Relancer une scierie en famille

Toute la famille Lemay a participé à la relance.
Alain Castonguay
Avril 10, 2018
Écrit par Alain Castonguay
« Ici, je sors du 1X3 et du 1X4, du bois pour faire des cabanes à oiseaux. Il y a un marché pour ça, et ça se vend encore plus cher que les copeaux
« Ici, je sors du 1X3 et du 1X4, du bois pour faire des cabanes à oiseaux. Il y a un marché pour ça, et ça se vend encore plus cher que les copeaux
SAINTE-MARIE-DE-BEAUCE — Redémarrer une scierie fermée après plusieurs années d’interruption des activités ? Ça prenait une famille au grand complet pour relever le défi, et les Lemay de Saint-Bernard ont pris le relais en relançant la scierie autrefois exploitée par Domtar à Sainte-Marie-de-Beauce.


C’est d’abord EACOM qui a acheté les scieries de Domtar en 2010, incluant l’usine de Sainte-Marie, laquelle était fermée depuis avril 2009. « Les autres scieries sont toutes approvisionnées en forêt publique, explique Sébastien Lemay, directeur de l’usine de sciage au Groupe Lemay et l’un des neuf actionnaires de la troisième génération de l’entreprise familiale. Eux, ils ne voyaient pas comment rentabiliser l’usine en achetant seulement du bois de la forêt privée ».

À la même époque à Saint-Bernard, la scierie Alexandre Lemay & fils était fermée à cause de l’effondrement du marché de la construction. Cette installation a par la suite été rasée par le feu en janvier 2010. Le complexe de rabotage voisin a été épargné, mais les propriétaires n’ont pas eu le courage de reconstruire la scierie en raison du contexte économique.

En juin 2014, les Lemay ont pu s’entendre avec EACOM. Avant l’incendie de 2010, la famille Lemay avait déjà approché Domtar pour acheter cette usine, ajoute Sébastien Lemay. En achetant ainsi son ancien concurrent, le Groupe Lemay évitait ainsi le risque de reconstruire la scierie tout en devant se battre pour acheter le bois en forêt privée.

« La meilleure option, c’était celle-là. Ce qui est le plus tannant, c’est de voyager le bois entre les deux usines. Mais bâtir une usine neuve ayant la même capacité, ça coûte pas mal plus cher que d’en acheter une qui est arrêtée », raconte-t-il.

Troisième génération
Fernand, Gilles et Gaétan Lemay faisaient partie de la deuxième génération à la tête du groupe. Ils ont participé à la relance des activités de sciage et sont toujours consultés. « Ils viennent encore faire un petit tour, mais ils n’ont plus de pouvoir décisionnel. Ils sont là pour nous conseiller », indique Sébastien.

Neuf des dix enfants, âgés de 27 à 38 ans en 2014, travaillaient déjà au sein du groupe Lemay. En achetant la scierie, il était déjà entendu qu’ils allaient devenir propriétaires. Le transfert a été conclu en octobre 2016. « Tout le monde a trouvé sa niche. Ça fonctionne bien. On ne peut même pas se chicaner, on n’a même pas le temps de se voir », lance Sébastien en souriant.

Un trimestre de rodage
Même fermée, l’usine avait été bien entretenue par les anciens propriétaires, raconte-t-il. Un mécanicien passait aux deux semaines pour venir faire virer les moteurs et le chauffage était maintenu là où c’était requis. Néanmoins, Sébastien a dû partir de rien en prenant les rênes de la division sciage.

« On m’a remis les clés, c’est tout. Je n’avais jamais mis les pieds ici. Il a fallu que je trouve les switches une par une, en faisant le tour. Tu fouilles dans les programmes d’automate pour savoir dans quel ordre partir les équipements », dit-il.

Avec les huit autres membres de la troisième génération, la scierie a été rodée pendant un trimestre, avec les équipements en place. Sébastien savait que, pour une année ou deux, il allait devoir faire fonctionner l’établissement avec les équipements en place.

À Saint-Bernard, la production annuelle moyenne était de 20 millions de pieds mesure de planche (pmp), tandis qu’à Sainte-Marie, la scierie peut produire trois fois ce volume. Dans les deux installations autrefois concurrentes, situées à 15 minutes de distance par la route, la production était axée sur les pièces de bois de 8 à 10 pieds de long.

Le complexe de Bois Lemay à Saint-Bernard peut raboter 80 millions de pmp et faisait déjà de la sous-traitance pour d’autres industriels du sciage. À l’heure actuelle, l’autre client principal des installations de Saint-Bernard est le groupe Lebel, qui y expédie le bois scié à l’usine de Saint-Hilarion, autrefois propriété de Produits forestiers Résolu. « Pour eux, ça ne fait pas de différence, de toute manière, le bois descend vers les États-Unis. Il passe par ici de toute façon », précise Sébastien.

Modernisation
À l’été 2016, le Groupe Lemay a investi « une couple de millions de dollars » pour moderniser la scierie et les équipements électroniques : numériseurs, automates, ordinateurs. « On est encore en train de faire la mise à jour, car la ligne de sciage avait quand même 20 ans. Le scanneur d’il y a 20 ans, comparativement à celui de la nouvelle génération, ce n’est pas pareil », dit-il.

Les ordinateurs qui contrôlaient les équipements de production avaient de l’âge. « On les a étirés au maximum, mais là, on n’avait plus le choix de moderniser un peu. » Il reste encore quelques ordinateurs et automates à remplacer, mais les sommes à investir sont plus modestes.

« On a commencé par modifier la machine principale de l’usine en 2016. On a changé l’équarrisseuse (le bull), le canter bull était déjà là, et on a ajouté un module de profilage dedans. C’est Comact qui a fait l’installation. On a modifié la machine, on a refait tous les contrôles et l’optimisation de cet équipement, qui est quand même la pièce principale dans l’usine. On a fait cela pour obtenir un meilleur rendement et augmenter la production », ajoute Sébastien.

On a aussi installé une chargeuse fixe dans le bassin. VAB Solutions a fourni un optimiseur transversal à l’éboutage (voir encadré). La mise à jour des automates a été faite par Pro Automation, de Saint-Augustin-de-Desmaures.

L’année financière de l’entreprise se termine le 31 août. En 2016-2017, alors que le rodage des nouveaux équipements se poursuivait, la scierie a produit 4 millions de pmp de plus que l’année précédente. Sébastien Lemay prévoit une meilleure année encore d’ici le 31 août 2018.

La qualité du panier de produits a aussi été améliorée. « Le pourcentage de bois qui reste à pleine longueur a augmenté de 4% à peu près. Il y a moins d’éboutage, alors ce sont de bons PMP en plus. Ce n’est pas juste du volume, c’est de la qualité », dit-il.



Recrutement et rétention
Sur la quarantaine de personnes qui travaillent à Sainte-Marie, cinq travaillaient déjà dans cette scierie avant la fermeture, et sept autres avaient travaillé pour les Lemay à Saint-Bernard.

Scierie Lemay a des postes offerts pour le quart de jour et qui sont affichés à l’interne, mais les gens du soir ne postulent pas. « Ceux qui travaillent de nuit, quatre jours à l’ouvrage, c’est un bel horaire, si tu n’as pas trop d’obligations familiales. La plupart des travailleurs aiment cela. La main-d’œuvre spécialisée, les mécaniciens, c’est plus dur à recruter, parce que tout le monde en cherche », dit-il.

« Quand on a démarré le quart de jour, nous étions là les neuf dans l’usine, et nous étions là les neuf comme formateurs. Ça faisait déjà deux ou trois mois qu’on la faisait virer, alors on savait comment ça marchait », dit-il.

Le Groupe Lemay a embauché l’ancien contremaître qui a travaillé durant 25 ans chez Domtar, et lui a confié le travail de superviser le quart de nuit. Sébastien se dit très satisfait des résultats obtenus par les deux équipes.

Approvisionnements
Il n’a pas fallu trop de temps pour rétablir les ponts avec les producteurs en forêt privée, car la plupart des usines des environs produisent du bois en longueurs de 10, 12 et 16 pieds. Deux usines de la rive nord du fleuve, dans la région de la Capitale-Nationale, achetaient encore du bois court, mais l’une d’entre elles, Scierie Leduc, est désormais fermée.

À propos des copeaux, le marché difficile contraint les scieries à optimiser leur production pour en limiter le volume. « Il faut produire le moins de copeaux possible. Ici, je sors du 1X3 et du 1X4, du bois pour faire des cabanes à oiseaux. Il y a un marché pour ça, et ça se vend encore plus cher que les copeaux, et chaque pièce que je peux produire, ça fait moins de copeaux. C’est la nouvelle réalité », dit-il.

Marchés
En achetant la scierie, le contrat de vente prévoyait que le Groupe Lemay allait confier au bureau des ventes d’Eacom la mise en marché de son bois de sciage pendant deux ans. Après ce délai, « comme ça va très bien, on est restés avec eux », note Sébastien. « C’est leur réseau de contacts, et ça fonctionne très bien. Le bois sort, il n’y a rien qui dort dans la cour », dit-il.

Pour l’instant, le cinquième conflit commercial du bois d’œuvre avec les États-Unis n’a pas affecté l’entreprise. Le marché s’est ajusté à l’imposition des droits compensatoires et antidumping. Quand les droits compensatoires ont été suspendus à la fin août 2017, le prix a baissé en conséquence, relate-t-il. « En gros, c’est le consommateur américain qui la paie, cette taxe. » Sébastien Lemay se dit davantage préoccupé par l’effet du taux de change, le dollar canadien ayant repris de la vigueur en 2017.

Espace restreint
Chez VAB Solutions, Jean-François Mercier est directeur de projets et était responsable de l’installation de l’optimiseur à l’éboutage chez Scierie Lemay. Le fournisseur avait déjà installé de l’équipement à l’usine de rabotage de Saint-Bernard détenue par les Lemay.

Le principal défi à Sainte-Marie a été l’espace très restreint où VAB a dû installer son équipement. « On ne pouvait pas rentrer la machine déjà assemblée, il a fallu la rentrer pièces par pièce », explique M. Mercier.

L’assemblage se faisait en même temps que l’installation d’un autre équipement, le chargeur usagé aussi vendu par VAB Solutions, dont la livraison était assurée par un sous-traitant. « Dans les deux cas, ça a été tout un exercice de manutention et de logistique », dit-il.

L’installation a été faite à la fin juin 2016, durant un arrêt planifié de la production.

Il a fallu des ajustements de programmation pour que le système de l’optimiseur puisse se connecter avec les automates programmables (PLC). « Notre optimiseur numérise et optimise la pièce de bois, et le traitement de la solution est envoyé dans le PLC de l’usine », ajoute-t-il.

À la scierie, le système installé par VAB Solutions « détecte le meilleur produit dans la planche. Sur un 2X6, on peut déterminer que la meilleure solution est un 2X4, par exemple parce qu’il y a trop de défauts dans la planche », précise-t-il.

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