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Intégrer la production de granules et de bois d’œuvre : une solution gagnante

Le fabricant de bois d’œuvre Boisaco a intégré l’usine de granules Granulco sur son complexe industriel. Malgré des périodes difficiles, ses dirigeants n’ont jamais cessé de croire à la valorisation des sous-produits du bois.


11 mars 2013
Par Myriam Gauthier

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Les granules sont composées à 100 % de sciure de résineux (épinette noire, sapin, pin gris) issue de Boisaco. Granulco

« Il n’y a pas si longtemps, il y a 10 à 15 ans, les copeaux de la scierie étaient enterrés, comme des déchets, mentionne le président de Boisaco, Steeve St-Gelais. Maintenant, la sciure est valorisée; elle est considérée comme une plus-value qui permet de créer des emplois et de rentabiliser les activités. »

Une partie de la planure et des copeaux issus de la scierie Boisaco étaient déjà utilisés par les entreprises Ripco et Sacopan. Ces deux entreprises « sœurs » de Boisaco s’en servent respectivement pour fabriquer de la litière équestre et des panneaux de porte embossés.

Ces entreprises de seconde transformation sont entrées en fonction au début des années 2000 sur le complexe industriel de Boisaco, qui a un chiffre d’affaires annuel de quelque 60 millions, marquant ainsi l’intention du fabriquant de bois d’œuvre de valoriser les résidus de bois par la fabrication de produits connexes.

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C’est dans le même esprit que Granulco a été intégré au complexe en décembre 2009 pour donner une utilité à la sciure de bois issue de la forestière Boisaco qui a un volume de sciage annuel de quelque 110 000 milles pieds mesure de planche. Granulco, qui a une capacité de production de 20 000 à 40 000 tonnes, se consacre essentiellement à la production et de granules pour poêles domestiques et commerciaux et de litière équestre.

Selon le président de Granulco, Bastien Deschênes, la production de produits à valeur ajoutée est maintenant une question de survie pour les forestiers : « Ce n’est plus un choix, c’est une obligation, indique-t-il. La crise forestière a été très difficile pour la Côte-Nord : seulement quatre des producteurs de bois d’œuvre sur 12 ont survécu. Je suis convaincu que Boisaco ne serait pas passé au travers de la crise si elle n’avait pas diversifié ses opérations auparavant. »

Valeurs coopératives
Six investisseurs-actionnaires de la région se sont rassemblés pour fonder Granulco : la Première Nation des Innus Essipit, la Société d’investissement de Sacré-Coeur Investra, la Société de développement économique de Sacré-Coeur, Boisaco, la Coopérative des travailleurs de Sacré-Coeur (Unisaco) et la Coopérative des travailleurs forestiers de Sainte-Marguerite (Cofor).

Unisaco et Cofor sont les deux coopératives actionnaires majoritaires de Boisaco qui regroupent son personnel. « La scierie n’est pas une coopérative, mais est gérée sous un modèle coopératif puisque ce sont ses travailleurs qui ont formé en 1985 les deux coopératives pour relancer la scierie du secteur qui avait connu trois faillites successives et fonder ensuite Boisaco », explique Steeve St-Gelais.

Les valeurs coopératives ont aussi guidé les responsables de Granulco lors de la construction de l’usine, explique Bastien Deschênes. « Nous avions les moyens d’investir dans la mécanisation des opérations, mais en raison de notre modèle, nous préférions favoriser la création d’emplois aux investissements, souligne l’homme d’affaires. Notre but est de contribuer à l’économie de la région, pas d’enrichir un actionnaire unique. »

Granulco embauche ainsi 13 personnes, et pourrait en embaucher davantage si la demande s’accroît. Pour l’instant, Granulco produit annuellement 20 000 tonnes de granules, le minimum de sa capacité de production.

La construction de l’usine de 8000 pi2 s’est faite sur une période de quelques mois. Les entreprises Gaston Richard (équipements de production), RX Industries (dépoussiéreur), Honco (bâtiment) et FABMEC (équipements de production) sont les principaux équipementiers qui ont participé à la construction de l’usine. L’équipe de Granulco a aussi visité des usines avant le début des travaux. « L’expertise dans ce domaine est récente, explique M. Deschênes. Nous avons visité des usines de biomasse dans les Prairies pour avoir une idée de la façon de procéder. »

Une fois les installations mises sur pied quelque mois de rodage ont été nécessaires pour apporter des modifications et des améliorations à certains équipements. Une attention particulière a aussi été portée à la santé-sécurité, les usines de production de granules présentant de hauts risques d’incendie.

L’accumulation de poussière de bois peut transformer l’endroit en véritable poudrière. La présence de sciure dans l’air peut provoquer une explosion à la moindre étincelle. « C’est pour cette raison, entre autres, que le séchoir rotatif qui se charge d’extraire l’humidité de la sciure est situé à l’extérieur, précise Bastien Deschênes. Nous avons aussi plusieurs équipements de protection incendie. »

Défi de taille
En 2008, la demande pour la granule s’accroissait au Québec, avant de chuter en 2009, alors que s’amorçaient les moments les plus difficiles de la crise fo-restière, combinés aux effets de la crise économique mondiale.

« C’était la frénésie avant la crise, et ensuite on a dû passer par une série de cycles difficiles au niveau des marchés, souligne M. Deschênes. Avant la crise, le prix du sac de granules de 40 livres s’approchait de 5 $, et maintenant, avec une reprise progressive, les sacs se vendent dans les 4 $. »

La baisse de la demande a demandé l’arrêt temporaire des opérations pendant quelques mois lors de l’hiver 2011. Certains employés ont pu être mutés chez Boisaco pendant cette période de temps. Granulco a dû assurer sa survie pendant cette plus période difficile. « C’est certain que la crise a retardé nos projets. La synergie du site de Boisaco nous a fourni certains avantages financiers en terme d’électricité et d’aqueduc, par exemple », mentionne Bastien Deschênes.

Marché de l’écoénergie
Granulco vise pour l’instant le marché résidentiel : l’usine ensache annuellement environ un million de sacs de granules pour poêles. Les granules sont composées à 100 % de sciure de résineux (épinette noire, sapin, pin gris) issue de Boisaco. L’usine utilise dans 5 % des cas de la sciure de boulot jaune et blanc, fournie par la scierie et usine de composantes de palettes Bersaco, située sur un autre site industriel de Boisaco dans la municipalité de Grandes-Bergeronnes.

La sciure de tremble issue aussi de Bersaco est quant à elle mise de côté. Depuis 2012, elle est utilisée comme combustible pour alimenter le brûleur de l’usine. « La compression de la sciure de tremble était plus difficile, puisqu’il n’y a pas beaucoup de lignine dans cette essence, alors nous avons décidé de l’utiliser autrement pour éviter le gaspillage », explique Bastien Deschênes.

Granulco vise une clientèle attirée par les produits écologiques et recherchant l’ambiance créée par un poêle à bois. L’argument monétaire est aussi mis de l’avant, explique le directeur des ventes de l’entreprise, Jean-François Bouchard « Le chauffage à la biomasse est une alternative beaucoup moins coûteuse que le chauffage au mazout, souligne-t-il. Sur ce point, l’Europe est 20 ans en avance sur le Québec. Des camions passent de maison en maison pour remplir des réservoirs de granules. On est loin d’en arriver là ici, en raison des bas prix de l’électricité au Québec, et parce que le produit doit encore se faire connaître. »

Selon des données fournies par le directeur général du Service forêt-énergie de la Fédération québécoise des coopératives forestières, Eugène Gagné, le chauffage aux granules coûte 0,0675 $/kWh, en prenant en compte du prix actuel des sacs Granulco sur le marché à la fin janvier. Le coût du chauffage aux granules est donc près de 50 % moins cher que celui du chauffage au mazout (0,1286 $/kWh), et légèrement moins élevé que le chauffage à l’électricité (0,0751 $/kWh).

Le produit, qui représente environ 90 % de la production de l’usine, est distribué à travers le Québec dans quelques magasins de détail. Granulco a aussi exporté une partie de ses produits dans le nord des États-Unis pendant ses premières années. Les prix actuels sur le marché incitent cependant Granulco à viser les marchés locaux pour réduire ses frais de transport.

L’entreprise souhaiterait éventuellement exporter ses produits en Europe.  « Au Québec, il y a un besoin en granules l’hiver pour le chauffage, mais l’été, l’usine continue quand même de fonctionner et exporter vers la France, la Belgique et l’Italie, par exemple, pourrait être un bon moyen d’écouler nos stocks », indique Jean-François Bouchard.

L’usine produit aussi de la litière équestre vendue en sacs de 40 livres, distribués par Litière royale, ce qui représente environ 10 % des ventes de Granulco. Le produit est fabriqué avec du résineux, selon le même procédé que celui utilisé pour produire les granules pour poêles. Les granules de litière sont cependant broyées, ce qui permet d’augmenter leur capacité d’absorption, en les faisant quintupler de taille lorsqu’elles sont mouillées. La qualité de la litière permet aussi de faciliter l’entretien journalier et permet de réduire la quantité à utiliser. Après son utilisation, la litière peut épandue dans les champs comme engrais par les agriculteurs.

Potentiel : le vrac
Granulco vend aussi occasionnellement ses granules en vrac, une filière que l’entreprise souhaite développer dans les prochaines années, explique son président. « À moyen terme, d’ici trois ans, nous voudrions augmenter notre filière vrac, mentionne Bastien Deschênes. On est dépendant sur ce plan de l’évolution des équipements. »

« Il y a un potentiel du côté institutionnel, pour les hôpitaux et les écoles, par exemple, qui doivent remplacer des équipements vieillissants qui fonctionnent souvent au mazout, mais le processus est toujours plus long au public », ajoute-t-il. L’entreprise privée, en particulier dans le milieu agricole, est aussi un marché étudié de près par Granulco, tout comme celui des cabanes à sucre, qui utilisent de plus en plus des équipements d’envergure alimentés aux granules.    •