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La course du bois brûlé est entamée

La récolte du bois brûlé est essentielle pour maintenir la possibilité forestière, mais elle entraîne son lot de problématiques.

20 décembre, 2023  par Guillaume Roy


Maxime Minier s’attaque au bois brûlé dans son abatteuse Eltec munie d’une tête Ponsse H7.

La course contre la montre a débuté dès que les feux de forêt se sont éteints, car les longicornes ne perdent pas un instant pour s’attaquer au bois mort. Selon les experts, les insectes infestent parfois le bois brûlé à peine deux semaines après le passage du feu.

Les impacts sont variables d’un endroit à l’autre, comme l’a constaté Opérations forestière lors d’une visite dans le secteur Caribou, au nord de Dolbeau-Mistassini, à la fin du mois d’août.

« Les insectes ont commencé à laisser des traces depuis environ une semaine », a remarqué Francis Minier, copropriétaire de Forestier MF Minier avec son frère Maxime, en pointant vers de petits copeaux de bois qui se trouvent aux pieds des arbres. Plus les arbres sont gros, plus on retrouve des signes des insectes, croit-il, car les insectes sont arrivés plus tôt dans d’autres secteurs où les arbres étaient plus gros.

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En se promenant sur les parterres de coupe, on remarque rapidement que le feu a brûlé de manière inégale. « À certains endroits, seulement la mousse a brûlé et les cimes sont intactes, mais à d’autres places, les arbres sont complètement carbonisés », soutient l’entrepreneur, qui récolte du bois au nord de Dolbeau-Mistassini pour la coopérative forestière de Girardville, qui réalise un contrat pour PFR.

Certains arbres déjà affectés par la tordeuse des bourgeons de l’épinette étaient déjà si secs qu’ils ont été complètement dégradés par le passage du feu. Ces arbres doivent être laissés de côté, tout comme les arbres de 10 centimètres de diamètre et moins. 

Comme toute la végétation est brûlée, la vision est meilleure pour voir chaque arbre à couper, mais la récolte dans les secteurs incendiés est plus dure pour la machinerie. 

C’est la première fois que les deux jeunes hommes, respectivement de 31 et de 34 ans, s’attaquent à la récolte de bois brûlé en tant qu’entrepreneur. « On a fait beaucoup de bois affecté par la tordeuse, mais on n’avait pas encore bûché dans le brûlé », remarque Maxime. 

Il a suffi de quelques jours pour constater que les opérations dans le bois brûlé ne sont pas la panacée. « Si on veut être rentable, il faut avoir un taux plus élevé, parce que le rendement est moins bon », dit-il. Dans le secteur de récolte où il se trouvait, il aurait fallu attendre encore au moins 20 ans avant d’atteindre la maturité du peuplement. Il est aussi plus difficile de démêler le bois, surtout dans les secteurs où le feu était très intense.

En plus du rendement plus faible, les coûts d’opération sont plus élevés. « C’est très abrasif pour la machinerie, notamment pour les cylindres et les filtreurs à air », remarque l’entrepreneur. En plus de souffler ces pièces à toutes les maintenances, les filtreurs sont changés deux à trois fois par semaine, au lieu d’un seul. Les tractions usent plus rapidement aussi, notamment parce que le sol est dénudé, mais aussi parce qu’il faut couvrir plus de territoire. « Normalement je couvre 1,5 à 2 hectares en 12 heures, mais là on a fait jusqu’à 5 hectares en 12 heures », dit-il. « On doit couvrir de plus grandes superficies ».

Francis Minier pose devant son transporteur Elephant King lors de la visite d’Opérations forestières.

Des inquiétudes
La récolte de bois brûlé amène certaines contraintes pour les forestiers et les usines de sciage, mais ce qui inquiète davantage, c’est la perte des jeunes forêts qui sont parties en flammes.

En regardant les vastes étendues de jeunes forêts brûlées, Maxime Minier ressent une certaine forme d’inquiétude.
« Ça fait mal au secteur parce qu’on a perdu 20 ans d’aménagement forestier », dit-il, espérant que ces pertes n’affectent pas trop la possibilité forestière. Malgré tout, il estime que le Saguenay-Lac-Saint-Jean est tout de même chanceux, car la région a été beaucoup moins touchée qu’en Abitibi-Témiscamingue ou dans le Nord-du-Québec, plus particulièrement près de Chibougamau.

Une croissance rapide
Les Forestiers MF Minier en sont à leur 7e année de récolte, alors que l’entreprise a rapidement pris de l’ampleur au cours des dernières années, travaillant au sein de la Coopérative forestière de Girardville.  

Pour la récolte, on compte trois kits d’abattage, avec deux abatteuses Eltec 77 et une John Deere 953, toutes trois munies de têtes Ponsse H7. En ce qui a trait aux transporteurs, l’entreprise a fait l’acquisition d’un transporteur Ponsse Buffalo et d’un Mammouth au cours de la dernière année, en plus de l’autre transporteur Elephant King. 

Le Buffalo s’est ajouté à la flotte de l’entreprise au mois d’octobre. « Je sais que je suis correct 60 à 70% du temps avec deux transporteurs, mais je ne voulais pas être pris pour parker les bûcheuses parce que j’ai trop de bois à transporter, remarque Maxime. « Je veux que ça vire tout le temps et que mes gars continuent à travailler ».

À sa première année avec trois kits d’abattage, l’entreprise souhaite récolter entre 150 000 et 200 000 mètres cubes de bois.

L’entreprise possède aussi sur trois excavatrices Komatsu pour la construction de chemins forestiers. En plus de deux machines de 20 tonnes, l’équipe a rajeuni sa troisième excavatrice en octobre dernier, en faisant l’acquisition d’une Komatsu PC 90 de 29 tonnes. 

Au moment d’écrire ces lignes, les Forestiers MF Miniers comptaient 14 employés, en incluant les deux propriétaires. « Pour bien faire, il nous en faudrait deux de plus pour opérer sur le nouveau transporteur », lance l’entrepreneur. Pour trouver de la main-d’œuvre, il mise généralement sur le bouche-à-oreille et sur les contacts de ses employés, à qui il remet une prime quand ils trouvent la perle rare. « C’est le meilleur moyen de trouver du monde fiable et qui cadre bien avec l’équipe », dit-il.

Récolter après une saison record de feux
Près de 1,5 million d’hectares de forêts commerciales sont partis en fumée cette année, un record en plus de 100 ans (5,3 millions d’hectares brûlés si l’on inclut les forêts nordiques).

En date du mois d’octobre, le ministère des Ressources naturelles et des forêts (MRNF) avait autorisé 27 plans d’aménagement spéciaux dans les régions du Nord-du-Québec, de la Mauricie, du Saguenay–Lac-Saint-Jean, de l’Abitibi Témiscamingue, de la Côte-Nord, de l’Outaouais et des Laurentides. Au total, ces plans visent la récupération la récupération 14 millions de mètres cubes de bois. Au besoin, le MRNF pourrait émettre d’autres plans spéciaux pour récupérer le bois brûlé, ajoutant toutefois que « les superficies brûlées dépassent largement la capacité opérationnelle ». 


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