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Des machines optimales pour travailler à grande échelle


Le scarificateur à monticules Bracke M36.a est arrimé à un transporteur Ponnse Elephant à huit roues motrices. L’engin qui a travaillé sur un territoire incendié, est le seul en son genre au Canada.

Dans le numéro de décembre 2008, nous avons présenté les expériences réalisées par la Coopérative forestière Girardville avec deux planteuses mécaniques Bracke P11.a montées sur excavatrice. Celles-ci exécutaient en une seule opération la préparation du micro site et la mise en terre du plant pour remettre en production des sites difficiles.

Le présent article aborde avec plus de détail l’utilisation de la nouvelle génération de scarificateurs programmables Bracke, les modèle T26.a à disques et le modèle M36.a à monticules, afin d’améliorer la qualité des micro sites et de pratiquer la plantation sur butte.

Serge Simard, l’enthousiaste directeur en sylviculture de la Coopérative forestière de Girardville, près de Dolbeau au Lac-St-Jean, nous entraîne en bordure d’une route dans une zone idéale pour la plantation, à deux heures de la ville. Il veut nous montrer des exemples de plantations sur buttes dans cette immense région à peine remise des incendies record de l’année 2005. Des exemples de réussite et d’autres qui le sont moins. L’aventure commence aussitôt car notre chauffeur, Jean-Luc Hudon de la compagnie Bracke, a laissé les clés à l’intérieur de la camionnette verrouillée, il doit donc jouer au voleur à l’aide de l’antenne radio pour sortir de cette impasse.

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Au cours des dernières années, la région du Lac-St-Jean a mis l’accent sur l’application de nouvelles techniques de sylviculture et l’utilisation de nouveaux équipements de préparation de sites. En effet, le gouvernement et l’industrie en sont venus à une entente de collaboration face à une industrie mal en point et à des réductions dramatiques de CAAF. En 2008, la Coopérative a planté plus de 20 millions de plants, elle a effectué des traitements sur quelque 15 000 hectare et elle a récolté plus de 200 000 m3 de tiges. Une bonne partie de ce travail a été réalisé à l’aide de nouveaux équipements de préparation de terrains disponibles depuis ces trois dernières années.

Serge Simard affirme que l’élan de modernisation du parc d’équipement est le résultat de plusieurs facteurs apparus au même moment. D’abord l’âge de la machinerie commençait à poser problème. « Vous parlez ici d’équipements achetés au cours de la dernière vague d’investissements en préparation de sites dans les années 80. Combien d’autres secteurs forestiers se fient sur des équipements vieux de 25 ans pour faire le travail? Bien des choses ont changé en matière d’équipement en 25 ans : l’efficacité, les ordinateurs, la production. Il était grandement temps. »

De plus, quelques membres dirigeants de la Coopérative et du bureau régional du ministère des Ressources Naturelles et de la Faune (MRNF) se sont rendus en Scandinavie en vue de comparer leurs méthodes de reboisement et leurs résultats avec les nôtres. Avec l’adoption, au Québec, de la protection de la régénération avancée et le rejet des herbicides, il y avait en fait plus de différences que de similarités entre les deux régions du globe. Une chose cependant a réellement sauté aux yeux des visiteurs : la pratique de la plantation sur butte et son impact.

« Il existe actuellement un site pas très loin d’ici, vers Chibougamau, indique Jean-Luc Hudon, où on peut comparer les résultats de la plantation sur butte avec la plantation traditionnelle dans nos conditions locales. Les résultats sont étonnants mais ce n’est pas une zone d’étude officielle. Il n’existe donc aucun chiffre pour convaincre le Ministère de changer. En Suède, vous pouvez être parmi des arbres plantés à différents niveaux d’élévation de micro sites, et les données existent. Les gens de la Coopérative et du Ministère en ont été impressionnés. »

Cette augmentation potentielle de la productivité nous a conduit à la raison ultime, et peut-être la raison la plus importante, qui a mené à ces investissements:

le besoin. Comme partout au Québec, la région ressent toujours les effets de la coupe de 20 % imposée par la Commission Coulombe. « C’est bien simple, explique Serge Simard, on ne peut continuer comme si de rien n’était. Nous devons nous adapter, innover, changer et devenir toujours meilleurs si nous voulons survivre et être compétitifs. Nous devons accepter de réinventer notre industrie. Et ce travail en fait partie. »

Du meilleur travail
Le premier investissement en matière de technologie de préparation de terrains a été modeste. La Coopérative s’est familiarisée avec la nouvelle génération de scarificateurs à disques Bracke en 2006. Il y a ceux qui croient qu’un scarificateur à disques… n’est qu’un scarificateur à disques, mais il s’en trouve pour différer d’opinion, dont messieurs Simard et Hudon ainsi que les gens du Ministère et de la compagnie AbitibiBowater pour qui travaille la Coopérative. Cette dernière a acquis trois des plus récents modèles de scarificateurs à disques Bracke T26.a, mais elle utilise aussi trois modèles TTS plus anciens. Il n’y a aucun mystère pour savoir quels modèles le client préfère!

« Le T26.a fait du meilleur travail, il n’y a pas à en douter, affirme Serge Simard. Alors bien sûr, le Ministère et AbitibiBowater voudraient qu’on les utilise, explique-t-il en jetant un coup d’œil à l’opérateur Frédéric Tremblay aux commandes de l’un des deux T26.a installé sur une débusqueuse John Deere 748 sur ce site. » Il existe, précise-t-il, de nombreuses différences entre les anciens modèles et les nouveaux, ce qui influence la production hebdomadaire et la qualité. Une comparaison de la production annuelle donne des variations de l’ordre de 4 à 5 %.

« Les temps morts et les temps d’entretien sont de beaucoup inférieurs, si bien que le temps productif est supérieur, ajoute M. Simard. Les dents sont maintenant faciles à changer, il n’y a plus de soudure, c’est donc un avantage de plus. »

La plus grande différence réside dans la qualité des sites de plantation et ce, pour plusieurs raisons, mentionne Serge Simard. La machine utilise des planétaires plus larges permettant ainsi de travailler parmi plus de matériaux et de créer de bons sites. On y trouve également des amortisseurs hydrauliques qui replacent le disque immédiatement sur le terrain après un impact ou un obstacle, maximisant ainsi la zone de traitement. Avec le modèle T26.a, la préparation de terrain est enfin entrée dans l’ère informatique, poursuit Jean-Luc Hudon.

À l’heure des ordinateurs
« Les contrôles programmables sont probablement la plus importante amélioration en comparaison du modèle original. Avec l’ancien système, vous traitiez chaque mètre de la même façon, sans égard à la nature du terrain, à l’épaisseur de mousse, au volume de rémanents et de débris. Il s’agit pourtant de variables importantes ici. Nous disposons maintenant de six programmes pré-établis qui peuvent être ajustés aux conditions locales. De la sorte, l’opérateur peut réagir instantanément aux changements de conditions du site, et cela aussi souvent que nécessaire. »

Ceci donne toutefois plus de responsabilité aux opérateurs qui se doivent de rester vigilants, ainsi qu’à la Coopérative qui doit les former aux différentes conditions de terrain et les amener à employer le programme approprié. Jean-Luc Hudon ajoute que les meilleurs opérateurs s’adaptent bien à cette nouvelle réalité.

« Sur certains sites, vous pouvez changer le programme de 8 à 10 fois par heure pour tirer le maximum de la machine et créer les meilleurs micro sites de plantation. Appuyer sur le bouton est facile, le plus difficile est d’amener l’opérateur à reconnaître les différentes conditions de croissance et à y répondre adéquatement. »

Les commentaires émis par AbitibiBowater et le Ministère sont dans l’ensemble positifs. « C’est simple, de conclure Serge Simard. Ils voudraient qu’on utilise les nouveaux scarificateurs sur tous les contrats. Ce n’est cependant pas aussi simple parce que nous avons des membres (propriétaires) qui possèdent encore de vieux modèles que nous devons supprimer progressivement. Les résultats vont dans cette direction. »
 
La machine appropriée au site
Encouragée par son succès et de plus en plus convaincue des avantages de la plantation sur butte en vue de l’amélioration du rendement forestier, la Coopérative a acquis pour la saison 2007, un scarificateur à monticules Bracke modèle M36.a. Après deux ans de travail, ce scarificateur à trois rangs est toujours le seul de ce type en service en Amérique du Nord. Encore une fois, cet équipement sophistiqué de préparation de terrain s’avère être un bon investissement. Le modèle M36.a se doit de faire équipe avec un puissant transporteur à huit roues motrices. La Coopérative l’a donc arrimé à un nouveau transporteur Ponsse, modèle Elephant.

Nous l’avons vu à l’œuvre dans un immense brûlis localisé à deux heures de Girardville. Tout près, un autre scarificateur T26.a travaillait sur un parterre moins grand encombré de rémanents, de mousse épaisse et d’une quantité incroyable de roc. Comme l’explique Jean-Luc Hudon, la décision de faire travailler un type de machine à un endroit plutôt qu’à un autre, tient autant de l’art que de la science.

« Avec une planteuse, des scarificateurs à disques et un scarificateur à monticules, la Coopérative a maintenant la possibilité de choisir le meilleur outil pour chaque contrat. On tiendra compte d’abord de la grandeur de la zone à traiter.

Vous n’installerez probablement pas le scarificateur à monticules sur un chantier de 10 hectares car le gros transporteur est plus difficile à transporter et il prend plus de temps à tourner, de sorte que un petit lopin grugera tous les profits. Vous aurez plutôt recours à un scarificateur à disques. Par contre, sur un site de 50 ha sans trop de mousse, un scarificateur à monticules créera des microsites idéaux en peu de temps. »

Dans ce cas-ci, la notion « trop de mousse » signifie plus de six pouces d’épaisseur. Au-delà de cela, ou encore sur des sites ou il y a beaucoup de roc ou de petits couloirs d’arbres, la Coopérative utilisera un scarificateur à disques. Mais là où elle convient, et on n’est pas à court de sites pour l’occuper, elle traitera 1,2 ha à l’heure, comparativement à 0,9 ha/h avec le plus récent T26.a. Au rythme de 20 heures par jour, quatre jours par semaine, le M36.a a donné un rendement moyen de plus de 100 ha par semaine, incluant les temps morts et autres délais. Selon Jean-Luc Hudon, le M46.a, un modèle à quatre rangs, atteindrait 1,6 ha/h.

L’envers de la médaille, admet le représentant de Bracke en voyant le scarificateur à disques batailler dans un tas de décombres, est que les scarificateurs à disques peuvent venir à bout d’un plus grand volume de sites en mauvais état, tandis que les superficies plus grandes et plus faciles seront réservées au scarificateur à monticules plus performant.

« C’est une question d’équilibre, explique M. Simard. Nous devons affecter les machines là où elles donneront les meilleurs résultats mais, en même temps, nous devons nous assurer que nos membres puissent travailler tout en réalisant un profit. Nous devons maintenant agir davantage en gestionnaire pour l’affectation des machines à chaque endroit. Mais ce n’est pas grave, c’est ce que nous voulons. En bout de ligne, ça signifie que nous choisissons à l’intérieur d’un plus gros coffre à outils. »

En ce sens, ils ne sont pas seuls au Lac-St-Jean. En effet, même s’ils sont encore les seuls à posséder un modèle M36.a, leurs trois modèles T26.a font maintenant partie d’un parc de 13 nouveaux modèles travaillant dans la région alors que leurs deux planteuses mécaniques font partie d’un groupe de 5. On peut s’attendre à en voir encore plus en 2009 en constatant l’intérêt du Ministère et des clients industriels.

Planter sur butte
À l’heure actuelle, M. Simard et la Coopérative continuent de travailler avec le MRNF de même qu’avec ses opérateurs et ses planteurs en vue de développer un guide « des meilleures pratiques ». Pour ce qui touche la plantation, Serge Simard précise qu’on attend toujours la décision finale du MRNF. Il travaille cependant avec les planteurs pour leur apprendre la façon de choisir le meilleur endroit sur chaque microsite.

« Le meilleur endroit est ici, plus haut », dit-t-il en pointant du doigt le sommet de la butte, mais il avertit qu’il y a des variables dont les planteurs doivent tenir compte. « Par exemple, s’il y a trop d’air en dessous ou une grosse pierre, alors nous choisirons ici », ajoute-t-il en touchant un point à mi-chemin vers le bas de la butte mais toujours au-dessus de la dépression environnante. « Enseigner aux planteurs à prendre ces décisions en cours de travail fait, bien sûr, partie du processus. Nous continuons de progresser. »

Avant de procéder à la plantation, la Coopérative laisse de plus passer tout un hiver afin que la charge de neige finisse de modeler la surface du terrain. De cette façon, la butte que le planteur voit, va vraisemblablement demeurer intacte au cours des années suivantes.

Pour Serge Simard qui était auparavant contremaître en récolte forestière et qui s’est volontairement tourné vers la sylviculture en joignant la Coopérative en 2006, il s’agit d’un défi nouveau et stimulant. Tout en perfectionnant ses méthodes et ses équipements avec son équipe, de nouvelles façons de faire se présentent, par exemple, celle d’utiliser à certains endroits les modèles à disques afin de créer des conditions de plantation similaires à celles réalisées par le modèle à monticules. « Nous étudions la possibilité d’utiliser les programmes disponibles sur les nouveaux scarificateurs à disques en vue de créer les mêmes conditions que lorsque nous effectuons des buttes, là où le terrain le permet. Nous devons obtenir l’approbation du Ministère naturellement, mais j’imagine que ça va venir. »

Une telle attitude impressionne les observateurs comme Jean-Luc Hudon. « Ils sont très dynamiques et avant-gardistes sur tous les aspects touchant la préparation de sites et la plantation. Ils vont en Suède presque à chaque année pour trouver des opportunités qui pourraient maximiser le rendement ici et pour s’améliorer. C’est très gratifiant de travailler avec ces gens-là. »

Bien sûr, la véritable récompense à tous ces efforts viendra dans quelques décennies lorsque les futurs forestiers regarderont ces jeunes peuplements et analyseront leurs options. Nul doute que si Serge Simard et d’autres comme lui persistent dans leur savoir-faire, il existera beaucoup plus d’options à cette époque que maintenant.