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Hausse de la possibilité forestière de 3% au Québec

Le Forestier en chef recommande au gouvernement d’imposer plus de 10% de la récolte dans les secteurs éloignés ou difficiles d’accès, jusqu’à maintenant négligés par l’industrie.


18 novembre 2021
Par Guillaume Roy


Sujets

Malgré une baisse des superficies considérées, le calcul de la possibilité forestière est en hausse de 3% au Québec sur la période 2023-2028, notamment grâce à une croissance accrue des arbres et de meilleures stratégies sylvicoles. De fortes augmentations sont constatées en Outaouais (38%) et dans la Capitale-Nationale (20%), avec des hausses plus modérées dans Chaudière-Appalaches (7%), en Mauricie (2%), au Saguenay-Lac-Saint-Jean (1%) et au Bas-Saint-Laurent (1%). Ce calcul ne tient toutefois pas compte du prochain plan de rétablissement du caribou forestier et des futures aires protégées. De plus, le Forestier en chef recommande au gouvernement d’imposer plus de 10% de la récolte dans les secteurs éloignés ou difficiles d’accès, jusqu’à maintenant négligés par l’industrie.

« L’inventaire forestier nous démontre que la croissance principale essences est à la hausse, et ce, même si les superficies de récolte diminuent, remarque le Forestier en chef, Louis Pelletier, pour brosser un portrait global de la situation. Les stratégies sylvicoles améliorent la productivité de nos forêts. »

Par exemple, les stratégies de production de bois de la Capitale-Nationale, du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de l’Outaouais ont été intégrées au calcul. Le Forestier en chef pourra réviser les possibilités régionales au fur et à mesure que les autres régions termineront de tels travaux.

La révision des calculs de possibilité pourrait aussi faire en sorte d’abaisser le volume de bois disponible, notamment pour l’implantation de nouvelles aires protégées et dans le cadre de la Stratégie de protection de l’habitat du caribou forestier, attendue en 2023. Jusqu’à maintenant, les mesures du plan de rétablissement du caribou forestier 2013-2018 ont abaissé la possibilité forestière de plus d’un million de m3/an. Fait à noter, les aires protégées annoncées en décembre 2020 ont été prises en compte dans le calcul. En tout et partout, les aires protégées couvrent 4,7 millions d’hectares et représentent un volume théorique de 4,5 millions de m3/an.

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Récoltes dans des zones évitées

Dans le cadre du calcul pour 2023-28, le Forestier en chef recommande aussi au gouvernement d’imposer la récolte d’un certain volume de bois dans des zones précises, qui sont évitées par l’industrie forestière. Par exemple, il préconise la récolte de 159 500 m3/an dans le secteur des Montagnes Blanches, au Saguenay-Lac-Saint-Jean (SLSJ), où aucune infrastructure ne permet l’aménagement à l’heure actuelle. En excluant ce volume du calcul, la région se retrouve avec une baisse de près de 1% de la possibilité forestière. À l’échelle du Québec, cette «subdivision territoriale» représente 3,8 millions de m3/an, soit 10,8% des volumes totaux, dans quatre régions, soit en Abitibi-Témiscamingue, en Mauricie, au SLSJ et en Outaouais. «On ne peut pas récolter 100% de la possibilité forestière sur un territoire qui est moindre, remarque Louis Pelletier. C’est dans un souci de pérennité des ressources.»

Des baisses dans plusieurs régions

Les forêts ne sont pas toutes égales dans la province et des spécificités régionales influencent aussi le calcul de la possibilité forestière. Outre les hausses présentées ci-haut, on constate des baisses importantes dans le Nord-du-Québec (-6%), en Estrie (-12%) et dans Lanaudière (-7%), ainsi que des baisses plus faibles en Abitibi-Témiscamingue (-2%), en Gaspésie (-1%) et dans les Laurentides (-7%). La possibilité forestière demeure inchangée sur la Côte-Nord, car le calcul sera terminé le printemps prochain dans cette région très affectée par la tordeuse des bourgeons de l’épinette.

Au total, la possibilité forestière, qui représente le volume maximal de bois disponible pour faire une récolte durable, passe de 34 148 000 mètres cubes à 35 115 100 mètres cubes. Les essences résineuses, qui représentent près du deux tiers du total, sont en hausse de 2%.

Cette augmentation survient alors que la superficie considérée dans le calcul est en baisse de 2%, pour atteindre 58% du territoire situé en deçà de la limite nordique de récolte des arbres. Sur la balance des terres, on retrouve 22% de territoires non forestiers, 3% de forêts peu productives et 17% de territoires exclus du calcul, comme les aires protégées, les pentes fortes, les territoires acéricoles et les lisières boisées riveraines.

Fait à noter, le volume de récolte annuel diffère de la possibilité forestière totale. Par exemple, entre 2013 et 2028, environ 23 millions de m3 ont été récoltés annuellement sur une possibilité de 32,4 millions de m3. Le calcul de la possibilité forestière tient aussi compte des épidémies de tordeuse de bourgeons de l’épinette, des feux, des ententes autochtones, ainsi que des connaissances des impacts des changements climatiques sur les forêts.

Le volume de bois total au sud de la limite nordique représente 2,9 milliards de mètres cubes de bois. La possibilité forestière correspond à 1,2% de ce volume.

 

DES RÉACTIONS EN DEMI-TEINTES

«Notre grand questionnement, c’est de savoir quels seront les impacts de la stratégie de protection de l’habitat du caribou forestier et des futures aires protégées, comme celle annoncée par le gouvernement sur la Péribonka, remarque Luc Simard, président par intérim d’Alliance forêt boréale et préfet de la MRC Maria-Chapdelaine. C’est une grande préoccupation, parce que les forêts sont très importantes au niveau économique et c’est aussi un outil de lutte aux changements climatiques. »

Jean-François Samray, président directeur général du Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), estime pour sa part que le gouvernement doit prévoir d’importants investissements pour l’implantation d’aires d’intensification de production de bois pour compenser les futures baisses liées au caribou et aux aires protégées. «Le territoire québécois est suffisamment grand pour faire les deux», a-t-il souligné.