Opérations Forestières

Nouvelles de l’industrie
Prendre la vague de la biomasse forestière

La biomasse en séduit plusieurs, mais il reste encore beaucoup de défis pour développer pleinement la filière.


28 septembre 2016
Par Guillaume Roy
Le 9 juin, 35 participants ont pris part à la visite terrain qui s’est déroulée dans les régions de Chaudière-Appalaches et du Bas-Saint-Laurent. Ils ont pu visiter 3 projets différents : l’évaporateur aux granules de l’Érablière Jean-Marie Chabot à Armagh, le réseau de chaleur aux plaquettes du Centre de développement bioalimentaire du Québec (CDBQ) à La Pocatière, ainsi que la chaudière aux granules du Centre de formation en mécanique de véhicules lourds à Lévis.

Dans les serres, dans les mines, dans les écoles et même dans les érablières, la biomasse séduit plusieurs élus et entrepreneurs qui souhaitent diminuer les cout de chauffage tout en misant sur une ressource renouvelable. Les couts d’achat de l’équipement freinent toutefois les ambitions de plusieurs.

Ce sont plus de 250 professionnels intéressés par la filière de la biomasse forestière qui se sont rassemblés hier à Québec dans le cadre de la 1ère Conférence sur le chauffage à la biomasse forestière résiduelle. Un achalandage au delà des attentes des organisateurs qui se sont réjouit de la participation, note Amélie St-Laurent-Samuel, qui est également co-porte-parole de l’initiative Vision biomasse Québec.

Signe de l’intérêt pour l’évènement, Pierre Arcand, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles (MRN), s’était déplacé pour lancer les activités de la journée. Sur la voie de la décarbonisation de l’économie, la première politique de transition énergétique du Québec vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 37,5%, notamment en augmentant de 25% l’apport des énergies renouvelables tout en augmentant la proportion de l’utilisation de bioénergie de 50% d’ici 2030, a-t-il souligné.

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Pour atteindre ces objectifs, Québec mettra en place Transition énergétique Québec. « C’est un organisme qui sera responsable d’attribuer un minimum de quatre milliards de dollars pour améliorer l’efficacité énergétique et effectuer des substitutions d’énergie. Ces sommes seront mises à la disposition des ménages, des entreprises et des organismes publics », a expliqué le ministre Arcand.

Mis en compétition contre les autres formes d’énergies, comment la biomasse forestière saura-t-elle tirer son épingle du jeu? D’un point de vue économique, la biomasse est moins chère que tous les autres combustibles ou type d’énergie, a souligné Jean-Pierre Bourque, conseiller en développement industriel au Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. « Le coût effectif de la biomasse est très compétitif pour le chauffage. Dans les principales formes d’énergie, l’électricité est la plus chère à 86 $/MWh, et la biomasse est la moins chère à 17,21 $/MWh (excluant le conditionnement) », dit-il.

Si le combustible est moins cher, l’investissement dans de nouveaux équipements vient augmenter le cout des projets de conversion à la biomasse. C’est pourquoi le financement de tels projets est un défi pour les promoteurs. La réalisation de plusieurs projets est souvent tributaire des budgets gouvernementaux, qui ont souvent été victimes de leur succès, a noté la sous-ministre du MRN Luce Asselin. « Ces budgets viennent du fond vert et on a un gros travail de persuasion à faire pour convaincre de l’importance de la filière et ainsi, avoir des budgets supplémentaires », a-t-elle ajouté.

Pour ajouter à l’offre de financement, Fondaction, Investissement Québec et la Fédération des coopératives forestières du Québec ont mis sur pied le Fonds Biomasse Énergie, qui dispose d’une capitalisation de 20,2 millions de dollars, afin d’offrir de l’accompagnement et du financement aux entreprises qui désirent réaliser un projet de chauffe à la biomasse. De plus, Fondaction, investira 50 millions de dollars dans des projets de réduction des GES au cours des deux prochaines années, a mentionné Claire Bisson, chef adjointe de l’investissement, chez Fondaction. Pour financer des projets de chauffe à la biomasse, Fondaction regarde d’abord si l’approvisionnement en matière première est garanti, si les équipements sont adéquats et si l’expertise est disponible.

Pour assurer un bon développement de la filière, davantage de travail devra être fait pour former la main-d’œuvre, qui manque trop souvent à l’appel, selon plusieurs intervenants.

Pour réduire les émissions de GES de 37,5%, le Québec devra non seulement remplacer les systèmes au mazout et au propane, mais aussi déplacer le gaz naturel, estime Normand Mousseau, professeur titulaire de la Chaire de recherche du Canada en physique numérique des matériaux complexes, Université de Montréal. C’est pourquoi la filière de la biomasse a une occasion unique de s’implanter comme une solution de choix dans le secteur de la chauffe commerciale et institutionnelle en se démarquant grâce des équipements compétitifs et des technologies protégées. « Il faut développer des modèles complets qui intègrent la climatisation pour offrir des solutions intégrées aux clients, peut-être en misant sur la biénergie », a-t-il proposé.

Même s’il reste encore beaucoup de chemin à franchir pour développer pleinement la filière de la biomasse au Québec, des entreprises sont prêtes à prendre des risques pour développer faire des économies et développer de nouveaux marchés. C’est le cas de la Fromagerie Boivin qui, dès 2008, a investit dans une bouilloire de 800 hp, afin d’évaporer le lactosérum (petit lait) pour en faire de la poudre destinée à l’alimentation animale. Norforce Énergie a pour sa part développé un modèle d’affaire adapté pour l’implantation de la chauffe à la biomasse dans les mines. Un modèle testé avec succès à la mine Casa Berardi, à près de 100 km au nord de Lasarre.


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