Résolu « obsédé » par la sécurité

En investissant 1,6 M$ dans une nouvelle raboteuse, Produits forestiers Résolu (PFR) souhaitait améliorer la qualité de vie des travailleurs et réduire le nombre d’accidents. À l’usine de La Doré, « la sécurité est plus qu’une priorité, c’est une valeur ». Et ça paraît.
Guillaume Roy
Mercredi, 08 Janvier 2014
Écrit par
La raboteuse Gilbert, qui opère en mode « tiré » (pull through) a couté environ un million de dollars.
La raboteuse Gilbert, qui opère en mode « tiré » (pull through) a couté environ un million de dollars.

À l’entrée de l’usine de PFR à La Doré, dans le nord du Lac-Saint-Jean, une pancarte indique fièrement le nombre d’heures travaillées sans blessure. En décembre, l’usine atteindra la marque de 250 000 heures sans blessure pour la 7e fois depuis 2008. Après m’être présenté à la secrétaire, elle note immédiatement que mes « bottes à cap » ne feront pas l’affaire, car elles ne protègent pas assez la cheville. Chez Résolu, on ne badine pas avec la sécurité! L’entreprise a même fermé son usine de Thuder Bay pour des raisons de sécurité au mois de novembre.

Un programme qui porte fruit
En 2008, l’usine a instauré le programme « Changing the way » qui vise à améliorer la sécurité sur les milieux de travail. « Des formations ont été données à l’ensemble des travailleurs pour faire un virage culturel majeur en ce qui a trait à la santé et à la sécurité au travail, histoire de voir la sécurité sous un autre angle », souligne Michael Dufour, surintendant au rabotage qui fait la présentation de l’usine. Le programme a si bien marché que le taux de blessure OSHA, la norme reconnue au niveau international, est passé de 7,8 blessures par 100 employés à 0,48 en 2008. En 2011, il n’y a eu aucune blessure et depuis 2008, le taux n’a jamais franchi la barre de 1 blessure par 100 employés. Une fierté pour tous les travailleurs, estime Michael Dufour. « Quand on a un résultat inférieur à 1, on fait partie de l’élite mondiale. Notre objectif ultime n’est toutefois pas d’être en bas de 1, mais d’être à 0 », dit le jeune homme de 29 ans.

L’installation d’une nouvelle raboteuse découle également de cette « obsession » à être toujours plus sécuritaire. L’ancien planeur, qui fonctionnait en mode poussé, était très exigeant pour les travailleurs. Les pièces de bois devaient s’enchainer, une à la suite de l’autre, et dès qu’il y avait un défaut, des problèmes survenaient, explique la superviseuse de l’optimisation et de la qualité, Jessica Dubois Martel, 26 ans. « On ne pouvait pas envoyer les pièces qui étaient fragiles dans le système, car elle aurait éclaté. » Quand ces pièces s’infiltraient dans le système, les opérateurs devaient alors intervenir physiquement, ce qui causait plusieurs problèmes musculosquelettiques. En réduisant l’effort physique, la qualité de vie des employés a été améliorée et les douleurs physiques sont disparues chez tous les opérateurs impliqués!

Raboteuse plus sécuritaire
Pour augmenter la sécurité, Résolu recherchait une raboteuse qui opère en mode « tiré » (pull through). Et une entreprise œuvrant à proximité offrait des produits haut de gamme. Une situation idéale pour Résolu qui a acheté la raboteuse Gilbert six rouleaux au coût d’environ un million de dollars. Installée en mars 2003, cet équipement permet non seulement de réduire les blessures au travail, mais, éventuellement, il permettra aussi d’augmenter la productivité. « En raison d’autres équipements qui nous limitent en terme de vitesse, on n’a pas un gain astronomique au niveau de la production », estime M. Dufour. La réduction des pertes à l’entrée de la machine a tout de même fait augmenter le rendement. De nouveaux investissements seraient nécessaires pour éliminer d’autres goulots d’étranglement dans l’usine afin d’optimiser la production de la raboteuse.

Produits Gilbert est une des seules compagnies qui offre des raboteuses en mode tiré. « Nos raboteuses augmentent beaucoup l’efficacité. Avec ce système, les pièces ne se cognent plus, ce qui occasionne moins de bris et de temps d’arrêt. On garantit même qu’il n’y aura pas plus de 5 % d’arrêts causé par la machine », explique Sylvain Lefebvre, ingénieur mécanique et responsable de vente dans le nord-est de l’Amérique du Nord. Comparativement aux machines en mode « poussé », les raboteuses Gilbert prennent également moins d’espace pour l’entrée du bois. « C’est alors plus fa-cile pour l’opérateur de voir ce qui se passe, car il est 20 pieds plus près », ajoute M. Lefebvre.   

D’un point de vue technique, la raboteuse Gilbert six rouleaux opère à une vitesse allant jusqu’à 2700 pieds par minute et elle possède un diamètre de coupe de 14 pouces. De plus, les cylindres et têtes sont contrôlés par un système de positionnement, pour une précision optimale et augmentation de la qualité du bois.

Produits Gilbert : Des produits en évolution constante
Avant de lancer son entreprise, Sylvain Gilbert modifiait des machines existantes. Grâce à un partenariat avec un industriel, il a été en mesure de fabriquer une première machine forestière. C’est ainsi que Produits Gilbert est né en 1986. Basée à Roberval au Lac-Saint-Jean, l’entreprise qui emploie une centaine de personnes a lancé ses premières raboteuses en 2000. Aujourd’hui, ce secteur d’activité occupe de 60 à 75 % de leurs activités, grâce entre autres à une expansion des exportations aux États-Unis, en Suède, en Australie et au Brésil. Produits Gilbert, qui fa-brique presque la totalité de ses pièces sur mesure grâce des centres d’usinage à la fine pointe de la technologie, peut offrir une technologie évolutive à ses clients. « Plus on fabrique de machines, plus on a de commentaires de nos clients, et plus on améliore nos machines », soutient M. Lefebvre, ce qui assure aux clients la meilleure machine qui soit, selon ses besoins. L’entreprise fabrique également des têtes d’abattage, des ailes de débroussaillage, des surfaceuses de sentiers de motoneige et de l’usinage de précision pour les pièces de grandes dimensions.

Autre investissement majeur
Un autre investissement majeur a été fait à la scierie de La Doré au cours des dernières années, alors qu’en 2008, Résolu a fait l’acquisition d’un optimiseur linéaire Expert de Comact. « Cet optimiseur nous permet d’être plus flexible avec les différents produits que l’on fait. De plus, notre production est plus stable et plus grande que lorsque des humains faisaient la sélection », commente M. Dufour.

C’est en 1969 que la scierie de La Doré a ouvert ses portes, alors qu’elle portait le nom scierie d’Argenson. Puis elle est passée dans les mains de la Coopérative de St-Bruno en 1973, à la Donohue en 1980, qui a fusionné en 2006 pour devenir Abitibi-Bowater, et qui a finalement pris le nom de Produits forestiers Résolu en 2011. La construction de l’usine de rabotage a été effectuée en 1995 et l’usine d’aboutage a vu le jour en 2004.

Aujourd’hui, la scierie est un complexe de transformation du bois complètement intégré où il se fait de la transformation primaire et secondaire sur le même site. Le bois y est scié, séché, raboté et abouté. Le secteur du sciage produit 200 millions de pmp annuellement, alors que le secteur du rabotage produit 300 millions de pmp annuellement, ce qui représente 5600 livraisons de camions (car La Doré rabote aussi du bois d’usines avoisinantes). La scierie de La Doré sèche aussi 155 millions de pmp et aboute 15 millions de pmp. Les 200 millions de tonnes de copeaux et les 53 millions de tonnes de sciure et de planure prennent la direction de l’usine de pâte Kraft de St-Félicien.

La scierie de La Doré est spécialisée dans le rabotage des 2x3 et des 2x4 de longueurs de 8 à 16 pieds de sapin (10%), d’épinette noire et de pin gris. Le secteur de l’aboutage travaille des produits de 1x3 jusqu’à 2x3. Au total, 300 produits différents sortent de l’usine (incluant les différentes longueurs), dont des produits MSR destinés à des usines de fermes de toit et de poutrelles.

La recherche et le développement ont permis à ce secteur industriel de viser le zéro résidu. « On récupère des blocs de toutes les scieries, on les amène ici, on les tri et on les récupère en les jointant », note M. Dufour. Les produits sont également certifiés FSC et PEFC.

La scierie, qui emploie 240 personnes, reçoit la grande majorité de son bois en longueur de 16 pieds. Elle doit aujourd’hui composer avec un approvisionnement garanti de 550 000 m3, alors qu’elle en avait 698 200 m3 l’an dernier. Comme tous les joueurs de l’industrie, elle doit se tourner vers les mises aux enchères pour combler le reste. La plus faible quantité de bois disponible réduit entre autres le potentiel pour augmenter le nombre d’équipes dans le secteur du rabotage.

Comme le marché est en constante évolution au cours des dernières années, Résolu a conclu plusieurs contrats de volumes fixes avec des quincaillers canadiens, comme Rona, et d’autres entreprises, comme Toitures mauriciennes. Une autre partie du bois est vendue à la valeur marchande aux États-Unis, ce qui fait en sorte que la production s’écoule autant au Canada qu’au sud de la frontière. L’usine est aujourd’hui considérée comme une des plus performantes dans l’est de l’Amérique du Nord.

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