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Une spécialisation bénéfique pour la scierie Poirier

Des composantes de tremble à valeur ajoutée.


9 avril 2013
Par Martine Frigon

Sujets
La famille Poirier, de gauche à droite : Luc Poirier, Steven Allain, Patricia Poirier et le fondateur de l’entreprise, Rosario Poirier.

« Faire uniquement du bois d’oeuvre, ça ne marche plus. Il n’y a plus de place pour nous, nous n’avons pas assez de volume! Il faut absolument développer des produits transformés », affirme Rosario Poirier qui, en 1973, lançait sa petite entreprise de sciage de bardeaux de cèdre à St-Alphonse, non loin de Bonaventure en Gaspésie. Depuis 2007, c’est une nouvelle et grande usine qui a pris le relais et fabrique des produits à valeur ajoutée.

De ses modestes débuts où il travaillait seul et à temps partiel, la situation a bien changé. Trente-sept ans plus tard, son entreprise compte 40 employés et accueille la troisième génération de dirigeants. Après son fils Luc, c’est au tour de Patricia, sa petite-fille, de faire partie de l’entreprise. Le secret de Rosario Poirier : respecter son budget, saisir les occasions d’affaires, pouvoir prendre les décisions au bon moment et sans délais administratifs, et penser valeur ajoutée.

De la fabrication de bardeaux de cèdres, Rosario Poirier s’engage vers le sciage du tremble dans les années 80, récoltée par Temrex et la Coopérative forestière de St-Elzéar en sous-traitance dans le CAAF 111-53. Cela représentait 60 % de l’approvisionnement total, le reste étant assuré par des propriétaires de lots boisés privés de la région via le Syndicat des producteurs forestiers de la Gaspésie.

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La scierie alors comprenait notamment deux écorceuses, une scie à rubans jumelés PHL, une débiteuse à lames multiples, une ébouteuse et une raboteuse. Malgré cela, les Poirier se rendent compte qu’il faut passer à la seconde transformation pour survivre. C’est ce qu’ils feront.

L’aboutage de tremble
« Il faut se trouver une niche; les scieries indépendantes devront être spécialisées; un peu comme les épiceries fines », explique le fils Luc Poirier. Vers la fin des années 90, Luc et Rosario décident donc de se lancer dans la fabrication de composantes de tremble.

« Pour transformer, il faut du bois sec, de poursuivre Rosario Poirier. Nous avons donc acheté un séchoir. » Ils choisissent un séchoir Cathild, le premier de cette marque qui, semble-t-il, a été installé en Gaspésie. Ce tournant vers la deuxième transformation arrive au bon moment car, en 1998, le volume du CAAF attribuée aux Poirier chute de 32 900m3 à 10  985 m3.

La même année, ils lancent une usine de produits de tremble à valeur ajoutée à Bonaventure-Est, à quelques 30 km de l’usine de sciage de St-Alphonse. Au départ, il n’y a qu’une raboteuse et quelques ébouteuses manuelles. En 2000, ils achètent une machine à aboutage CRP2000 de Conception R.P., qui fonctionne à raison de 120 blocs / minute. Cinq ans plus tard, ils mettent en place un détecteur d’humidité Wagner à la sortie de la raboteuse. Durant la même période, à l’usine de St-Alphonse, ils installeront aussi un classeur automatisé de 26 cases et une empileuse conçus par Fabrication Delta, ainsi qu’un scanneur Autolog.

En 2004, les entrepreneurs acquièrent une centrale thermique qui fonctionne à partir de résidus de bois, notamment les écorces tamisées produites par la scierie. « Je devais partir pour la chasse à Anticosti, raconte Rosario Poirier, et j’ai entendu parler d’un encan qui se tenait à Minto au Nouveau-Brunswick, vente au cours de laquelle il y aurait une centrale thermique mise aux enchères. Nous en cherchions une, mais les occasions étaient situées dans l’Ouest canadien, ce qui est bien loin de chez-nous. Minto, c’est tout près! J’y suis allé et j’ai fait une bonne affaire. Ça valait un million, mais je n’ai pas payé ce prix! J’ai perdu un voyage de chasse, mais je me suis repris par la suite!, explique-t-il avec un clin d’oeil. »

La même année, ils font construire également deux séchoirs FEI à chargement frontal d’une capacité de 90 000 pmp chacun. Quelques aménagements se sont imposés. Ainsi, le séchoir Cathild, d’une capacité de 135 000 pmp qui
fonctionnait au propane, a été transformé pour sécher à la vapeur. « Avec l’explosion du coût du mazout, c’est nous qui sécherions si nous n’avions pas changé notre méthode de chauffage, lance M. Poirier. On chauffe l’usine avec ça également. C’est merveilleux! »

Une nouvelle usine
La nouvelle production amène de nouveaux clients et de nouveaux besoins… Les Poirier souhaitent de plus en plus offrir des produits transformés et, en 2007, avec un investissement de 3,5 millions, ils font construire une toute nouvelle usine de 24 000 pieds carrés à quelques mètres de l’usine de sciage et des séchoirs de St-Alphonse. Ils déménagent également toutes les installations de l’usine de Bonaventure dans le nouveau bâtiment, dont la machine d’aboutage CRP2000.

On passe alors à des équipements automatisés : un scanneur Scanwood de Automatisation JRT, une scie automatique CCS1000 qui coupe à une vitesse d’environ 600 pi/min et un alimentateur de petites pièces CRP180 qui peut traiter jusqu’à 180 pièces par minute, ces deux derniers équipements fabriqués par Conception R.P.

En février 2008, les Poirier décident de se lancer dans la fabrication de bûches énergétiques. Ils achètent une machine CF Nielsen, modèle BP 5500. « Il y a des machines moins chères, mais nous voulions la meilleure marque, et je le crois encore, affirme Rosario Poirier. » Le bran de scie, la matière première, provient du broyeur et des autres équipements de l’usine. Auparavant, il servait à la fabrication de litière et était mis en sac par une ensacheuse à trois sections de marque Verville.

La première année, la production est restée axée sur la litière, faute de marché pour les bûches. « L’an dernier, on a fait de la litière parce que nous n’avions pas de représentants, explique Luc Poirier. Cette année, nous en avons deux à Montréal, un à Moncton et un autre sur le point d’être embauché à Québec. Par contre, il y aura toujours une demande pour de la litière, les éleveurs en ont besoin. » La fabrication des briquettes octogonales a débuté en 2008 et prendra de l’ampleur pour l’hiver 2009-2010.

Voyant poindre des marchés potentiels, une nouvelle ligne pour la production de composantes de tremble est implantée au printemps 2009 dans l’usine de sciage. Elle est principalement composée d’une scie à quatre têtes de marque Baker. « Depuis deux ans, on fabriquait des longerons et, avec cette nouvelle acquisition, on produit toutes les composantes servant à construire des palettes, explique Luc Poirier. » L’ancienne raboteuse a également été remplacée par une nouvelle Yates A-20-12.

« Nous n’avons que des bons mots pour cette machine et pour l’entreprise DK-Spec qui nous l’a vendue. On a eu des petits pépins au démarrage, mais ce n’était pas grave. Un technicien est venu de Québec, à 600 kilomètres d’ici, le jour même. À 22 heures tout était ajusté. Nous avons eu un service très professionnel, de dire Rosario Poirier. » Cet équipement tourne présentement à 200 pi/min, mais il peut aller jusqu’à 800 pi/min mentionne Steven Allain, le conjoint de Patricia, la petite-fille du fondateur de la scierie.

Quelle est la clientèle des Poirier? « Des manufacturiers de composantes de portes et fenêtres, et des fabricants de planches à neige. On commence également à toucher à l’exportation avec des clients outre-mer, explique Rosario Poirier. » Afin d’être plus compétitifs, les Poirier ont inscrit leur entreprise dans le processus d’accréditation FSC, ce qu’ils ont d’ailleurs obtenu, et ils ont également été accrédité par l’organisme C-TPAT (Custom-Trade Partnership Againts
Terrorism).

Les Poirier mettent donc l’emphase sur la deuxième et la troisième transformation. Pour eux, il ne peut y avoir d’avenir autrement, les produits à valeur ajoutée représentent la survie de l’entreprise. C’est dans cet optique que Patricia Poirier et Steven Allain comptent bien assurer la relève.                                                 


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