. La majorité provient du Saguenay-Lac-Saint-Jean, de la Mauricie et de la Côte-Nord. Au cours des prochaines années, le CEMR compte faire davantage d’efforts pour rejoindre les entrepreneurs du reste du Québec et ceux qui travaillent principalement en forêt privée.

L’agriculture commence à prendre de plus en plus de place, passant de 9 % en 2020-2021 à 18 % en 2021-2022. « On a reçu quatre groupes d’entrepreneurs agricoles, dont trois pour la relève », souligne Pierre-Olivier Lussier.

Au départ, seulement une semaine de cours était offerte pour la relève, mais dès la fin des cours, les entrepreneurs en devenir en demandaient plus. La formation a été bonifiée et une deuxième semaine a été ajoutée, puis une troisième.

Ce cours permet notamment aux jeunes d’évaluer le projet entrepreneurial. « Plusieurs savent depuis très longtemps qu’ils vont reprendre l’entreprise familiale, mais ils ne se sont jamais questionnés à ce sujet, lance le DG. Ils doivent se poser des questions pour savoir si c’est une bonne ferme, si c’est la bonne ferme pour eux et si c’est une ferme rentable », ajoute-t-il en exemple.

À la demande des grands donneurs d’ouvrage en foresterie, comme Produits forestiers Résolu et Rémabec, qui financent aussi le CEMR, une nouvelle formation pour les superviseurs en foresterie a été lancée en 2021. « On a commencé ce programme pour outiller les superviseurs et bonifier leurs compétences en gestion, explique Pierre-Olivier Lussier, ajoutant que cette formation les aide à mieux comprendre la réalité des entrepreneurs et ainsi à éviter les frictions. De telles formations ont aussi été offertes chez Rémabec et avec un groupe formé par les coopératives forestières de la région.

Un cours de deux jours pour les responsables de la comptabilité en foresterie a récemment été lancé. Un projet pilote avec des entrepreneurs de différents milieux confondus sera lancé prochainement.

Au cours des prochains mois, le CEMR souhaite continuer à diversifier l’offre en misant notamment sur l’agroalimentaire. Une formation pourrait être taillée pour les microbrasseries, donne en exemple Pierre-Olivier Lussier, qui compte aussi tester le marché des pourvoiries.

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DES USAGERS PLUS QUE SATISFAITS

Le Progrès s’est entretenu avec deux entrepreneurs qui sont passés par le Centre en entrepreneuriat multi-ressources (CEMR) et les deux conseillent fortement la formation qui permet de s’élever au-dessus de la mêlée.

Keven Dubois

Le forestier

« Je voulais aller chercher plus de qualifications, parce que je n’étais pas très scolarisé avec mon secondaire 5 ben limite et mon DEP », lance Keven Dubois, un des propriétaires de The Wood et fils, qui compte maintenant 118 employés. Ce dernier était stressé à l’idée de retourner sur les bancs d’école, mais l’ambiance et le modèle d’enseignement l’ont séduit.

La rencontre avec les différents professionnels, notamment en comptabilité, en leadership et en droit, a provoqué des changements importants au sein de son entreprise. « On a changé de comptable et on a embauché certains des conférenciers pour poursuivre le travail chez nous, dit-il. Je suis maintenant plus qu’un bûcheron. Je suis un entrepreneur. »

Keven Dubois a tellement apprécié son expérience qu’il souhaite que ses partenaires d’affaires suivent la même formation.

La relève agricole

« Je voulais continuer à remplir mon coffre à outils en suivant une formation en entrepreneuriat », soutient Alexandre Bernier, copropriétaire de la Ferme des Mésanges à Normandin.

Et le jeune homme qui est également le président de la Fédération de la relève agricole du Québec n’a pas été déçu. « J’ai appris plein de choses frappantes, notamment de savoir quel type d’entrepreneur je suis grâce à un test de personnalité, dit-il. Ces tests permettent aussi de mieux comprendre la réaction des autres actionnaires. »

Gestion des liquidités, relation d’affaires, gestion d’employés, transfert d’entreprise sont tous des thèmes couverts dans les séjours au CEMR.

« Ça couvre aussi les aspects juridiques pour ne pas se faire planter », note-t-il.

Les notions apprises ont généré des retombées concrètes et rapides pour Alexandre, qui a renégocié ses assurances après un passage au CEMR. Quelques mois plus tard, il avait un accident avec son tracteur qui était désormais couvert grâce aux bons conseils reçus. « C’est important de prendre le temps pour bien faire les choses », note l’entrepreneur agricole.

Avec tout le travail à faire sur une ferme, il est impossible d’être bon dans tout, alors une meilleure formation facilite plusieurs aspects.

« Je recommande fortement la formation au CEMR à tous les entrepreneurs agricoles », conclut-il.


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