Le biochar prend son envol

Presque inconnu il y a quelques mois à peine, deux usines de production de biochar verront le jour en 2018.
Guillaume Roy
Mars 07, 2018
Écrit par
Mais est-ce que ce nouveau débouché peut créer une réelle valeur ajoutée pour les produits forestiers ?


Xylo-carbone est la première usine de biochar à voir le jour au Québec. Lancée en janvier dernier, cette usine souhaite produire 6000 tonnes métriques de biocharbon en transformant, 30 000 mètres cubes de bois rond de faible qualité.

L’usine produit du charbon de bois brut pour la cuisson sur BBQ et du biocharbon sous forme de fines particules remplaçant le noir de carbone utilisé, entre autres, dans la fabrication de pneus et de composantes en caoutchouc et en plastique. Au cours des prochaines années, Xylo-Carbone envisage la production de charbon activé et de granulés composites de bois-charbon.

À Mashteuiatsh, Biochar Boréalis construit également une vitrine technologique d’utilisation du biochar, un projet réalisé en partenariat entre la MRC du Domaine-du-Roy et Pekuakamiulnuatsh Takuhikan (la communauté innue de Mahsteuiatsh) « On sait qu’il y a un surplus de copeaux et les produits traditionnels comme le papier et le bois d’œuvre sont soit des produits à maturité ou des produits en fin de vie, explique Mario Gagnon, directeur général de la MRC du Domaine-du-Roy et président de Biochar Boréalis. C’est pourquoi les élus ont décidé d’investir dans le projet Biochar Boréalis, qui va apporter une solution à la problématique de copeaux. »

Le plan : valoriser la biomasse forestière et les résidus des scieries en les convertissant en biocharbon. Pour y parvenir, l’entreprise utilisera une technologie de pyrolyse française dénommée Biogreen, qui chauffe la biomasse à des températures supérieures à 250 °C, en absence d’oxygène. « Ce procédé produit trois extrants, du biochar, de la biohuile et du syngaz », soutient Serge Simard, direction économie et partenariats stratégiques pour Pekuakamiulnuatsh Takuhikan et responsables projet pour la communauté de Mashteuiatsh.

Même si la construction du centre n’est pas terminée, le travail de recherche est déjà commencé, ajoute pour sa part Réal Bouchard, directeur général d’Alliance bois Saguenay-Lac-Jean, un regroupement des producteurs de bois de la région. Dans le contexte régional actuel, les scieurs indépendants recherchent de nouvelles applications pour les sous-produits de sciage, explique ce dernier. Pour accélérer le développement de la filière, des industriels de la région, tels que la Coopérative forestière de Petit-Paris, le Groupe Lignarex, les Scieries Lac-Saint-Jean, le Groupe Martel et la Scierie Girard, se sont regroupés afin d’analyser les possibilités et les applications du biochar produit à partir des essences de bois disponibles dans la région pour optimiser la chaîne de valeur.

Ainsi, des échantillons des essences québécoises ont été envoyés en Europe pour caractériser les propriétés physico-chimiques du biochar produit. Les premiers résultats laissent croire que le biochar permettra une séquestration du carbone à long terme, une bonne hydro-rétention et une excellente propension à maintenir les éléments nutritifs et à retenir les métaux lourds. Avec ces constats, des applications agronomiques intéressantes pour la région se dessinent, selon les promoteurs qui souhaitent mettre en valeur le biocharbon pour l’agriculture, en travaillant notamment avec le centre de recherche Agrinova.

Par exemple, un certain pourcentage de biochar pourrait être utilisé dans la fabrication de terreau horticole ou de terreau à plants forestiers pour le reboisement, pour l’enrichissement de sols très pauvres afin qu’ils retiennent plus d’eau et qu’ils soutiennent la croissance de la végétation, ou encore à la restauration de sites miniers par la rétention de métaux lourds.

« Au lieu de payer seulement 80 $ par tonne comme c’est le cas actuellement, on souhaite payer 125 $/tonne aux producteurs de copeaux », soutient Serge Simard. Dans un premier temps, Biochar Boréalis compte s’approvisionner exclusivement auprès des scieries, mais rien n’empêcherait d’utiliser les résidus forestiers au besoin.

Dès que la vitrine technologique sera fonctionnelle, à l’été 2018, les recherches pourront se poursuivre sur des applications spécifiques, mais aussi sur la valorisation des biohuiles et syngaz, deux sous-produits du biochar. De plus, l’UQAC est à évaluer la possibilité de développer un protocole spécifique reconnu par le gouvernement qui permettrait d’émettre des crédits carbone pour la production et l’utilisation du biochar.

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