Se mobiliser pour la relance d’une scierie

Après la fermeture de la scierie à Saint-Michel-des-Saints en 2014, 24 entrepreneurs locaux ont pris les choses en main.
Guillaume Roy
Septembre 27, 2017
Écrit par
Avec ses têtes positionnées à 45°, l’optimiseur à l’éboutage d’Autolog permet d’obtenir une précision d’un ¼ de pouce sur la longueur et de 8 millième de pouce sur l’épaisseur.
Avec ses têtes positionnées à 45°, l’optimiseur à l’éboutage d’Autolog permet d’obtenir une précision d’un ¼ de pouce sur la longueur et de 8 millième de pouce sur l’épaisseur.
« Quand ça c’est mis à mal allé avec l’ancien propriétaire de l’usine, on ne pouvait pas se faire à l’idée qu’il n’y ait pas de moulin à Saint-Michel », lance d’emblée Jean-François Champoux, propriétaire de Forestiers Champoux, un des créanciers de la faillite d’Entreprise TAG, en 2014. « On devait agir rapidement, parce que plusieurs usines de la région voulaient mettre la main sur l’approvisionnement », ajoute ce dernier.


L’homme, propriétaire de Forestiers Champoux, une entreprise qui gère les opérations forestières de 14 usines de sciage dans Lanaudière et en Mauricie, est alors parti à la rencontre des entrepreneurs du village de 2500 âmes pour mettre sur pied un plan de relance. « Presque tous les gros joueurs ont dit oui. Ils tenaient à embarquer, parce que le moulin, c’est le moteur de l’économie du village », dit-il.

Même les employés ont décidé de se former une coopérative pour devenir actionnaires dans l’usine. « Si tout le monde dans le village se met ensemble pour repartir le moulin, les employés devaient embarquer et ils ont accepté tout de suite, ajoute l’entrepreneur.  En même temps, c’est un peu comme un beau fonds de pension et ça représente le fruit de leur travail qui va rester chez nous. »

Relancer une scierie désuète n’est toutefois pas une tâche facile. « On ne pouvait pas penser décoller l’usine dans l’état où elle était, note Jean-François Champoux. Le taux de consommation de la fibre était tellement élevé, que techniquement, ce n’était pas rentable avant de commencer à scier. »

Après avoir formé un groupe d’actionnaires au début 2015, il a fallu monter un plan crédible de rachat et de modernisation de l’usine. La facture : 16 millions de dollars. Une somme qui a permis de faire l’acquisition de l’usine en juin 2016, puis la réouverture en mars 2017.

« Si tu n’as pas une banque pour faire un projet comme ça, ça ne décolle pas », note toutefois l’instigateur du projet de relance. Desjardins entreprise Lanaudière a donc joué un rôle clé pour monter le financement du projet, en partenariat avec Investissement Québec. « Dès le jour 1, ils ont embarqué et ils y ont cru », ajoute M. Champoux.

Lors de la visite de l’usine par Opérations forestières en juillet dernier, l’usine roulait presque à plein régime. Après plus de deux ans d’efforts soutenus, Jean-François Champoux était fier de montrer le travail accompli. « On a réaménagé l’usine en axant le travail sur la récupération de la fibre », mentionne l’homme qui occupe le poste de directeur général de la scierie.

La conception et le réaménagement de l’usine ont été réalisés par l’entreprise JECC, une propriété de Jacques Éthier, qui fait partie des entrepreneurs locaux qui, avec Jean-François Champoux, ont initié le projet de relance de l’usine. « C’est une des belles réalisations de ma carrière », admet l’homme de 60 ans qui pilote une usine de 50 employés.

« Avec seulement une ligne de sciage, la scierie n’était pas capable de prendre le petit bois », explique Jacques Éthier. La solution : ajouter une petite ligne Hewsaw 200, remise à neuf pour l’occasion, pour compléter la grosse ligne.

Un autre problème majeur devait aussi être réglé pour rendre les opérations plus fluides. « À toute les fois que tu tournes le bois dans un moulin, au bout de l’année, tu viens de perdre un demi-million. On a donc enlevé deux ou trois détours en réalignant le classeur avec la ligne de triage et d’éboutage », estime Jacques Éthier, qui a aussi fourni plusieurs autres équipements (dont des convoyeurs) et améliorations.

En réaménageant l’usine, les promoteurs ont ajouté des réserves d’accumulation en billes ronde et avant l’éboutage pour réduire les arrêts de production, tout en investissant dans l’optimisation. « L’optimisation, c’est le cheval de bataille », estime Jean-François Champoux, qui a misé sur deux optimiseurs de Prologic+ au sciage. Des solutions éprouvées depuis plus de 10 ans avec un logiciel mature dans lequel le client peut investir en confiance, remarque François Giguère, spécialiste en optimisation des procédés pour Prologic+.

De plus, la scierie a aussi ajouté un optimiseur Autolog à l’éboutage, qui permet d’obtenir une précision d’un ¼ de pouce sur la longueur et de 8 millième de pouce sur l’épaisseur. « Nos têtes, qui sont positionnées à 45°, permettent au laser de prendre une meilleure mesure sur les 4 faces de la pièce de bois », soutient Yvan Rainville, vice-président des ventes et du marketing pour Autolog, heureux d’avoir contribué à la relance de la scierie.

Dans les deux cas, le retour sur investissement s’est fait en moins de six mois, soutient le Jean-François Champoux. Les gains sont si importants que le prochain investissement se fera dans l’optimisation du rabotage.

L’ajout d’une nouvelle ligne de sciage et des optimiseurs a permis de réduire le rendement matière de 5,4 à 3,9 m3/1000 pmp, note Jacques Éthier, qui croit que l’ajout d’une nouvelle tronçonneuse (slasher) pourrait permettre de le réduire encore davantage.

De nouveaux séchoirs Cathild TTHG avec des récupérateurs de chaleur ont également été installés, permettant de réduire la consommation en énergie. Ces séchoirs fonctionnent au gaz pour l’instant, mais des éléments électriques devraient être installés au cours de l’année pour optimiser l’utilisation du séchoir.

« Plus ton facteur de consommation est bas et moins tu es affecté par les vagues du marché », souligne Jean-François Champoux. Aujourd’hui, ce sont les 74 employés de l’usine, répartis en deux factions de travail, qui en profitent, soit 22 de plus que ce qui était prévu. « On pensait lancer une deuxième faction dans un an ou deux, mais on a réussi à trouver une bonne quantité de fibre pour le faire plus rapidement », ajoute ce dernier.

Pour l’instant, c’est l’inventaire de bois accumulé qui permet de faire rouler deux factions, car l’usine a besoin de 400 000 m3 pour justifier autant de travailleurs. Étant donné que la scierie détient un approvisionnement garanti de 126 540 m3, il faut trouver beaucoup de bois ailleurs. C’est pourquoi les promoteurs sont très actifs auprès du Bureau de mise en marché des bois (BMMB), alors que plus de 100 000 m3 ont été gagnés aux enchères. « On est correct pour deux ans avec notre inventaire, les volumes ponctuels et la forêt privée », note le DG de l’usine, qui s’attend toutefois à une hausse de son approvisionnement, car le Forestier en chef a annoncé une hausse de la possibilité forestière en Mauricie et dans Lanaudière.

Pour aller chercher davantage de volume, Jean-François Champoux a conclu un partenariat avec Domtar pour réactiver la récolte de bois en forêt privée. Alors que Domtar s’intéresse au feuillu, la Scierie Saint-Michel recherche le bois résineux, pour la production de 2x4 et de 2x6 en longueur de 10 pieds, de grade stud 1 et 2, ainsi que pour le grade économie. « On n’a pas la fibre pour faire du bois MSR », mentionne le forestier, qui doit donc mieux scier pour générer plus de profits.

Dans les forêts de Lanaudière, les gestionnaires doivent composer avec une forêt de sapin et d’épinette noire, deux essences réparties en parts égales et d’un volume minime, moins de 5 %, de pin gris.

Étant donné que 60 % du bois prend le chemin vers les États-Unis, les taxes imposées par les Américains font mal. Mais comme le prix du bois est excellent, l’usine est en mesure de tirer son épingle du jeu. « Notre défi est de passer à travers le conflit avec le moins de séquelles possibles », admet Jean-François Champoux.

L’autre défi majeur : recruter la main-d’œuvre. Sur les 74 employés, l’usine compte 25 recrues et près de la moitié des employés restants prendront leur retraite au cours des cinq prochaines années !



Des avantages stratégiques
Malgré les défis, la Scierie Saint-Michel possède tout de même des avantages importants. Tout en étant à proximité des marchés, à deux heures de route de Montréal, l’usine peut aussi s’approvisionner directement avec le transport hors route, « un énorme avantage économique », estime M. Champoux. « On est l’usine la plus près de la ville, qui est aussi plus près de la forêt », ajoute l’électromécanicien de formation.  

Un avenir bien ancré dans la communauté
Avec le rachat de l’usine par des entrepreneurs locaux, la scierie est-elle vouée à un avenir plus radieux ? « On est la pour faire de l’argent, mais notre base économique peut nous amener à prendre des décisions différentes d’un broker américain qui est juste ici pour faire du cash, remarque Jean-François Champoux. Pour nous, ça peut être une bonne décision de marcher deux ans à profit zéro, mais pas pour lui. »

Pour générer le maximum de retombées dans la communauté, la Scierie Saint-Michel doit d’abord compléter le plan de match élaboré pour les cinq prochaines années, dans le but d’atteindre les performances maximales. « Après ça, on pourra commencer à regarder d’autres projets », note l’entrepreneur, qui se soucie particulièrement de la problématique des copeaux. Pour l’instant, tous les copeaux sont achetés par Kruger, mais la scierie cherche tout de même à devenir autonome avec ses sous-produits. « La solution se trouve dans la consommation de bois. Il faut optimiser davantage pour maximiser les produits du bois et minimiser la production de copeaux. Ça nous permettrait d’écouler les copeaux sur le marché de l’énergie et d’être encore rentables », conclut Jean-François Champoux, fier d’avoir accompli le défi d’une vie.

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