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Un combo sans compromis

Afin d’augmenter son rendement, l’entreprise forestière GNJ Paré a opté pour un combo TimberPro TF840B, une machine versatile qui travaille aussi bien pour abattre que pour transporter le bois.


12 décembre 2013
Par Guillaume Roy


Sujets
Étant donné que la Banque Nationale ne voulait pas prêter l’argent nécessaire pour faire l’achat du combo, GNJ Paré s’est tourné vers la Caisse Desjardins qui a été en mesure d’offrir un service personnalisé à leurs besoins.

« Quand il buche, c’est une vraie bucheuse. Et quand tu sors du bois, c’est un vrai transporteur. J’ai acheté ça parce qu’il n’y a pas de compromis », résume François Paré, un entrepreneur forestier qui récolte du bois pour Produits Forestiers Résolu (PFR) dans le nord du Lac-Saint-Jean.

François Paré a pris la relève de l’entreprise familiale fondée en 1977. D’abord opérateur pendant 10 ans, il y a pris les commandes de l’entreprise en octobre 2011 en compagnie de Réjean et Bruno Dallaire. « Mon père ne voulait pas me laisser seul avec la business. Je me suis donc entouré d’associés sérieux qui avaient déjà beaucoup d’expérience au sein de l’entreprise », souligne le jeune homme de 31 ans. GNJ Paré possède aujourd’hui une abatteuse multifonctionnelle Direct H307, un transporteur John Deere 1510E et un combo TimberPro. Ils emploient neuf personnes.

Depuis quelques années, l’idée d’investir dans de nouvelles machines pour augmenter la production revenait constamment sur la table. PFR avait également lancé quelques perches pour savoir si GNJ Paré était prêt à investir. Lorsqu’est venu le temps de se lancer, PFR leur a donné carte blanche pour l’achat des équipements.

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« On a étudié les différents scénarios. PFR voulait qu’on s’achète une autre abatteuse. Mais si on achetait une bonne bucheuse, on devait aussi changer notre transporteur. On se demandait aussi comment on allait fonctionner pendant les temps morts avec nos employés. Si on renvoie nos gars une semaine de temps à autre à la maison, ils ne travailleront pas longtemps avec nous. Pour moi, la solution, c’était le combo, car tout le monde travaille tout le temps et tu peux t’adapter selon le bois que tu as », explique François Paré.

Avant l’achat, l’équipe de GNJ Paré est allée tester le combo Timber Pro de l’entreprise forestière LF3M qui travaillait déjà avec ce type de machinerie depuis plusieurs années. « J’aimais la machine et je savais comment je la voulais », commente M. Paré, qui souhaitait adapter le combo à ses besoins. Et Tanguay, une entreprise de fabrication et de distribution de machinerie forestière basée à Roberval au Lac-Saint-Jean, a su le contenter en ajoutant, entre autres, un réservoir d’essence auxiliaire pour une plus grande autonomie, un panier modifié, et un bras fixe de conception Tanguay. « Tout y était. On a amené la machine directement dans le bois », a-t-il ajouté.

Le combo est né
L’idée d’une machine qui peut à la fois abattre et transporter du bois est venue de Richard Dubois, de St-Félicien, qui, avec Trans-Gesco, aujourd’hui fusionné avec Tanguay, a développé une telle machine pour ses besoins. Avec une seule machine, il était alors en mesure de couper le bois et de le ramasser lui même un peu plus tard.

Le concept, qui n’a jamais été breveté, a par la suite été réutilisé par TimberPro, distribué de manière exclusive au Québec par Tanguay, qui dessine et fabrique des mâts sur mesure pour ses clients. Contrairement à TimberPro, les mâts Tanguay ne sont pas télescopiques, une caractéristique fort recherchée au Québec.  

« Nos mats offrent une portée de 32 pieds et ils sont efficaces en mode multifonctionnel ou pour le transport », explique Daniel Chastenais, vice-président aux ventes et au marketing chez Tanguay. On retrouve les mâts Tanguay adaptés pour les combos sur le marché depuis 1999, principalement dans l’est de l’Amérique du Nord. Avec d’autres machines, Tanguay exploite aussi les marchés de l’Ouest Canadien, de l’Australie et du Chili. Comparativement à ce que l’on retrouve sur le marché, le grappin de ce combo se retrouve à l’avant de la machine et il est monté sur une tourelle, comme une abatteuse, ce qui permet de travailler en avant. 

Mais pourquoi opter pour un combo? « Si le transporteur ne fournit pas, on enlève la tête et on ramasse le bois. Ça permet de balancer les opérations. C’est aussi une assurance, car si ton abatteuse ou ton porteur brise, tu peux continuer à travailler quand même. En ajoutant seulement une machine, tu doubles presque ta production », souligne M. Chastenais. Selon ce dernier, le combo s’adresse particulièrement aux entrepreneurs qui possèdent deux machines et qui souhaitent augmenter leur production.

Populaires dans les années 2000, les combos TimberPro avaient acquis la mauvaise réputation d’être trop énergivores avec une consommation dépassant les 30 l/h. De récentes modifications au système hydraulique ont toutefois permis d’abaisser la consommation à 26 l/h, dans le cas de GNJ Paré, ce qui est comparable à ce qui se fait de mieux sur le marché, souligne Daniel Chastenais.

En optant pour le combo, GNJ Paré n’avait qu’à rajouter une équipe de travail, car ils possédaient déjà tous les équipements de travail. Satisfaits du rendement de la tête multifonctionnelle Log Max 6000a sur l’abatteuse Direct, ils ont opté pour une tête Log Max 6000b sur le combo pour faciliter la gestion des pièces et l’entretien.

Au total, l’investissement tourne autour de 800 000 $, soit 600 000 $ pour le porteur, 150 000 $ pour la tête, plus les extras! Un investissement rentable selon François Paré. « C’est sûr que c’est plus cher qu’une abatteuse, mais ça nous revient moins cher que deux machines », dit-il. De plus, toutes les machines et tous les employés travaillent en tout temps. « On était tanné de laisser notre porteur stationné ».

Même dans une zone de chablis, moins rentable pour les entrepreneurs forestiers, les trois machines ont réussi à sortir entre 2500 et 2800 m3 de bois par semaine, à raison de cent heures par semaine. Les neuf employés se relaient le travail à raison de trois chiffres par jour du lundi au vendredi. L’entreprise vise 3000 m3 par semaine en moyenne. Dans une saison, GNJ Paré bûche de 38 à 40 semaines. L’an dernier, ils avaient récolté 70 000 m3 et ils visent plus de 100 000 m3 cette année.

Pour l’instant, l’entreprise est satisfaite du rendement, même s’il reste de la place à l’amélioration. « Nos employés doivent s’habituer à travailler avec une nouvelle machine », souligne François Paré.

Lors de la visite d’Opérations forestières au mois de septembre, le combo avait été utilisé pendant 1400 heures, dont plus de 88 % du temps en mode abattage. « On est presque en mesure de sortir deux fois plus de bois qu’avant, note François Paré. Le combo nous offre beaucoup de flexibilité, car ça fait une excellente abatteuse et il n’y a rien pour sortir du bois comme ça. » Il faut compter environ 20 minutes pour transformer l’abatteuse en porteur, et seulement 15 minutes lorsque l’équipement est préparé d’avance!

Pour optimiser le combo, il faut avoir transporteur le plus gros possible afin de récolter un maximum de bois, souligne Daniel Chastenais. « Le combo est rentable dans le transport, mais c’est mieux de récolter plus de bois », dit-il. GNJ Paré doit toutefois composer avec un petit transporteur de 15 tonnes, alors que le combo TF840B a une capacité de 22 tonnes.

François Paré et ses associés sont forts satisfaits de leur achat qu’ils comptent rembourser en cinq ans, même s’ils sont confrontés à un taux au mètre cube plus faible octroyé par PFR. Pour chaque mètre cube de bois récolté avec trois machines, l’entrepreneur reçoit 0,38 $ de moins. « Ils savent qu’on est plus productifs, alors ils nous coupent », lance-t-il.

Gilbert Demers, vice-président aux opérations chez Résolu, explique que chaque processus dans les opérations fo-restières a des couts particulier. Par exemple, le taux n’est pas le même pour le bois long et le bois courts. « Au fil du temps, on a établi un écart de taux qui était acceptable pour les entrepreneurs pou qu’ils aillent quand même un intérêt pour investir. Ils ont moins d’argent au mètre cube, mais ils ont nettement une meilleure rentabilité d’après ce qu’on peut voir sur le terrain », dit-il.

Selon Daniel Chastenais, cette pénalité est la preuve que le combo est efficace. « Le rendement est si bon que l’entreprise se permet de prendre une part des profits ».

GNJ Paré récolte principalement du pin gris et de l’épinette noire en longueur de 16 pieds uniquement. Ce bois est destiné aux usines de sciage de PRF au Lac-Saint-Jean. Cet été, ils ont également récolté du peuplier faux-tremble qui prendra la direction de l’usine de pâte Kraft de St-Félicien où PFR effectue des tests de pâtes à base de feuillus afin de combler la baisse d’approvisionnement forestier.

Le terrain est variable dans le nord du Lac-Saint-Jean, mais les entrepreneurs rencontrent rarement de grosses montagnes. Les difficultés proviennent généralement des secteurs de chablis ou le bois doit être récolté rapidement. « C’est moins rentable dans ces secteurs, mais c’est quand même pas trop mal », dit François Paré. À tour de rôle, chaque entrepreneur doit aller récolter dans ces secteurs.

Gilbert Paré, le père de François, lui a légué le goût d’une entreprise ordonnée et bien gérée.

Les machines sont propres et en ordre. Pas de machines « boostées » qui vont briser plus vite. « Ça arrive souvent qu’on monte dans le bois avec nos canisses d’huiles et seulement quelques petits trucs, parque tout est en ordre », lance François Paré.

Pour être rentable, il sait que les machines doivent rouler à leur plein rendement. « On arrête les machines seulement 15 minutes par jour pour les graisser et mettre du gaz ». Et la maintenant dure seulement 20 minutes à quatre hommes, car « chaque gars sait ce qu’il a à faire ».