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La révolution électrique dans les séchoirs

La Scierie Girard a décidé de remplacer le propane par un système électrique de 5 MW pour alimenter ses six séchoirs à bois.


8 octobre 2020
Par Guillaume Roy


Sujets
Les séchoirs électriques élimineront la consommation de 2,4 millions de litres de propane par an.

Lors de la conversion, c’était la plus grosse installation du genre au monde!

« Quand je voyais passer les trucks de propane chaque semaine, ça me rendait malade », lance Benoit Girard, le président de la scierie Girard, qui consommait 2,4 millions de litres de propane annuellement.

Avec la conversion électrique, qui éliminera l’équivalent de 5000 voitures sur les routes du Québec par an, c’est maintenant chose du passé, a souligné fièrement le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, lors de la conférence de presse sur le projet en février dernier. Pour l’occasion, le gouvernement a fait l’annonce d’une subvention de 2 millions de dollars, sur le projet de 3,5 M$, dans le cadre du programme Ecoperformance, financé par le Fonds Vert et géré par Transition énergétique Québec.

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En plus de ce montant, Hydro-Québec a financé le projet à la hauteur de 300 000 dollars dans le cadre de son Programme Démonstration technologique et commerciale, qui permet de tester des nouvelles applications électriques et de les reproduire ailleurs au Québec.

Depuis près de 10 ans, les dirigeants de la scierie Girard tentaient de convaincre Hydro-Québec d’offrir un tarif au rabais pour les industriels avec les surplus et c’est finalement le 1er avril 2019 que ce souhait est devenu une réalité pour les clients de moyenne puissance. C’est ainsi que la scierie Girard a pu bénéficier du tarif M, à 3,73 ¢/kWh, un tarif fixe à l’année.

C’est dans un contexte de surplus énergétique qu’Hydro-Québec offre ce tarif, qui vient toutefois avec une contrainte majeure, soit celle d’arrêter de consommer de l’énergie lors des pointes de consommation hivernales. « On a dû arrêter nos séchoirs pendant 25 heures environ cet hiver », a soutenu Benoit Girard, à raison d’environ cinq heures à la fois. Bien que ça ralentisse les activités, le jeu en vaut la chandelle, car les économies sont au rendez-vous. « Ça nous coûte environ 10 dollars du mille pieds au séchage », dit-il. Et le tarif est stable, contrairement au propane qui fluctue énormément. Par exemple, si le propane monte à 0,41$/l, la scierie économisera un million de dollars par année.

« Je n’ai jamais été aussi heureux de payer ma facture d’électricité », a rajouté Benoit Girard, préférant acheter son énergie localement, à une société d’État québécois, plutôt que d’envoyer de l’argent aux magnats pétroliers.

Lorsqu’Hydro-Québec n’aura plus de surplus électriques, la scierie devra opter pour le tarif L, ce qui fera augmenter les frais d’environ 5 dollars par 1000 pieds de séchage, une augmentation qui est déjà calculée dans le plan d’affaires.

Au-delà du prix, la qualité est aussi au rendez-vous, car le séchage électrique est plus uniforme et homogène. De plus, le séchage est rapide, soit d’environ 40 h pour le pin, 60 h pour l’épinette noire et de 90 h pour le sapin.

Depuis le 22 novembre 2019, les séchoirs de la scierie Girard sont désormais 100% électriques. « La conversion n’était pas nécessaire d’un point de vue économique, mais c’était important pour nous. Le bois est déjà un produit vert, mais on voulait le verdir encore plus », souligne Benoit Girard, qui avec ce projet, complète un plan d’investissement de 17,5 M$ débuté en 2017. La scierie a notamment fait l’acquisition d’une nouvelle ligne de sciage Hewsaw et d’un optimiseur au rabotage de VAB Solutions.

Selon Benoit Girard, la conversion n’était pas nécessaire pour le bon fonctionnement de l’usine, mais elle permet de verdir encore plus les produits du bois.

Un tour de force réussi
Chauffer des séchoirs à l’électricité était toutefois un tour de force. D’ailleurs plusieurs scieurs doutaient grandement que la scierie Girard réussisse son pari, confie Benoit Girard, fier de la réalisation.

Pour y arriver, il s’est entouré d’une équipe de pointe avec Hydro-Québec, Cathild, le manufacturier des séchoirs, et Idea Contrôle, un groupe de service-conseil en gestion de l’énergie.

« Pour faire une bonne transition, il faut faire une gestion complète de l’énergie, en contrôlant notamment les appels de puissance, pour éviter de payer des surplus, et pour chercher le maximum de performance », explique Frédéric Potvin, le président d’Idéa Contrôle.

Par exemple, les six séchoirs consomment chacun 1,2 MW d’énergie, pour un total de 7,2 MW, mais la scierie ne devait pas dépasser un budget énergétique de 5 MW dans le cadre de ce projet. Pour remédier à ce problème, Idéa Contrôle a installé toute une série de systèmes de délestage électrique qui s’activent automatiquement lorsque l’appel de puissance est trop grand. Plusieurs automates du genre avaient déjà été installées dans la scierie pour limiter la consommation électrique.

Selon Jean-Pierre Giroux, le représentant de Cathild, les séchoirs électriques permettent non seulement de sécher de manière plus égale, mais ils permettent aussi d’éviter tout l’entretien lié à la gestion d’une bouilloire. « Ce ne sont pas toutes les usines qui veulent gérer une centrale thermique », dit-il. Le séchage électrique réduit aussi les emplois liés à la maintenance d’une bouilloire à la biomasse. « Et tu n’as pas à gérer des écorces gelées en plein milieu de l’hiver, ajoute-t-il. À la place, tu peux vendre tes écorces. »

Avec ses surplus d’hydroélectricité, Hydro-Québec souhaite convaincre d’autres scieries d’embarquer dans l’aventure électrique. En plus de valoriser l’énergie inutilisée, elle permet aussi d’éviter l’émission de gaz à effet de serre en remplaçant le propane ou le gaz naturel à faible coût. À la scierie Girard, le cout pour éviter l’émission d’une tonne de CO2 est de de 23 dollars sur un horizon de 20 ans, une option à faible cout pour le Québec.

L’intérêt pour ce type d’installation se fait déjà sentir et le programme de démonstration d’Hydro-Québec porte fruit, car d’autres projets de séchoirs électriques ont déjà vu le jour depuis le printemps, notamment chez Stella-Jones à Gati-
neau, la scierie Saint-Michel et l’usine Damabois à Cap-Chat.

Pour répondre à la demande, Cathild et Idéa Contrôle ont conclu un partenariat et ces derniers estiment que l’offre énergétique québécoise a de quoi combler les scieurs.