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Un marché du bois rond déconnecté


24 juin 2021
Par Alain Castonguay

Sujets

Le prix du bois d’œuvre résineux a pratiquement quadruplé sur un an. En forêt privée, on déplore cependant que les producteurs de bois ne profitent toujours pas de cette embellie des marchés.

 

Selon la Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ), pour l’ensemble de la province, les livraisons ont totalisé 6,16 millions de mètres cubes (M m3) en 2020, en baisse de 4 % comparativement à 2019. La fermeture de plusieurs usines durant la pandémie n’explique pas la totalité de cette baisse. Celle-ci est surtout attribuable à la crise qui frappe l’ouest du Québec depuis la fermeture de l’usine de Thurso à la fin de 2019.

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La FPFQ estime à 2 M m3 de bois le volume disponible, mais non récolté dans l’ensemble des forêts privées du Québec. Pour la période 2018-2023, Forêts Québec et la Fédération estiment qu’il est réaliste de mobiliser 8,8 M m3 par année, sur une possibilité de récolte totalisant 17 M m3. On constate que 86 % de volume mobilisable en sapin-épinette est récolté, et cette proportion grimpe à 97 % pour le bois de qualité sciage et déroulage.

« Les livraisons de sapin-épinette sont quand même bonnes dans l’ensemble partout en forêt privée. Elles sont en croissance depuis plusieurs années, après la crise forestière de la fin de la décennie 2000. On atteint des volumes inégalés du côté des livraisons faites aux scieries de bois résineux », indique Vincent Miville.

 

Le prix stagne

Selon André Roy, président du Syndicat des producteurs de bois du Sud-du-Québec (SPFSQ), les cours à bois des usines sont pleines dans cette région. « Il n’y a aucun intérêt de leur part à augmenter le prix du bois. On a eu quelques petites augmentations il y a quelques semaines pour les usines qui prennent du bois long, on parle de 100 $ la corde pour les billes de 16 pieds. Mais pour le bois court, on a les mêmes prix qu’à la fin des années 1990 », dit-il.

  1. Roy ajoute que pour les propriétaires de la région, il est encore plus payant de livrer le bois court chez Domtar que de le vendre aux usines de sciage en billes de huit pieds. Le bois de sciage résineux demeure tout de même le principal produit vendu par les producteurs et représente 60 % du volume des livraisons.

Si des usines ont offert des hausses, elles ne permettent toujours pas de rattraper le prix obtenu en 2005, si l’on tient compte de l’inflation, selon Martin Larrivée, directeur général du SPFSQ. « Il y a vraiment eu, depuis un an, une explosion du prix du bois transformé, mais les producteurs n’en ont pas vraiment profité à ce jour », dit-il.

Vincent Miville confirme qu’ailleurs au Québec, des usines paient un peu plus cher pour le bois des producteurs. « Le prix record du bois d’œuvre, il faut comprendre que ça dure depuis l’automne dernier, quand on a dépassé les 1 000 $ par 1 000 PMP, qui est déjà un montant astronomique », dit-il.

Le prix du bois d’œuvre a approché les 2 000 $ CA par 1 000 PMP en mai, mais il a glissé sous les 1 800 $ le 9 juin.

La hausse du prix du bois d’œuvre est alimentée par la conjoncture très particulière créée par la pandémie. « Les gouvernements ont injecté beaucoup d’argent dans l’économie. Les gens ne sont plus capables de dépenser leur argent pour les voyages, les sorties. Que leur reste-t-il à faire? Des améliorations locatives, travailler sur le terrain, construire un patio, rénover la maison. Le marché de la construction se retrouve en surchauffe », souligne Vincent Miville. Cette demande contribue d’ailleurs à la hausse des coûts de tous les matériaux de construction, incluant le béton et l’acier.

 

Décision de la Régie

Le projet de mise en marché collective du bois de sciage du SPFSQ, qui découle du mandat des producteurs voté en novembre 2017, est contesté par l’industrie forestière. Les parties ont soumis leurs plaidoiries finales à la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec (RMAAQ) au début d’avril 2021. Lancées en 2018, les audiences ont duré 26 jours. Les conclusions de la RMAAQ ne sont pas attendues avant l’automne.

« On sent la très grande frustration des propriétaires à l’heure actuelle sur la stagnation des prix. Ils en ont assez et ils veulent qu’ils se passent quelque chose », indique Martin Larrivée.

La FPFQ appuie les syndicats et offices qui veulent organiser la mise en marché collective du bois de sciage. Selon Vincent Miville, la déconnexion entre le prix le prix du bois rond et celui des produits finis illustre la nécessité pour les propriétaires de négocier collectivement la vente de leur bois.