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Val-d’Or veut valoriser pleinement la fibre

Un parc forestier intégré serait sur le point de voir le jour à Val-d’Or, en Abitibi.


3 décembre 2015
Par Émélie Rivard-Boudreau

Sujets

Le projet de parc forestier intégré, d’une valeur de 350 millions de dollars, fera naitre trois usines interdépendantes, tout en mettant en valeur des usines déjà existantes. Au total, ce sont plus de 300 emplois directs qui seront créés. Les partenaires du projet attendent une confirmation du ministère des Forêts pour les 320 000 m³ qu’ils ont demandé en approvisionnement avant d’aller de l’avant. Ce volume serait le minimum acceptable pour le démarrage du projet pour les trois nouvelles usines.

« C’est le plus beau projet forestier au Québec », selon Jean-Yves Poitras, commissaire industriel de la Corporation de développement industriel et commercial de la région de Val-d’Or (CDIVD). Celui-ci est le penseur du projet depuis environ 2006. Depuis, il a recruté cinq partenaires : Eacom, Uniboard, Hydroméga, Scrimtech et un autre qui reste anonyme pour le moment. Les trois nouvelles constructions seront : un centre de valorisation de la fibre (CVF), qui sera le cœur du parc forestier intégré, ainsi qu’une usine de cogénération, qui produira de l’électricité et de la vapeur pour certaines opérations du CVF, de la scierie Eacom et d’une nouvelle usine de transformation de bouleau. « Le parc forestier, c’est ce regroupement-là, précise Jean-Yves Poitras. Chacun garde son identité, chacun continue ses opérations, mais il y a un aspect de leurs opérations qui est mis en commun, l’approvisionnement ».

C’est à la fois les infrastructures déjà en place et le besoin urgent de revigorer la foresterie dans le parc industriel de Val-d’Or qui a mené à un tel projet. Depuis 2012, l’usine de panneaux de Norbord a cessé ses opérations. En plus de l’arrêt de travail d’une centaine de travailleurs, la fermeture a engendré une considérable augmentation des coûts de production pour la scierie Eacom, qui elle, ne pouvait plus se départir de ses essences de feuillus dans une usine à proximité. En forêt, l’entreprise ne sélectionne, depuis 2012, que les résineux et sa direction espère pouvoir profiter de l’implantation du parc forestier intégré pour faciliter son travail de récolte. « Ça va nous aider largement », indique Michel Sigouin, directeur général des opérations forestières pour Eacom, au Québec. « Quand on construit un chemin, ça nous permettrait de récolter l’ensemble des essences qui sont présentes sur le terrain pour permettre de maximiser nos infrastructures en forêt », précise-t-il.

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Il est trop tôt pour Eacom d’évaluer à combien vont se chiffrer leurs économies et nouveaux profits reliés au parc forestier intégré, mais selon Michel Sigouin, l’époque de la récolte et la vente des feuillus pour Norbord permettaient à son entreprise d’amortir les coûts reliés à la construction de ses chemins forestiers – ce qui ne serait pas le cas aujourd’hui.

L’importance du CVF
La plaque tournante du parc forestier intégré est le centre de valorisation de la fibre (CVF). Sur place, on recevra l’approvisionnement qu’aura acquis ensemble le groupe de partenaires et on acheminera les essences et les qualités appropriées, se-lon la production des usines du parc forestier. « Le CVF devient la porte d’entrée pour tout le monde et va s’engager à livrer à chacun le produit préparé, prêt à transformation et va gérer les résidus, la qualité du produit, la coupe en forêt et les transports. Tu viens de réduire les coûts d’opération de ces entreprises-là considérablement », soutient Jean-Yves Poitras. L’achat d’équipement est aussi un autre exemple où les partenaires économiseront selon le porte-étendard du parc forestier intégré, puisque dans certains cas, ils pourront chacun y contribuer qu’à 30 %.

C’est le Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ) qui a imaginé le modèle de ce que sont les CVF autour de 2006 et en 2009, le modèle lui-même était dévoilé. « C’est un modèle industriel qui répond aux particularités de la forêt québécoise», explique Danick Dupont, ingénieur mécanique et responsable de projets au CRIQ, spécialisé dans du secteur forestier.

Pour le moment, au Québec, il n’y a que le site Vallières, en Mauricie, qui opère une cour de triage, relativement inspirée du modèle de CVF. Selon Danick Dupont, il y aurait trois ou quatre autres entreprises de la province en démarche pour en implanter.

À Val-d’Or, le CVF va générer des produits sous forme de panneaux gaufrés, de produits broyés (biomasse), de bois de sciage et de bois de qualité de pâte (papier ou panneaux particules). Ce qui permet une telle diversité, c’est qu’à même le parc industriel de Val-d’Or, on retrouve déjà une scierie, une usine de panneaux particules, une usine de panneaux OSB et une usine de poutres lamellées collées. Un atout selon Danick Dupont, du CRIQ qui considère le tour de force plus difficile si, dans une région, il y a peu de diversité au niveau de la filière, par exemple, si on a seulement des scieurs et pas de papetière, ou si on a juste du panneau. « Il faut forcer sur la valorisation de la fibre. Trouver des investisseurs économiques pour percer d’autres marchés », commente-t-il.

Le rôle de la Ville
« Le rôle de la ville, je le résume en mot, facilitateur », répond Pierre Corbeil, le maire de Val-d’Or. Ce dernier étudiera comment il peut aider la Corporation de développement industriel et commercial de la région de Val-d’Or et ses partenaires à le matérialiser. «Ça peut être le volet infrastructure, ça peut être le volet accompagnement sur une base de représentation politique auprès de Développement économique Canada, Industries Québec ou le ministère des Forêts», explique-t-il.

Il est difficile pour le moment d’évaluer à combien s’élèvera la contribution municipale. Cependant, on prévoit déjà, par exemple, que des routes, des égouts, le réseau d’aqueduc, l’électricité, des bornes-fontaines, et peut-être même qu’une desserte ferroviaire devront y être acheminés. La Ville surveillera également de près l’afflux de travailleurs qui pourraient provenir d’autres municipalités de la région, pour bien les accueillir. Avant même d’attirer de nouveaux travailleurs, le parc forestier intégré risque aussi d’empêcher une centaine de familles de ne pas partir, soit celles de la centaine de travailleurs de Norbord qui avaient cessé de travailler depuis 2012. «Ça consolide l’industrie forestière dans le parc industriel de Val-d’Or, mais aussi tout l’est de l’Abitibi», précise-t-il.

Une nouvelle foresterie ?
Plusieurs intervenants du parc forestier intégré y voient le début d’une nouvelle ère forestière. Selon Jean-Yves Poitras, cette façon de faire mise davantage sur la péré-
nité de l’exploitation que sur sa rentabilité immédiate et fulgurante. « On va regarder la forêt de façon à ne pas laisser des dommages collatéraux ou des produits, comme des bois orphelins. À ce niveau-là, c’est toute qu’une innovation », considère-t-il.

Cette vision est partagée par le maire de Val-d’Or, Pierre Corbeil, qui y voit « une foresterie nouvelle, qui ouvre les silos entre l’approvisionnement d’une usine et sa filière bois du début à la fin, et de les faire interagir ensemble ».

De son côté, le CRIQ s’affaire actuellement à valider certaines bases technologiques pouvant être intégrées dans les équipements servant à opérer un CVF. Parmi celles-ci, on retrouve deux types de systèmes d’identification des essences : un sur les billes, fonctionnant à partir de l’analyse de leur écorce, un autre analysant les surfaces de planches brutes et vertes. On y travaille également à élaborer de manière préliminaire, le concept d’un système de caractérisation interne des billes et à mieux effectuer la lecture de l’humidité des planches brutes.

Un premier appareil permet déjà d’effectuer les mesures d’humidité, de densité et de la granulométrie de la biomasse en vrac : l’équipement pourrait être installé dans un des CVF dès maintenant. Quant aux autres systèmes à développer, on prévoit qu’un calendrier de recherche et développement de 18 mois serait nécessaire avant leur mise en service. Le CRIQ s’associera ultérieurement à des à des entreprises pour les commercialiser.

À Val-d’Or, Jean-Yves Poitras est prêt. « Il faut que, d’ici la fin de l’année, on commence à pelleter de la terre et couler du béton », prévoit-il.


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