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Vieilles forêts: mieux les connaître pour mieux les protéger



Québec souhaite protéger 30 % des vieilles forêts dans la grande forêt boréale. Mais les vieilles forêts ne sont pas toutes égales, selon une étude réalisée par Maxence Martin, un chercheur à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), qui vient de paraître dans le journal scientifique Frontiers in Forest and Global Change.

Les vieilles forêts ne sont pas toutes uniformes, lance d’emblée Maxence Martin, un chercheur postdoctoral qui travaille à la fois pour l’UQAC et l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT). « Certaines vieilles forêts sont très riches et d’autres plutôt pauvres », dit-il.

Avec son équipe de recherche, il a comparé les vieilles forêts récoltées par l’industrie forestière et les vieilles forêts qui sont passées au feu, entre 1985 et 2016, pour savoir si la foresterie a un impact similaire au feu. Le chercheur note d’emblée que cette période ne représente pas le mode de récolte actuel, basé sur l’aménagement écosystémique, mais que l’étude permet de dresser un bilan de l’héritage des pratiques d’aménagement forestier du passé, pour mieux comprendre la dynamique et éviter de perdre des écosystèmes essentiels à certaines espèces.

L’étude a donc évalué 427 sites où la forêt était mature, soit de plus de sept mètres de haut. De ce nombre, 80 % des forêts avaient plus de 100 ans et le volume de bois variait de 39,1 m3/ha à 155,7 m3/ha.

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En gros, les sites les plus riches ont été récoltés par l’industrie forestière, alors que ce sont les sites plus pauvres qui ont brûlé. « Si on regarde l’impact sur 30 ans, la foresterie n’a pas eu un effet analogue au feu », remarque le chercheur. Ces données pourraient permettre à Québec d’ajuster le tir, car l’aménagement écosystémique, mis de l’avant en 2013 avec le nouveau régime forestier, vise à se rapprocher le plus possible du régime naturel. Autrement dit, l’aménagement forestier devrait imiter le plus possible l’impact du feu sur le territoire.

Selon Maxence Martin, le régime de feu est multifactoriel et complexe. En forêt boréale, il semble que le feu ait tendance à brûler davantage les forêts plus pauvres, sur des sols pauvres, ou l’on retrouve davantage de pins gris… une espèce qui a besoin du feu pour se reproduire. Les sapinières ont plus tendance à être coupées, car elles brûlent moins fréquemment. La proportion de feu et de récolte était peu influencée par la présence de l’épinette noire, selon l’étude.

Certaines vieilles pessières sont peu productives, selon l’étude menée par Maxence Martin. Sur la photo, on voit que les arbres sont assez petits et la densité générale est assez faible, même si la forêt a plus de 280 ans.

Près de 50 % de vieilles forêts

Selon les recherches effectuées au Québec, on retrouve près de 50 % de vieilles forêts en forêt boréale, soutien Maxence Martin, mais cette donnée varie selon les régions. Mais qu’est-ce qu’une vieille forêt ? « Dans la pessière [un peuplement dominé par les épinettes], on parle de vieilles forêts quand elles ont plus de 100 ans », dit-il.

« Québec a l’objectif de protéger 30 % des vieilles forêts, mais on ne fait jamais mention de la qualité des forêts que l’on veut protéger, dit-il. Si on décide de conserver seulement les forêts qui n’intéressent pas l’industrie forestière, on ne conservera pas les vieilles forêts plus riches et on risque de perdre des habitats et des fonctions écosystémiques importantes. On pourrait perdre quelque chose sans s’en rendre compte. »

Si on regarde les vieilles forêts en Europe, elles sont pratiquement toutes isolées, de faible productivité et ayant une faible valeur économique, située dans les tourbières et sur les sommets des montagnes, poursuit-il.

« Le Québec a la chance d’avoir encore beaucoup de forêts intactes et on devrait ajouter des critères de qualité à nos objectifs de conservation », soutient le chercheur, qui fait aussi chanter les vieilles forêts avec les Symphonies boréales, dans le cadre d’un projet de vulgarisation scientifique.

Dans les vieilles forêts productives, comme celle sur cette photo, on observe bien plus d’arbres et ceux-ci sont de plus grande taille.

Selon Maxence Martin, Québec a des données plus précises que jamais pour réaliser les inventaires forestiers, avec la technologie de télédétection par laser, dénommée Lidar. « C’est rassurant de savoir qu’ils ont des outils plus performants pour bien suivre la forêt, dit-il. Notre recherche sera un outil de plus à leur disposition pour faire des ajustements afin de protéger la diversité des vieilles forêts. »

L’étude permet de réfléchir sur les techniques d’aménagement forestier. Selon le chercheur, il faudrait conserver une partie des vieilles forêts productives pour garder les structures et les fonctions. Au lieu de récolter seulement les forêts les plus productives, on pourrait récolter plus de sites pauvres et par la suite améliorer la productivité des sites pauvres, entre autres, pour stocker davantage de carbone.

L’indice « pique-nique en famille »

Pourriez-vous reconnaître une vieille forêt dans la forêt boréale ? Contrairement à ce que l’on pourrait croire, elles sont beaucoup plus discrètes que les grandes forêts pluviales de l’Ouest canadien.

« En forêt boréale, les arbres sont rarement très grands, alors on n’a pas cet effet wow », remarque Maxence Martin.

Bien qu’il existe une diversité de vieilles forêts, le chercheur a tout de même développé un indice non scientifique pour les déceler, soit l’indice « pique-nique en famille ».

« Globalement, si une forêt te semble être un bon lieu pour un pique-nique en famille — les arbres font une ombre homogène sans être trop denses, il n’y a pas trop de petits arbres ni de bois mort pour gêner l’installation de la nappe et les déplacements —, alors tu es probablement dans une forêt “jeune”. Si, au contraire, cela ne te semble pas souhaitable parce qu’il y a des zones trop ombragées ou d’autres trop lumineuses, de même que trop de petits arbres et trop de bois mort au sol qui te font trébucher sans cesse, alors là, tu es plus probablement dans une vieille forêt. »