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Une société d’État pour gérer le carbone forestier?


23 septembre 2021
Par Guillaume Roy

Pour stimuler l’essor immédiat de projets et maximiser la capture de carbone pour atteindre les objectifs de lutte aux changements climatiques forestiers, Carbone boréal propose la création de la Société québécoise de mise en valeur du carbone forestier. Cette société d’État pourrait payer les producteurs forestiers immédiatement, à raison d’un dollar par arbre, et attendre les bénéfices à long terme des crédits carbone pour la société québécoise.

Québec doit mettre en place des incitatifs financiers immédiats pour les propriétaires forestiers pour générer des projets de séquestration le plus rapidement possible.

« Québec pourrait en quelque sorte subventionner les plantations, à raison d’un dollar par arbre planté, pour inciter les producteurs forestiers à lancer des projets de reboisement dès maintenant. L’État serait propriétaire des crédits carbone qui seront stockés au fil du temps. Ça serait donc notre gouvernement qui investirait maintenant dans le reboisement pour profiter des crédits carbone dans le futur. »

Sur un hectare, un propriétaire pourrait donc recevoir 2000 dollars dès l’enregistrement du projet. Le revenu total serait moindre que si le producteur attendait quelques décennies, mais le modèle demeurerait avantageux, soulignent les experts de Carbone boréal dans leur mémoire.

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« Bien que le potentiel de rémunération pour l’agriculteur serait plus faible dans ce modèle que dans celui proposé par le ministère, les deux principaux avantages pour le promoteur seraient 1) de percevoir un revenu plus tôt, car il n’aurait pas à attendre que le projet soit rentable ; et 2) de ne pas avoir à assumer les coûts des travaux, des procédures de caractérisation initiale et de vérification du projet. Il s’agirait donc d’un revenu net et rapide, dont on peut penser qu’il encouragerait les plantations sur l’ensemble du territoire disponible sur les terres privées avant 2030 », peut-on y lire.

Québec investirait ainsi à court terme pour générer un revenu à long terme. Étant donné que la valeur des crédits carbone est vouée à croître, celle du portefeuille de crédit carbone des Québécois fructifiera aussi au fil du temps. Autrement dit, Québec prend le risque financier et engrange les bénéfices à long terme, alors que les producteurs forestiers peuvent avoir un retour immédiat.

De plus, Québec jouerait le rôle d’agrégateur de tous les petits projets de plantation, ce qui signifie qu’il pourrait y avoir des économies d’échelle pour faire certifier les crédits carbone.

« Avec notre proposition, on pense que tout le monde va vouloir planter des arbres », note le directeur de Carbone boréal Claude Villeneuve, lui qui dirige également la Chaire de recherche et d’intervention en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Un modèle de calcul unique

La méthode de comptabilisation choisie par Québec est certes défendable, estime Claude Villeneuve, car elle comporte moins de suivi à long terme pour s’assurer de conserver le carbone sur 100 ans, tout en gardant une zone tampon de 20 %, comme c’est le cas en Californie.

La méthode québécoise permet aussi de calculer le carbone stocké par des projets qui n’auraient pas eu lieu selon le cours normal des affaires, même s’il y a une récolte du bois ultérieurement.

Les forêts publiques pour générer du volume

Si Québec veut réellement s’attaquer à la lutte aux changements climatiques et générer des crédits carbone compensatoires, il devra aussi miser sur les forêts publiques, martèle Claude Villeneuve.

« Selon une étude faite par l’équipe de Carbone boréal en 2012, on pourrait capter 8 % des émissions des GES du Québec en faisant un projet de boisement de 20 000 hectares par année pendant 20 ans, dit-il. Si on veut atteindre nos objectifs de lutte aux changements climatiques, on ne pourra pas se passer de la forêt publique, qui représente 92 % des forêts québécoises. »

En misant sur la forêt publique, Québec pourrait comptabiliser tous les projets qui ne font pas partie du cours normal des affaires, comme la conservation de nouvelles aires protégées. On pourrait par exemple quantifier la quantité de carbone séquestré lorsque l’on implante une aire protégée, comme le gouvernement propose de le faire sur la Péribonka, note Claude Villeneuve. « De tels bénéfices climatiques se calculent et il est possible de certifier les crédits carbone générés », dit-il

Plus il y aura de crédits générés, et plus il y aura de bénéfices pour l’économie québécoise, poursuit ce dernier. « Au lieu d’acheter des crédits en Californie, comme on le fait depuis trop longtemps, les entreprises québécoises pourront en acheter localement », dit-il. De plus, ces stocks de carbone pourront générer plusieurs opportunités d’affaires, par exemple pour développer une industrie qui émettra des GES que l’on pourra compenser avec nos forêts, ou encore pour vendre ces crédits à d’autres territoires qui souhaitent aussi atteindre la carboneutralité.

« Jusqu’à maintenant, la forêt québécoise a été sous-estimée dans l’arsenal des outils de lutte aux changements climatiques. Or, en utilisant l’afforestation et des pratiques sylvicoles ou de conservation, sans compter la reconnaissance du carbone séquestré dans le matériau bois extrait de nos forêts, il est possible de générer annuellement des millions de tonnes supplémentaires d’absorption de CO2 qui sont indispensables à l’engagement de carboneutralité du Québec en 2050 », peut-on lire en conclusion du mémoire.