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Une usine de granules de la première heure

Bois énergétique recyclé Lauzon, à Papineauville, produit 35 000 tonnes malgré sa taille réduite.


10 avril 2013
Par Scott Jamieson


Sujets
À Papineauville, l’usine de granules de Bois énergétique recyclé Lauzon, flanquée de deux silos Rodair pour les sciures ; devant, des palettes de granules de marque Cubex, ensachées à l’aide d’un système automatisé (ci-dessous).

Lorsqu’on créa, il y a 12 ans, Bois énergétique recyclé Lauzon, le marché des granules était pratiquement inconnu en Amérique du Nord. Il y avait bien peu de manufacturiers canadiens, et les marchés étaient à peine naissants. Beaucoup plus qu’à l’émergence d’un marché, Bois énergétique recyclé Lauzon doit d’abord son existence à la solution d’un problème de surplus à la société mère Bois de planchers Lauzon (aujourd’hui Lauzon International inc.).

« L’usine de bois de plancher au bas de la colline produisait déjà le matériau brut et sec dont une usine de granules avait besoin, explique le directeur des ventes et du marketing de la compagnie, Stewart McIntosh. Et c’est là la clé, l’usine en produisait en abondance à cette époque et le tout devait être enterré à nos frais. Il y avait bien peu d’opportunités du côté énergétique à cette époque. Si bien que la production de granules présentait un intérêt. Les appareils de chauffage aux granules venaient à peine de faire leur apparition sur le marché domestique, mais nous devions résoudre un besoin criant. C’est pour cela que nous sommes allés de l’avant. »

Les 10 millions de dollars investis d’abord dans le but d’aider l’usine moderne de bois de plancher à se désengorger,
ont ainsi contribué à former une entreprise distincte, responsable sur le plan enviro-nnemental et dans un secteur en expansion. La demande a toujours été difficile à prévoir dans le marché émergent des granules, mais il semble bien que ce marché ait également atteint sa maturité. La demande ne dessous posera pas de problème à tout le moins pour la saison à venir, à en juger par la vaste cour d’entreposage adjacente à l’usine où il n’y avait qu’un tout petit coin encore rempli lors de notre visite en août dernier. « C’est habituellement très encombré à cette période de l’année, et tous nos appareils de chauffage, pour cette année, sont également vendus. » ajoute M. McIntosh en parlant des poêles à granules de marque Harman que la compagnie distribue.

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Approvisionnement constant
Ce qui n’a pas changé depuis le début, c’est l’approvisionnement direct en fibre en provenance de la florissante usine de bois de plancher, vers l’usine de granules de l’entreprise. On retrouve à l’usine de bois de plancher automatisée et optimisée, toute une gamme de machines produisant sciures et rabotures provenant des scies à ébouter et à refendre, et des lignes de ponçage. Toute cette fibre est récoltée par un système de dépoussiérage et soufflée vers le haut de la colline à l’usine de granules. De la sorte, on comble 70 % des besoins annuels. L’autre proportion de 30 % arrive par camions, en provenance des usines de producteurs de bois locaux, et est déversée sur un support d’alimentation à vis. On compte ainsi jusqu’à 80 camions pour apporter les matériaux bruts à l’usine et expédier les produits finis.

Les deux sources d’approvisionnement en fibres convergent vers deux silos d’entreposage, l’un de 40 tonnes et l’autre de 80 tonnes. Viennent ensuite le tamisage et le conditionnement dans les broyeurs avant que les matériaux ne soient soufflés dans une benne de retenue au-dessus de l’usine de granules. Après le conditionnement, les matériaux se dirigent vers la seule et unique machine à granules de l’entreprise, un véritable cheval de trait qui n’arrête pratiquement jamais, de préciser Stewart McIntosh. « On parle ici d’une efficacité de production de 98 %. » Cette machine fonctionne 24 heures par jour et sept jours par semaine, ce qui explique la production élevée de l’usine.

Les granules tombent ensuite dans un système de refroidissement situé au sous-sol, puis ramenées dans un réservoir de 40 tonnes qui alimente un système d’ensachage automatisé. Les produits de la compagnie sont mis en marché sous trois marques de commerce de sorte que l’ensachage s’effectue selon le marché. Les sacs aboutissent au système robotisé d’empilement sur palettes fourni par la compagnie Robovic de Plessisville. Les palettes livrées aux clients canadiens comptent 75 sacs alors que celles destinées aux clients américains en comptent 50, en raison notamment de restrictions d’expédition entre les deux pays. La livraison s’effectue par camions, l’usine étant située à 45 minutes d’Ottawa et à une heure de Montréal.

Détection des incendies
La sécurité suscite toujours une vive inquiétude dans le secteur de la fabrication de granules. Mais l’usine de Lauzon est bien protégée depuis son ouverture en 1995. « Nous possédons un système de détection d’étincelles et d’incendies de marque Flamex. Si des matériaux s’échappent d’un broyeur et que le système détecte une étincelle, il fermera automatiquement les circuits. S’il détecte de la chaleur, une vanne s’ouvrira pour inonder le système. »

Pour toutes usines de granules, il s’agit d’un sage investissement. Selon le manufacturier Flamex, le risque d’incendies de poussière et d’explosions est inhérent aux procédés de manutention pneumatique et de filtration d’air installés dans n’importe quelle usine de transformation du bois. La fabrication de granules ne fait pas exception puisqu’elle a recours à des procédés comme le séchage et le broyage qui sont particulièrement propices à la génération d’étincelles et de feu. Le système Flamex fourni par Rodrigue Métal détecte les étincelles en suspension qui se déplacent dans les conduits pneumatiques et les arrosent avant qu’elles n’atteignent les cyclones, les dépoussiéreurs ou les bennes à poussières, là où les incendies et même les explosions peuvent se produire. Le jet d’eau s’arrête automatiquement lorsque l’étincelle est éteinte, de sorte que la production peut continuer et qu’on évite les coûteux temps morts. La compagnie Lauzon prend au sérieux de tels risques. À preuve, ses usines de St-Norbert et de Maniwaki, en plus de celles de Papineauville et de St-Paulin, sont également équipées de systèmes Flamex.

L’usine de Papineauville comporte aussi une salle de contrôle de qualité où les principaux paramètres de qualité sont vérifiés à toutes les deux heures. Parmi ceux-ci, il y a le contrôle du contenu en eau (objectif de 6 %), du contenu en cendre (0,4 % ou moins dépendant de l’essence), du contenu en poussière et de la taille des particules.

Presque toute la production est vendue dans les provinces centrales du pays et dans les états du nord-est des États-Unis. Une proportion de 98 % est vendue en sacs pour le chauffage résidentiel dans des poêles à granules. La compagnie a bien essayé de vendre ses produits en vrac en Europe, mais on a réalisé que les risques étaient plus élevés que les profits escomptés. «  Nous avons appris de cette expérience. Si nous retournons en Europe, nous ferons les choses différemment. Mais pour l’instant notre localisation et notre production nous permettent de vendre nos produits sur le marché domestique (Canada, États-Unis). »

Marché irrégulier mais croissant
L’usine de granules de Papineauville compte huit personnes oeuvrant sur le plan administratif, bien que ce groupe partage également certaines responsabilités avec l’autre usine de granules de la compagnie située à St-Paulin (non loin de Trois-Rivières). S’y ajoutent 16 employés qui se partagent les quarts de travail pour faire fonctionner l’usine en continu. À St-Paulin, on compte deux autres administrateurs et de14 à 16 employés pour une production additionnelle de 25 000 tonnes environ par année. Bien que les deux usines totalisent une capacité de près de 75 000 tonnes, elles limitent habituellement leur production à 60 000 tonnes/année. Comme pour la plupart des usines de granules, leur production est bien au-dessous de leur capacité en raison des conditions de marché irrégulières, des ruptures d’approvisionnement et des problèmes de coordination entre les usines.

« D’une année à l’autre, les conditions de marché représentent un défi. En comparaison de toute autre source d’énergétique, le graphique de l’utilisation des granules à des fins domestiques de même que celui de l’évolution des prix, trace une ligne bien horizontale avec quelques petites pointes. Il y a beaucoup de possibilité de développement, mais c’est encore une industrie jeune. Nous avons connu des ruptures de stocks dans le passé, ce qui a effrayé les gens au moment où, justement, ils considéraient l’utilisation des granules. On retrouve un peu le même discours cette année encore, même avec la mise en marche de nouvelles usines. Enregistrons un hiver doux, et l’offre dépassera la demande. »

À l’heure actuelle, la compagnie table sur une croissance soutenue et elle a récemment embauché de nouveaux employés pour s’y préparer. Stewart McIntosh par exemple, a jusqu’à récemment occupé la fonction de directeur général, se chargeant à la fois des ventes et de la production. Il se concentre maintenant exclusivement sur les ventes, et Pierre Tremblay s’occupe des opérations. Une partie de cette croissance devrait provenir de l’usine de St-Paulin qui a été arrêtée en avril 2008 pour une reconstruction majeure. À l’origine, on exploitait trois usines de granules, deux petites et une plus grande. Les deux plus petites ont fait place à une plus grande pour des gains d’efficacité et de production.

« Au début, il s’agissait d’un projet en deux étapes et nous devions réaliser la première étape de 750 000 $ cette année.

Avec l’allure du marché, nous avons décidé de tout compléter d’un coup et nous avons investi 1,5 million de dollars cette année pour obtenir des installations de pointe, munies de contrôles informatisés, de systèmes de contrôle des incen-
dies et l’emballage automatisés : les grands travaux! »

La compagnie étudie la possibilité de construire une deuxième usine à Papineauville et envisage d’autres projets d’expansion. « Il serait juste de dire que nous entrevoyons une croissance des marchés, de conclure M. McIntosh. »

Des granules pour remplacer le charbon ?
Bois énergétique recyclé Lauzon a plusieurs projets en chantier en vue d’augmenter sa production annuelle de granules. Mais où ira toute cette nouvelle production de granules ? Le directeur des ventes et du marketing Stewart McIntosh prévoit une croissance supplémentaire du marché domestique en raison de la flambée des coûts du carburant fossile au fil des années. Il n’y aura cependant pas de croissance spontanée, prévient-il. Pour que le chauffage aux granules en vienne à occuper une place plus importante, il faudra d’abord corriger cette situation où l’Amérique du Nord connaît une carence d’appareils de chauffage résidentiels aux granules de même que des déficiences au niveau des infrastructures de livraison.

« Vous devez compter sur des conditions d’utilisation favorables, comme celles qu’on retrouve en Europe. Les appareils et le support vont venir, et la volonté est là pour développer ce marché. Mais ce sera un développement lent. »

En plus du chauffage résidentiel, on note également un potentiel pour le chauffage industriel et celui de serres, deux segments en croissance. D’ailleurs au cours des récentes rencontres de l’industrie de la culture en serres, le thème du chauffage a occupé toute la place en raison de la flambée des coûts de chauffage subie par les propriétaires de serres, ces coûts qui représentaient 15 % des coûts totaux sont passés à 40 % et plus.

Il y a aussi de très gros joueurs potentiels, comme l’Ontario Power Generation. Lors de la conférence annuelle de CANBIO tenue à Ottawa en octobre dernier, madame Jane Todd de la division des carburants fossiles de l’Ontario Power Generation, a annoncé que les essais de cogénération à la biomasse avaient dépassés toutes leurs attentes. L’objectif du groupe est de remplacer en entier ou en partie le charbon qu’il utilise actuellement pour une grande portion de ses besoins de production d’énergie. L’organisme ontarien a mené des essais de cogénération à ses quatre centrales alimentées au charbon, notamment d’avoir fait fonctionné sa centrale d’Atikokan entièrement à la biomasse pendant quatre heures, et d’avoir essayé différentes proportions de biomasse à la plus grande centrale alimentée au charbon en Amérique du Nord, celle de Nanticoke. Selon madame Todd, les essais ont été beaucoup mieux réussis que les meilleurs scénarios mis de l’avant. Aussi bien la génération d’énergie que les émissions ont été plus qu’acceptables.

L’Ontario Power Generation, encouragée par ces succès et par une politique provinciale agressive visant l’élimination du charbon en 2014, prévoit mettre rapidement de l’avant l’alimentation à la biomasse, et parle d’une conversion complète de l’usine d’Atikokan qui utilise actuellement un charbon de moins bonne qualité et possède un accès direct par voie ferrée. Le carburant de choix est la granule de bois puisque celle-ci permet d’utiliser les équipements existants, comme les pulvérisateurs, en y effectuant des modifications minimes. L’objectif mentionné lors de la réunion est 2,5 terawatts ce qui représente (en calculant 600 000 tonnes de granules par TW) 1,5 million de tonnes de granules de haute qualité. Pour avoir une idée de l’effet que ce géant de l’énergie pourrait avoir sur le marché de la bioénergie tirée de matériaux solides, soulignons que le Canada produit ainsi actuellement un peu plus de 2 millions de tonnes par année. Si les conditions économiques et les politiques sont réunies, l’Ontario Power Generation pourrait alors soutenir à elle seule l’industrie de la biomasse. Dans un tel cas, tous les projets d’expansion prévus chez Lauzon ne représenteraient qu’une goutte dans un seau. »