Opérations Forestières

En vedette Aménagement forestier Récolte
Visite terrain de l’OIFQ à la Forêt Montmorency

De nombreux chercheurs ont partagé les plus récents travaux menés à la forêt d’enseignement et de recherche de l’Université Laval.


30 juillet 2014
Par Alain Castonguay

Sujets
Le professeur Louis Bélanger lors de la visite terrain en octobre dernier à la Forêt Montmorency. Photo : Alain Castonguay

Parmi les phénomènes les plus intéressants entendus ce jour-là, mentionnons l’épidémie inhabituelle d’arpenteuse de la pruche, la combinaison de la pauvreté du sol avec l’éclaircie de plantations, et la gestion forestière par bassin versant.

Arpenteuse de la pruche
Pour un deuxième été, l’arpenteuse de la pruche a frappé le territoire de la Forêt Montmorency. L’épidémie en cours est particulière, confirme Richard Berthiaume, coordonnateur du Consortium iFor et spécialiste en entomologie forestière. « On peut difficilement prévoir le comportement de l’insecte comparativement aux épidémies précédentes. C’est la première fois que l’épidémie se déroule si loin des rives. »

L’insecte est connu pour avoir fait des ravages en Gaspésie, à Anticosti, sur la Côte-Nord et à Terre-Neuve-et-Labrador. Au début des années 2000, l’arpenteuse a défolié un million d’hectares sur la Côte-Nord. En Gaspésie, l’épidémie de 1996 a pris fin à cause d’un parasitoïde des œufs qui s’installe dans le système digestif de la chenille. Mais cette maladie n’est pas présente à la Forêt Montmorency. En incluant le territoire récemment agrandi (voir encadré), ce sont quelque 5 000 hectares où la présence de l’insecte est détectée.  

Advertisment

Contrairement à la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE), qui grignote lentement tout le feuillage, l’arpenteuse fait beaucoup de dégâts en ne prenant qu’une bouchée de temps en temps. Les superficies touchées jusqu’à maintenant à la Forêt Montmorency sont limitées. « Dans le cas de l’arpenteuse, le peuplement est tué en moins d’un an. Ça fait deux ans qu’on déplace les patrons de coupe pour aller récupérer ce bois en perdition, et on n’a pas toujours les chemins adéquats. C’est complexe, on a peu de temps pour planifier les interventions de récolte », explique M. Berthiaume.

Diverses hypothèses sont étudiées pour comprendre la raison de cette soudaine prolifération de l’insecte. Les hivers moins rigoureux causent moins de mortalité des œufs, ce qui permet de bâtir une population de plus en plus importante d’une année à l’autre. La saison de croissance plus longue permet aux femelles de pondre plus longtemps. Jusqu’au début octobre, les papillons pondaient encore.

Bassin versant
L’été 2013 a été particulièrement sec à la Forêt Montmorency et une semaine plus tôt, le niveau des cours d’eau était à son plus bas depuis 1964. « Ce matin, le débit est de 0,05 m3/s, et c’est vraiment très peu », mentionne le professeur Sylvain Jutras.

À proximité du seuil hydrologique du bassin expérimental du ruisseau des Eaux-Volées (BEREV), M. Jutras souligne le caractère exceptionnel du site. À aucun autre endroit en milieu forestier ailleurs au Canada, les chercheurs ne disposent d’une si vaste banque de données sur la météorologie et l’hydrologie.

M. Jutras rappelle que son mentor, André Plamondon, a réalisé des travaux très osés pour mesurer l’impact de la récolte forestière sur les bassins versants. Dans certaines parties, on a prélevé jusqu’à 85 % de la surface terrière, en deux saisons de croissance, en 1993 et 1994. Ce sont ces travaux qui ont inspiré le concept de l’aire équivalente de coupe (AÉC) qui prescrit de ne pas dépasser 50 % de prélèvement dans le bassin versant.

Selon Sylvain Jutras, le respect de cette prescription ne garantit rien. « Si vous avez une frayère vedette dans votre cours d’eau qui alimente votre lac, c’est cela qu’il faut mesurer. Il faut savoir si vous allez perturber la frayère. En amont à 25 km, ça ne sert à rien de savoir qu’on a changé ou pas le débit. »

Un bassin versant peut avoir une superficie aussi petite que 2 km2. C’est la mauvaise gestion de la voirie forestière qui cause les plus gros problèmes de sédimentation. On pourra désormais le mesurer sur le territoire du camp Mercier où les chemins ont été peu entretenus depuis la récolte faite il y a 30 ou 40 ans. « On ne sait pas dans quel état sont nos vieux chemins, et on ne sait pas si c’est une menace, raconte le professeur Jutras.

Sylviculture de  l’épinette blanche
Depuis plusieurs années, on enrichit le territoire avec des plantations d’épinette blanche, parce que la régénération naturelle ne suffit plus. Or, à la fin des années 1990, dans des plantations fraîchement éclaircies, on a constaté un étrange phénomène : le feuillage des arbres était jaune. Les chercheurs pensent que le dégagement de plantation a accentué le phénomène physiologique associé à l’espèce, qui accumule l’azote, le calcium et le potassium dans son feuillage et ses branches. Selon Louis Duchesne et Rock Ouimet, de la direction de la recherche forestière (DRF) au ministère des Ressources naturelles du Québec (MRN), le lessivage des sols forestiers, causé par les précipitations acides et d’autres phénomènes, limite les éléments nutritifs requis pour la croissance des arbres.

Le bassin du lac Laflamme est l’objet d’un suivi constant depuis 1981, lorsqu’on a sonné l’alarme à propos de l’acidification des sols dans la sapinière à bouleau blanc. Grâce à des recherches, on a découvert que les précipitations acides ont été réduites 40 % depuis 30 ans. On a pu aussi observer qu’en hiver, l’arbre perd la moitié de sa croissance annuelle à cause de la déshydratation.

À la longue, sur des sols pauvres et où des perturbations s’accumulent, la carence en potassium fait jaunir le feuillage de l’épinette blanche. Mais la cause ultime de cette carence demeure méconnue.

Un territoire six fois plus grand à gérer
À la première station le 10 octobre, le professeur Louis Bélanger, directeur scientifique, et Julie Bouliane, ingénieure forestière et chef forestier de la Forêt Montmorency, ont parlé de l’agrandissement récent du territoire, qui est passé de 66 à 413 km2. Selon Louis Bélanger, l’agrandissement était devenu nécessaire, car il devenait de plus en plus difficile de fidéliser des entrepreneurs forestiers sans leur offrir plus de travaux à réaliser. De plus, les chercheurs avaient de plus en plus de difficultés à trouver les sites adéquats pour y installer leurs dispositifs expérimentaux.

L’annonce est passée relativement inaperçue. Elle a été faite à la fin juillet 2012 par le ministre libéral Clément Gignac, à quelques jours du déclenchement des élections.

L’unité d’aménagement forestier (UAF) dont la Scierie Leduc était autrefois le mandataire d’opérations est désormais sous la responsabilité de l’équipe de forestiers de l’Université Laval. Seule exception : les aspects récréotouristiques et la villégiature sont toujours sous la responsabilité de la SÉPAQ, dont celles qui se déroulent au camp Mercier ou ailleurs dans la réserve faunique des Laurentides. La Scierie Leduc conserve son droit de premier preneur sur le bois prélevé dans le territoire.