Opérations Forestières

Nouvelles de l’industrie
Éditorial: Le juste prix

Le nouvel accord de libre-échange sur le bois d’œuvre doit tenir compte du nouveau régime forestier au Québec.


28 septembre 2016
Par Guillaume Roy

En implantant son nouveau régime forestier, le bois québécois est maintenant négocié à sa juste valeur marchande, car 25% du bois mis aux enchères dicte les prix des redevances payées au gouvernement. Résultat : le prix du bois coutait 8 $ de plus par mètre cube en 2014 qu’en 2010, un prix deux fois plus élevé qu’en Ontario, estime Yan Cimon, professeur et codirecteur du Centre interuniversitaire de recherche sur les réseaux d’entreprise, la logistique et le transport (CIRRELT) à l’Université Laval.

« En 2013, le Québec s’est doté d’un nouveau régime forestier qui a instauré un marché libre, ce qui nous permet notamment de vendre le bois récolté dans les forêts publiques québécoises à sa juste valeur marchande. Notre gouvernement a bien l’intention de continuer à travailler avec l’industrie forestière et souhaite conclure un accord au bénéfice de l’industrie et de ses travailleurs », a récemment souligné le nouveau ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Luc Blanchette.

L’implantation de ce régime a causé des casse-tête aux industriels forestiers au cours des dernières années. Cette épine dans le pied des industriels pourrait bien se transformer en planche de salut lors des négociations d’un nouvel accord de libre-échange avec les États-Unis. C’est du moins ce que revendique notre premier ministre, avec raison.

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Philippe Couillard a d’ailleurs réussi à faire plier le gouverneur de l’État du Maine, Paul LePage, lui faisant reconnaitre publiquement que les autorités américaines ont tort de soutenir que le gouvernement du Québec subventionne son régime forestier et d’imposer des contraintes à l’exportation aux entreprises forestières québécoises.

Les entreprises frontalières du sud Québec et les entreprises du Nouveau-Brunswick bénéficient déjà d’une exemption aux accords de libre échange précédents, car ils s’approvisionnent principalement en forêts privées. Et comme le bois des forêts privées suit le cours du marché, ces producteurs n’avaient pas à subir les exigences excessives du géant américain.

Pourquoi le Québec n’aurait-il pas droit à une telle exemption ? Peut-être parce que le Canada veut parler d’une seule voie. Et si c’est le cas, il y a fort à parier que les gros joueurs de l’Ouest pèsent plus fort dans la balance que les producteurs de l’Est. Et comme la plupart d’entre eux ont investi massivement dans des scieries aux États-Unis au cours des dernières années, les effets d’une entente néfaste pour le Canada seraient moins graves pour eux.. Sans compter qu’ils peuvent aussi exporter plus facilement en Chine que les producteurs de l’Est.

La reprise du marché au sud de la frontière est bien réelle alors que les profits sur les exportations canadiennes sont en voie de passer de 1,1 milliard de dollars en 2015 à 1,5 milliard cette année selon le Conference Board du Canada. D’ici 2020, ce sont 1,9 million de maisons qui devraient être construites aux États-Unis. Et les Américains auront besoin de notre bois pour construire ces maisons, car près de la moitié du bois qu’ils utilisent vient du Canada.

N’empêche que le protectionnisme affiché par les deux candidats à la présidence des États-Unis ne laisse présager rien de bon. D’autant plus que chaque accord commercial sur le bois d’œuvre empire la situation pour les producteurs canadiens… même s’ils ont gagné toutes les batailles en cour. Même s’il est difficile d’avoir le dernier mot devant le géant américain, nous avons les munitions pour défendre légitimement le libre-échange.


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