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Vers une chaîne de valeur optimisée

Le regroupement qui compose FPInnovations donne un premier exemple de réseau de création de valeur. Il ouvre la voie aux industriels pour sortir du modèle d’affaires traditionnel.


25 mars 2013
Par Jean Favreau
À la suite de simulations, il est apparu que les blocs de coupe en vert avaient une valeur nette positive et que ceux en rouge avaient une valeur négative (non profitable) selon les prix en vigueur des produits finis. Reporter la récolte à plus tard serait donc une sage décision.

Le concept de chaîne de valeur a été introduit par Michael Porter dans son ouvrage L’avantage concurrentiel, publié en 1986. Il repose sur la gestion de la chaîne d’approvisionnement mais ajoute la notion de valeur des produits à celle des coûts. La chaîne de valeur permet de décomposer les activités du réseau de création de valeur en opérations élémentaires. Cela dans le but d’établir où se trouvent les activités offrant un potentiel d’avantages compétitifs parmi les tâches de la création matérielle du produit jusqu’à l’utilisation faite par le client (approvisionnement, réception, manutention, stockage, transformation, distribution, commercialisation, services associés au produit).

La chaîne de valeur inclut aussi la technologie, les ressources humaines et le soutien administratif pour appuyer les activités de création. Un réseau de création de valeur n’est en fait qu’une entreprise virtuelle basée sur le partage d’information et la planification conjointe. Les fournisseurs sont donc un élément important à considérer en tant que partenaires du réseau.

Les principaux avantages concurrentiels apparaissent lorsque l’entreprise compare les éléments de coût, de satisfaction des clients et de valeur nette à ceux de ses concurrents. Le réseau peut améliorer la performance de la chaîne en renforçant les maillons ou les liaisons. Le système de décision et de pilotage doit être souple pour réagir aux changements et éviter les règles rigides. L’avantage concurrentiel décisif vient en premier lieu de la bonne coordination et intégration entre les maillons. Il peut être bonifié par une optimisation globale du réseau. Le tableau ci-joint compare les différences entre le modèle d’affaires « traditionnel » et celui de la « chaîne de valeur ».

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Vers une chaine

Pourquoi des réseaux de création de valeur ?
Traditionnellement axée sur la réduction des coûts à travers des unités d’affaires isolées, l’industrie forestière canadienne est à bout de souffle et ce, pour de multiples raisons. L’industrie doit s’éloigner des produits de commodité en ciblant les avantages inhérents de la forêt canadienne pour élaborer de nouveaux pro-duits qui offrent une meilleure traçabilité, qui sont certifiés et qui mettent en valeur la fibre canadienne et notre savoir-faire.

Il est donc urgent de réinventer le secteur forestier canadien en développant un nouveau modèle d’affaires. Les réseaux de création de valeur offrent une excellente opportunité de se démarquer de la concurrence mondiale. Le concept de chaîne de valeur est déjà bien implanté dans plusieurs secteurs industriels, et continuer à travailler avec l’approche traditionnelle ne fera qu’accentuer l’écart entre les deux modèles d’affaires.

Une étude parue en mars 2007 dans le magazine Harvard Business Review dressait les sources et les potentiels de gain en ordre croissant de difficulté d’implantation auprès de 37 entreprises. Le gain le plus facile à réaliser consiste à réduire les coûts de production dans le but d’accaparer 25 % du potentiel maximum de gain dans une entreprise. L’entreprise peut obtenir 35 % de gain supplémentaire en améliorant ses processus internes et en les automatisant.

Puis, le gain le plus important (40 %) et le plus difficile à réaliser consiste à restructurer et à consolider l’organisation.

C’est justement là où le concept de réseau de création de valeur s’inscrit, et en se basant sur cette étude, l’industrie forestière pourrait réaliser un gain de 40 % ! La preuve reste à faire et varie selon les régions et les changements possibles dans la structure industrielle.

FPInnovations a réalisé de nombreuses études au cours des dernières années qui démontrent clairement les profits potentiels associés à la révision des modèles d’affaires existants. Ces profits sont souvent possibles là où les concurrents d’hier deviennent les partenaires d’aujourd’hui. Prenons, par exemple, des études récentes sur le transport forestier qui indiquent que le coût diminue de 5 à 15 % lorsqu’un transporteur régional optimise les livraisons de plusieurs usines.

FPInnovations prépare le terrain
L’implantation du concept de chaîne de valeur nécessite une bonne dose d’innovation et de recherche. Depuis sa fondation en 2007, FPInnovations se donne comme mission d’optimiser la chaîne de valeur du secteur forestier. En regroupant les instituts Feric, Forintek et Paprican avec le Centre canadien sur la fibre de bois de Ressources naturelles Canada, FPInnovations donne un premier exemple concret de réseau de création de valeur et ouvre la voie aux industriels.

Chez FPInnovations, de nombreux projets de recherche sont en cours de réalisation : systèmes d’approvisionnement et de transport souples et compétitifs, produits du bois avant-gardistes, pâtes et papiers de la prochaine génération, nouveaux nanoproduits et nouveaux produits énergétiques et chimiques dérivés de la biomasse forestière. Un groupe de travail réunissant différents chercheurs de FPInnovations est spécifiquement dédié à la recherche de solutions pour optimiser la chaîne de valeur ainsi que les nombreuses découvertes des autres chercheurs de l’organisme et de ses partenaires tels que les chercheurs universitaires. Suivent quelques exemples.

Des exemples
Chez Paprican, l’équipe dirigée par Gail Sherson travaille à caractériser les avantages de la fibre canadienne à travers le pays à l’aide de technologies très performantes. Déjà, des résultats intéressants ont été appliqués en Colombie-Britannique pour déterminer les secteurs de récolte qui augmentent la valeur des bois de sciage. Des modèles d’optimisation sont en développement pour établir les meilleures utilisations de cette fibre à travers les différents processus de transformation.

Forintek, grâce au travail de l’équipe de Francis Fournier, a travaillé étroitement avec la division Feric à mettre au point une plateforme où les logiciels de FPInnovations fonctionnent en tandem pour établir la valeur nette des produits directement sur la carte forestière.

Dans l’ouest du pays, l’équipe de Darrell Wong se penche sur plusieurs projets pour optimiser la valeur des bois à l’aide de différents patrons de tronçonnage, en maximisant l’allocation des bois à un ensemble de complexes de sciage sur différents horizons de temps et en tenant compte de la valeur marchande des produits.

Feric réalise des travaux pour optimiser les opérations forestières et le transport dans un contexte où l’approvisionnement est en flux tiré. Une suite de logiciels et de systèmes d’acquisition de données appelée Suite FP est en développement et plusieurs modules sont déjà implantés chez les membres d’FPInnovations. Cette famille de logiciels permettra de planifier un programme des travaux et de suivre les opérations forestières en temps « semi-réel ». Feric cherche activement des solutions logistiques pour améliorer la performance du transport, un maillon vital dans l’optimisation de la chaîne de valeur. Des outils performants sont en cours de développement ou d’implantation pour réduire le temps de transport à vide, réduire les temps d’attente au chargement et au déchargement ou encore utiliser des systèmes multimodaux.

Le Centre canadien sur la fibre de bois de Ressources naturelles Canada cherche des solutions à moyen et à long terme, qui maximisent la valeur des produits issus des forêts canadiennes. Des propositions novatrices d’aménagement forestier et de traitements sylvicoles sont à l’étude pour augmenter le volume et la qualité des peuplements futurs disponibles à la récolte. Il analyse aussi les marchés futurs pour comprendre la place du Canada dans le marché forestier de demain. Des chercheurs travaillent aussi à mieux prédire les volumes et les attributs de la matière ligneuse en utilisant des méthodes statistiques avancées et des technologies d’inventaire d’avant-garde comme le LIDAR.

Finalement, toutes les divisions travaillent de concert pour agencer leurs solutions dans la chaîne de valeur. Ce travail d’équipe est particulièrement visible dans l’ouest du pays sur l’initiative « BC Coastal ». Ce partenariat vise à identifier et évaluer les solutions potentielles pour transformer le secteur forestier de la côte à l’aide de nouveaux produits et procédés. FPInnovations, avec l’aide de nombreux partenaires, effectue des analyses techniques et économiques et favorise le dialogue entre les gouvernements, les industriels et les équipementiers. Plusieurs projets portant par exemple sur le potentiel des parcs de valorisation, l’implantation de technologies d’avant-garde pour détecter plus finement les attributs internes et externes des bois et l’optimisation des activités associées à l’approvisionnement forestier, font partie du programme de cette initiative importante.

Une application concrète
Forintek et Feric ont effectué plusieurs simulations sur un plan quinquennal de récolte en faisant travailler en tandem leurs logiciels FPInterface et Optitek. L’objectif principal était de calculer la valeur nette de chaque bloc de coupe en utilisant la distribution et la forme des tiges, les essences, les volumes marchands, les conditions de récolte et de transport ainsi que les configurations des scieries pour prédire le coût d’approvisionnement, le coût de transformation de même que la valeur des sciages, des copeaux et des écorces.

Les simulations ont démontré l’importance d’intégrer plusieurs données pour prendre de meilleures décisions. À titre d’exemple, le croquis ci-joint identifie en rouge les blocs de coupe non pro-fitables pour l’entreprise tandis que les blocs en vert ont une valeur nette positive. Le secteur est donc peu intéressant à récolter avec les prix actuels du sciage et des copeaux et le planificateur peut reporter la récolte lorsque les prix seront plus favorables.

Différentes cartes thématiques peuvent être générées à partir des résultats de simulation pour voir les quantités de sciages disponibles ou le rendement en copeaux par secteur de coupe. Les logiciels de FPInnovations sont aussi en mesure de tenir compte de la densité de la fibre ou d’autres attributs internes et de suivre chaque bille ou tige dans la chaîne de transformation. Une traçabilité virtuelle des produits, de la forêt jusqu’aux marchés, est donc déjà possible pour améliorer la planification opérationnelle.

Les résultats des simulations sont aussi utiles pour revoir les patrons de tronçonnage, l’allocation des produits aux usines ainsi que les systèmes d’approvisionnement et de transformation des bois. Finalement, le planificateur peut activer l’agenda des travaux en forêt en spécifiant les blocs récoltés à chaque période. Les usines peuvent connaître les produits à mettre en vente avant de les transformer, soit pour développer une stratégie efficace de mise en marché ou pour demander aux forestiers de produire un autre plan de coupe.

Quels sont les défis à relever ?
Même si les travaux de FPInnovations sont prometteurs pour implanter des réseaux de création de valeur, la participation active des industriels est nécessaire pour en assurer le succès. Le secteur forestier canadien doit réussir à relever les défis suivants :

  • Intégrer les processus de planification et de transformation en forêt et dans les usines;
  • Réduire le temps de cycle de production et développer l’agilité le long de la chaîne;
  • Améliorer le partage d’information dans un contexte où les activités forestières sont isolées;
  • Adapter et développer des outils de contrôle des inventaires le long de la chaîne de valeur;
  • Contourner les obstacles associés aux facteurs saisonniers de la production;
  • Développer des formules de partage des coûts pour faciliter le partenariat d’acteurs travaillant sur le même territoire forestier et ayant des objectifs différents;
  • Revoir les politiques forestières de façon à faciliter l’implantation de réseaux de création de valeur.

Il y a assurément beaucoup de défis technologiques à relever pour que le concept de chaîne de valeur devienne une réalité dans l’industrie forestière canadienne. L’approvisionnement, à lui seul, est peut-être le maillon le plus difficile à intégrer à la chaîne. Connaissez-vous d’autres secteurs industriels qui doivent composer avec un réseau d’approvisionnement aussi complexe à gérer ? Le plus grand défi réside toutefois dans la volonté de travailler en équipe et FPInnovations veut jouer un rôle de chef de file dans ce domaine. Car une chaîne n’est aussi forte que le plus faible de ses maillons.•


Jean Favreau travaille au sein de FPInnovations, division FERIC.


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