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Regard vers 2022 : les forêts canadiennes regorgent de possibilités


5 janvier 2022
Par Derek Nighbor, président et chef de la direction de l'Association des produits forestiers du Canada.

Les forêts font partie intégrante de la vie canadienne. Nous savons que le formidable pouvoir des ressources forestières du Canada s’accompagne d’un devoir encore plus grand de gestion durable et de responsabilité.

Troisième plus grand pays forestier du monde après la Russie et le Brésil, le Canada possède un avantage concurrentiel important qui le place au-dessus de tous les autres.

Aujourd’hui, grâce aux engagements du Canada en matière de droits de la personne, aux salaires et avantages sociaux favorables pour les familles des travailleurs ainsi qu’à une gestion forestière responsable et durable, nous sommes au premier rang mondial pour ce qui est des forêts vérifiées et certifiées de manière indépendante, avec 36 % du total de la planète.

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C’est l’une des nombreuses raisons pour lesquelles les clients du bois, de la pâte, du papier et des bioproduits dérivés du bois du monde entier se tournent de plus en plus vers le Canada. Au cours des prochaines années, nous aurons l’occasion de transformer cette situation en un avantage post-pandémique et nous avons besoin du leadership du gouvernement fédéral pour nous aider à réaliser cette possibilité.

Alors que la planète se tourne vers des produits à faibles émissions de carbone pour que les maisons, les entreprises et les communautés soient plus écologiques, et que nous nous efforçons d’atténuer les risques d’aggravation des épidémies de ravageurs et des incendies catastrophiques, l’aménagement durable des forêts et l’utilisation des produits forestiers canadiens n’ont jamais été aussi importants.

En captant le carbone, les forêts du Canada jouent un rôle essentiel dans notre lutte contre les changements climatiques. Et les produits que nous fabriquons à partir de ces forêts sont tout aussi importants pour l’action climatique.

Dans la forêt boréale canadienne, les jeunes arbres absorbent le carbone plus rapidement que les arbres plus âgés. Au fur et à mesure que les forêts vieillissent, elles perdent progressivement leur capacité de stockage du carbone et sont confrontées aux risques croissants posés par la sécheresse, les maladies, les infestations d’insectes et le feu. Elles sont ainsi de plus en plus susceptibles de libérer dans l’atmosphère le carbone qu’elles ont emmagasiné, transformant nos arbres, qui étaient des actifs dans la lutte contre les changements climatiques, en éléments négatifs à cet égard.

Historiquement, les forêts du Canada étaient un puits net qui absorbait plus de carbone qu’elles n’en rejetaient. Mais en raison de l’aggravation des perturbations naturelles au cours des deux dernières décennies, l’équilibre s’est rompu et les forêts canadiennes sont devenues une source nette globale d’émissions de gaz à effet de serre (GES). Les insectes et les incendies sont apparus comme l’un des plus gros problèmes pour le bilan carbone du Canada.

Les possibilités qu’offre la foresterie canadienne sont à la fois environnementales et économiques, et elles se situent à plusieurs niveaux. La récolte des arbres lorsqu’ils sont âgés permet d’emprisonner le carbone dans des produits du bois à longue durée de vie, qui peuvent remplacer des matériaux plus polluants et à forte intensité de combustibles fossiles, comme le ciment. L’utilisation des copeaux de bois et de l’écorce laissés par les scieries permet d’éliminer des déchets et de fabriquer des produits de substitution respectueux de l’environnement, comme les biocarburants et les bioplastiques destinés au marché. Le renouvellement des forêts par le reboisement et l’entretien de la régénération relance le cycle de stockage du carbone et l’aménagement actif des forêts favorise la biodiversité et contribue à atténuer les risques de propagation des ravageurs et des incendies. Tout cela peut être poussé plus loin en travaillant avec les Autochtones et les communautés locales pour intégrer les valeurs locales à la planification afin de créer une activité économique indispensable qui aidera à soutenir quelque 600 communautés à travers le pays et à remplir les coffres des gouvernements avec les droits de coupe et les taxes.

Ce ne sont là que quelques-unes des solutions que la foresterie canadienne peut apporter en matière d’environnement et d’économie. Alors, comment le gouvernement fédéral peut-il collaborer avec les travailleurs forestiers canadiens pour nous aider à faire face à l’aggravation des perturbations forestières dues au climat tout en réduisant considérablement les émissions de GES ?

Premièrement, nous devons fournir davantage de bois canadien et de produits dérivés du bois au Canada et au monde entier. Un mètre cube de bois stocke environ une tonne de CO2. En 2019, le Canada a produit environ 70 millions de mètres cubes de bois d’œuvre et de planches. Cela représente 70 millions de tonnes de CO2 emprisonnées chaque année, pour la plupart pendant des décennies ou des siècles.

L’amélioration des marchés nationaux et internationaux du bois d’œuvre et du bois massif, comme le bois lamellé-croisé et le bois lamellé-collé, contribuera à réduire considérablement les émissions de GES du Canada. Le gouvernement fédéral peut accélérer ce processus en donnant la priorité à l’utilisation de produits forestiers fabriqués au Canada pour les projets fédéraux d’achats écologiques et d’infrastructures, en établissant une stratégie nationale de construction carboneutre qui comprend des produits du bois stockant le carbone, et en faisant la promotion des produits forestiers fabriqués au Canada dans le monde entier – sans oublier de défendre l’industrie et les travailleurs canadiens face à la montée du protectionnisme commercial mondial, en particulier avec nos voisins du sud qui nous font terriblement de difficultés ces derniers temps.

news2 27dec21 2Limberlost Place sera le premier bâtiment de 10 étages en bois massif carboneutre en Ontario. Il ouvrira ses portes en 2024 sur le campus Waterfront du Collège George Brown. La structure de l’édifice stockera plus de 12 000 tonnes métriques de CO2 et évitera près de 5000 tonnes métriques d’émissions de GES. Photo : Collège George Brown – Limberlost Place

Deuxièmement, il faut que le gouvernement fédéral veille à ce que l’aménagement durable des forêts soit au cœur de sa stratégie nationale d’adaptation pour aider à faire du Canada un leader mondial de la foresterie adaptée au climat. Cela signifie qu’il faut élaborer un plan avec les provinces pour éclaircir les peuplements sujets aux incendies et utiliser les brûlages dirigés afin d’éviter les méga-incendies qui brûlent à la fois les arbres et le sol organique et menacent la vie humaine, la faune, les maisons et les infrastructures essentielles. Le leadership et la participation des Autochtones à cet égard sont essentiels à l’atteinte de cet objectif dans les communautés de tout le pays.

En cas d’infestation de ravageurs, nous devons agir plus rapidement pour contenir les épidémies et les risques d’incendie qui en découlent souvent. Nous pouvons également restaurer les terres forestières dont la productivité ou la biodiversité est faible en éclaircissant et en éliminant les arbres qui se détériorent afin de fournir la lumière et l’espace nécessaires à la croissance d’arbres plus grands et de forêts plus résilientes.

L’objectif primordial de la foresterie intelligente face au climat est de maximiser la productivité des forêts et le carbone stocké ainsi que de soutenir la biodiversité en forêt au fil du temps. Ces activités ne donneront pas de résultats immédiats, mais elles ont le potentiel de réduire les émissions de GES, par rapport à la base de référence, de 100 à 200 Mt de CO2 par an d’ici 2050.

Troisièmement, nous devons développer des marchés pour le bois de qualité inférieure. Une partie du bois récolté dans le cadre d’une foresterie adaptée au climat ne répondra pas aux exigences de qualité de la production des scieries canadiennes. Historiquement, il y avait une demande importante pour le bois de qualité inférieure et les résidus de sciage pour la production de pâtes et papiers, mais compte tenu de la numérisation et d’un cadre d’investissement difficile, nous avons constaté un déclin de cette demande dans de nombreuses régions du pays. Nous devons trouver une autre voie pour ces matériaux et à cet égard, la nouvelle bioéconomie forestière du Canada est incroyablement prometteuse : biocarburants, bioplastiques et bioadhésifs comme la lignine, pour n’en nommer que quelques-uns.

Quatrièmement, avec l’appui du gouvernement fédéral, nous pouvons réduire davantage les émissions de GES dans les usines de pâtes et papiers du Canada. Le secteur forestier canadien a été l’un des premiers à adopter de nouvelles technologies et de nouveaux procédés pour réduire les émissions de GES de ses unités de production. Depuis le début des années 1990, leurs émissions de GES ont diminué de près de 70 %, ce qui fait que les usines canadiennes comptent parmi les plus écologiques au monde. Nous pouvons faire encore mieux. Mais ce n’est pas nécessairement ce qui nous a menés jusqu’ici qui nous mènera là où nous voulons aller. Il est possible de changer la donne et de faire en sorte qu’un grand nombre de ces usines deviennent carboneutres dans les prochaines années. Des programmes comme Investissements dans la transformation de l’industrie forestière (ITIF) et le Fonds accélérateur net zéro doivent être revus et renforcés pour nous aider à y parvenir.

À l’aube de 2022, rappelons-nous que les forêts, les usines de fabrication, les produits forestiers et le savoir-faire forestier du Canada confèrent à notre pays un avantage qui fait l’envie de la plupart des pays de la planète. Utilisons-le.

La nouvelle année nous offre une occasion en or d’utiliser l’aménagement durable des forêts comme solution climatique naturelle pour accélérer la réduction des GES dans le milieu bâti et dans les usines canadiennes, pour respecter nos engagements internationaux en matière de climat, pour élargir les perspectives des familles et des communautés forestières canadiennes, pour accentuer la résilience de nos forêts et pour protéger les communautés contre les incendies.