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Les camionneurs forestiers en attente des augmentations négociées


25 février 2021
Par Guillaume Roy


Sujets
Carol Girard et Mario Beaulieu, représentants de l'ANCAI
En décembre 2018, les industriels forestiers se sont engagés à augmenter les tarifs de transport de 16 % sur deux ans. Après une augmentation de près de 9 % en 2019, les camionneurs forestiers ont accepté un gel des tarifs pendant la pandémie, en raison de l’incertitude, mais ils attendent toujours la balance de l’augmentation des tarifs promise.

« C’est le minimum qu’on demande pour atteindre un seuil de rentabilité acceptable », lance d’emblée Carol Girard, le représentant forêt pour l’Association nationale des camionneurs artisans inc. (ANCAI), en faisant référence à l’entente conclue en décembre 2018.

À l’époque, les camionneurs avaient menacé les industriels de faire une grève d’une journée. Devant cette menace, les industriels du Saguenay-Lac-Saint-Jean avaient accepté de négocier directement avec les camionneurs, qui doivent habituellement passer par les expéditeurs et les entrepreneurs généraux en foresterie pour négocier les tarifs. Après une rencontre de trois jours, les transformateurs de bois avaient accepté une augmentation de tarifs de 15 à 16 % sur deux ans.

En 2019, les tarifs ont bel et bien augmenté de 8 à 9 %, mais la pandémie est venue chambouler le reste du rattrapage. Devant l’incertitude, la plupart des industriels ont gelé les tarifs, alors que certains ont consenti à offrir une petite augmentation allant jusqu’à 1,5 %. Pour être conciliants, les camionneurs ont accepté la situation, mais l’ANCAI s’attend maintenant à recevoir la balance de l’augmentation négociée en 2018, d’autant plus que le prix du bois d’œuvre sur les marchés atteint des sommets.

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Selon les recherches comptables effectuées par l’ANCAI, le rattrapage de 16 % sur deux ans permettrait aux entreprises de transport de dégager un bénéfice de 8 %, explique Mario Beaulieu, lui aussi représentant forêt pour l’ANCAI. Un tel bénéfice permettrait d’amortir les dépenses surprises, comme le bris d’un moteur, qui peut coûter 40 000$.

La durée des voyages dans la balance

Selon les représentants de l’ANCAI, c’est au Saguenay-Lac-Saint-Jean que la situation est la plus problématique de la province, car les temps de cycle sont calculés différemment ailleurs.

Les camionneurs doivent générer des revenus de 115$ de l’heure pour payer tous les frais et générer un profit décent.

Le temps de cycle, c’est la durée d’un voyage d’un camionneur quand il part vide de l’usine, pour remplir un chargement en forêt et revenir à l’usine. Pour calculer le temps de cycle, il faut tenir compte des limites de vitesse et les ajuster en fonction de la vitesse réelle des camions. Selon l’ANCAI, les vitesses établies au Saguenay-Lac-Saint-Jean sont plus élevées que dans toutes les autres régions.

Par exemple, dans les Laurentides ou en Abitibi, le temps de cycle est calculé en tenant compte qu’un camion pourra se déplacer, en moyenne, à 80 % de la vitesse permise, en tenant compte des arrêts et du trafic routier.

Dans la région, les calculs sont plus serrés, alors que certains industriels calculent des vitesses de déplacement allant à 100 % de la vitesse permise, parfois 110 %, notent les représentants de l’ANCAI.

« Ici, les temps de cycle ne sont jamais corrects, note Carol Girard. Si je dois faire un voyage en cinq heures et que ça me prend cinq heures et demie, j’ai une demi-heure qui ne sera pas payée et ça vient jouer sur mon taux horaire. »

Plus les temps de cycle sont serrés et plus la pression est grande pour que les camionneurs roulent plus vite, ce qui pose un danger pour tous les utilisateurs de la route.

« On voudrait que l’environnement d’affaires soit pareil pour tous », soutient Mario Beaulieu, ce qui permettrait d’éviter le marchandage et de stabiliser les équipes au même endroit. Ainsi, l’ANCAI revendique que les temps de cycle soient calculés à 80 % de la vitesse permise partout au Québec.

Les temps de cycle ne sont pas calculés de la même façon au Saguenay-Lac-Saint-Jean qu’ailleurs en province, ce qui les désavantage, selon l’ANCAI.

Quelques bémols

Selon les informations recueillies auprès d’acteurs forestiers qui préfèrent garder l’anonymat en cette période de négociation, les temps de cycle sont en effet très serrés, mais les tarifs sont ajustés 90 % du temps. Si le temps de cycle excède de 6,25 % le temps calculé, Produits forestiers Résolu (PFR) verse un tarif supplémentaire à l’entrepreneur. Si le temps de cycle est moindre de 6,25 %, le tarif est toutefois ajusté à la baisse. De plus, PFR calcule le temps de cycle à 80 km/h dans une zone ou la vitesse permise est de 90 km/h.

Selon Carol Girard, la vitesse devrait être de 72 km/h, ce qui limiterait les empressements des chauffeurs sur les routes… tout en permettant d’être plus rentables, comme c’est le cas à l’heure actuelle en Mauricie et dans plusieurs régions.

D’autres industriels n’offrent pas des ajustements de prix et ce sont parfois les expéditeurs et les entrepreneurs généraux qui doivent mettre la main dans leur poche pour compenser les transporteurs.

De plus, la plupart des camionneurs chargent beaucoup plus que les 35 tonnes prévues, avec une moyenne qui avoisine davantage les 39 tonnes, voire plus, pour le bois résineux.

Peu importe la formule établie, les chauffeurs doivent gagner 115$ de l’heure à la fin de la journée pour être rentables et dégager un profit décent, estime l’ANCAI.

Au cours de la dernière année, les fortes pluies et le gel tardif ont grandement dégradé le réseau routier, ce qui a généré des délais supplémentaires. Il serait donc pertinent de s’assurer de bâtir davantage de chemins à l’avance pour transporter le bois dans de meilleures conditions.

Après un gel des tarifs pendant la pandémie, les camionneurs forestiers attendent l’augmentation promise en 2018.

Questionné à ce sujet, Louis Bouchard, directeur principal, affaires publiques et relations gouvernementales chez PFR, a préféré ne pas commenter sur les tarifs, qui sont du domaine commercial. « Nos entrepreneurs sont un maillon crucial de nos activités et, en ce sens, nous maintenons avec eux un dialogue soutenu et travaillons à leur offrir des conditions reflétant cet état de fait. »

Au bout du compte, les camionneurs souhaitent s’entendre sur un taux horaire juste, qui leur permettra de payer pour la maintenance et de dégager un profit pour en vivre.

Ils ne sont toutefois pas les seuls à demander une augmentation des tarifs, car les entrepreneurs forestiers s’attendent aussi à avoir une hausse substantielle de leur rémunération.