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Crédits carbone: pas de rendement prévu avant 2050


23 septembre 2021
Par Guillaume Roy

Avec le modèle de séquestration du carbone forestier proposé par Québec, un petit propriétaire forestier qui décide de planter des arbres dans une friche pour générer des crédits carbone compensatoires ne verrait pas le fruit de son investissement avant 2050, voire 2080 !

Alors que la Californie, le partenaire du Québec dans le marché du carbone conjoint, émet des crédits carbone forestiers compensatoires depuis 2013, Québec vient de présenter, le 2 septembre dernier, le « Projet de règlement sur les projets de boisement et de reboisement sur des terres du domaine privé admissibles à la délivrance de crédits compensatoires ».

Pendant la période de consultation sur ce règlement, qui a pris fin le 18 septembre, les experts de Carbone boréal, un programme de compensation de gaz à effet de serre (GES) par la plantation d’arbres sur le marché volontaire piloté par l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), a produit un mémoire pour proposer plusieurs améliorations, car le modèle proposé présente plusieurs lacunes.

« Même une plantation de 10 hectares (ha) effectuée en 2022 ne pourrait pas mettre des crédits sur le marché avant 2050 par défaut de rentabilité, peut-on lire dans le mémoire. En revanche, après 2050, le revenu potentiel augmente très rapidement en raison d’un prix du carbone et d’un taux de production de crédits compensatoires élevés. Ainsi, une plantation de 10 ha pourrait potentiellement apporter un revenu d’environ 200 000 dollars américains sur 80 ans. »

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Au lieu d’utiliser une méthode de calcul du potentiel de capture du carbone et de s’engager à le conserver pour 100 ans, comme c’est le cas en Californie par exemple et dans plusieurs autres juridictions, Québec a plutôt misé sur le calcul qui permet d’émettre un crédit carbone seulement lorsqu’il est réellement capturé.

Claude Villeneuve et son équipe de Carbone boréal ont présenté un mémoire au MELCC dans le cadre des consultations sur le règlement de capture du carbone forestier. 

Autrement dit, un producteur forestier californien peut générer des crédits carbone, et donc un revenu, dès qu’il fait une plantation s’il s’engage à conserver la forêt sur une durée de 100 ans. Au Québec, un producteur forestier devra plutôt attendre de voir ses arbres capter le carbone avant de pouvoir générer des crédits carbone. Et comme il faut beaucoup de temps avant que les arbres n’atteignent une certaine taille, il faudra attendre plusieurs dizaines d’années avant de générer un revenu substantiel, souligne le mémoire.

Ce constat est d’autant plus vrai que Québec ne vise que les projets de boisement en forêt privée, où les surfaces à reboiser sont généralement très petites. Plus le projet est petit et moins il sera rentable, car les frais fixes de certification des crédits carbone demeurent les mêmes, soit près de 15 000 dollars. Avec de tels frais, il faudrait attendre des dizaines d’années avant d’avoir un retour sur investissement intéressant.

« Aucun petit producteur forestier ne va investir pour un projet dont il ne pourra pas bénéficier de son vivant », note Claude Villeneuve, le directeur de Carbone boréal. « À court terme, il n’y a que des dépenses dans le modèle présenté par Québec, ajoute-t-il. Ce n’est pas intéressant comme investissement, sauf peut-être pour les gros joueurs, comme des fonds de pension ou des banques, car il ne sortira aucun bénéfice avant 2050. »

Bien qu’il aurait été préférable de commencer les projets de séquestration du carbone forestier plus tôt pour faciliter l’atteinte des objectifs de réductions des gaz à effet de serre, soit de 37,5 % d’ici 2030 et la carboneutralité en 2050, des incitatifs doivent être mis en place le plus tôt possible pour générer le maximum de projets, estime le professeur, qui est aussi directeur de la chaire en éco-conseil à l’UQAC.