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Une seule ligne pour le bois feuillu et résineux

Portrait de la Scierie Dion, moteur de l’économie de Portneuf


22 février 2013
Par Alain Castonguay

Sujets
Jean-François Dion constate que la localisation de la scierie favorise la revente des copeaux, malgré la fermeture de l’usine Stadacona en décembre 2011. ALAIN CASTONGUAY

Scierie Dion & Fils, de Saint-Raymond-de-Portneuf, fêtera ses 20 ans d’existence en 2013. L’entreprise familiale est au cœur du mouvement de consolidation de l’industrie de transformation dans la région. Les propriétaires auront investi près de 15 millions de dollars en deux ans pour créer une usine qui peut scier en alternance des bois feuillus et résineux. La municipalité régionale de comté (MRC) de Portneuf, dans la région de la Capitale-Nationale, n’a pas été épargnée par la crise forestière. En avril 2010, la ministre des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF), Nathalie Normandeau, a autorisé le transfert du volume de bois résineux attribué à la scierie d’AbitibiBowater de Saint-Raymond, inactive depuis plus de deux ans. Outre Scierie Dion & Fils, deux autres entreprises familiales de la région, soit Scierie P.S.E. (autrefois Savard & Fils) de Saint-Ubalde et Éloi Moisan de Saint-Gilbert, ont signé l’entente d’approvisionnement avec le MRNF.
Tous les volumes de feuillus durs ont été concentrés à Saint-Raymond. Éloi Moisan transforme le mélèze pour la fabrication des patios. Scierie Dion et Scierie P.S.E. se sont partagé le volume de bois résineux. Pour l’instant, Scierie Dion transforme les deux types de bois à peu près en parts égales. Un peu plus du tiers de ses approvisionnements vient de la forêt publique.

Nouvelle ligne pour le bois résineux
Une société apparentée à la Scierie Dion a acquis les actifs de l’usine d’AbitibiBowater, située à 300 mètres de là. Le seul équipement qui a été récupéré des vieilles installations de Saint-Raymond pour la nouvelle ligne de sciage résineux est l’écorceur, explique Jean-François Dion, président de l’entreprise. « Bien sûr, on aurait pu redémarrer cette scierie, mais AbitibiBowater l’avait fermée parce qu’elle n’était pas rentable. Ça aurait demandé des investissements très importants en équipements pour y arriver, et l’optimiser pour la mettre à jour », dit-il.

Scierie Dion transformait déjà un peu de résineux, environ 10 % de son ancienne capacité de production. « Mais nous n’étions pas efficaces. » L’entreprise n’arrivait pas à trouver assez de feuillus pour exploiter au maximum ses installations. Même en modernisant les installations pour transformer les feuillus de petit diamètre, « il y aurait eu des semaines qu’on se serait tourné les pouces, faute de bois dans la cour », explique M. Dion. « On ne pouvait pas investir dans les deux usines pour qu’elles continuent d’opérer à moitié. Il nous semblait plus logique d’en faire marcher seulement une, mais à sa pleine capacité. On a pris celle qui était encore en marche, qui fonctionnait pour scier du feuillu, et on l’a adaptée pour faire aussi du résineux. »

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Il était impossible d’amortir des investissements de plus de 10 M$ dans une scierie qui ne fonctionne pas durant toute l’année, insiste-t-il. « Il fallait fonctionner sur deux quarts de travail, 12 mois par année, il faut que ça vire. Le fait de mélanger des feuillus et du résineux, ça permet de les produire en alternance. »  Dans la semaine qui suivait notre entretien, à la fin du mois de mai, l’usine transformait du bois de feuillus pour trois semaines, avant de reprendre la production de résineux pour deux semaines. Outre l’équipementier Comact, les entreprises Fabmec à l’étape de l’installation et ÉlectroBeauce et Entreprises Gilles Paradis, pour l’électricité, ont collaboré au chantier.

Des partenaires
On peut ainsi alterner la production en fonction de la demande afin d’éviter que le bois brut ne traîne trop longtemps dans la cour. Les mois de mai à septembre ne sont guère propices à la récolte des feuillus en forêt, et l’on doit éviter de faire chauffer les billots de feuillus en les entreposant trop longtemps dans la cour en plein soleil. « On s’adapte aussi au besoin de l’usine Bois de planchers PG; si le merisier est prioritaire, et après ça, c’est l’érable à sucre, on y va comme ça, on marche ensemble. »

La presque totalité de la production de planches de feuillus est livrée à cette usine de Saint-Édouard-de-Lotbinière, dans laquelle Gestion Dion & frère, la société de portefeuille de la famille, est partenaire à 20 %. Le 13 juin dernier, le Fonds de solidarité FTQ a annoncé un investissement de 2 M$ dans Bois de planchers PG. En 2010, le Fonds a aussi prêté les fonds nécessaires à Scierie Dion pour son investissement dans la nouvelle ligne de sciage.

Outre ses lots privés, la famille Dion détient aussi 20 % de la société en commandite Solifor Perthuis, propriétaire de la Seigneurie de Perthuis. Ce vaste massif de forêts privées totalisant 286,5 km2 appartenait à AbitibiBowater. Solifor, société en commandite créée par le Fonds de solidarité FTQ en 2005, a acheté le territoire en février 2009 en même temps que deux autres massifs forestiers, la Seigneurie du Lac-Métis et la Seigneurie Nicolas-Riou, qui ont fait partie durant 15 ans de la Forêt modèle du Bas-Saint-Laurent. En 2007, Jean-François Dion avait demandé à un dirigeant d’AbitibiBowater si Perthuis était à vendre. « Jamais, c’est le joyau de la compagnie! », lui répondait-on. Les problèmes financiers ont forcé la main de la société papetière.

Jean-François Dion tient aussi à souligner la collaboration de la Banque Nationale du Canada (BNC), qui lui fournit son financement à court terme. « Avant que la scierie ne redémarre pour de bon à l’automne 2010, nous avions un inventaire de 100 000 mètres cubes de bois dans la cour qu’il fallait supporter, car ça allait prendre du bois pour alimenter la nouvelle ligne. » Le président de la BNC, Louis Vachon, est même venu visiter les installations de Saint-Raymond. « Je trouve ça intéressant que des partenaires québécois s’entendent pour garder la propriété de nos actifs dans le secteur forestier entre les mains de Québécois », lance Jean-François Dion.

Nouvel ébouteur
L’entreprise profite des vacances estivales de l’été 2012 pour installer un nouvel ébouteur, le TrimExpert de Comact, un investissement de plus de 4 M$. L’entreprise n’a pas osé implanter les deux équipements en même temps. « La bouchée aurait été trop grosse. Ça prend six mois pour atteindre une productivité intéressante avec la nouvelle ligne de sciage. » L’ancien ébouteur ne suffit pas à la cadence et cela crée un goulot d’étranglement. « C’était la partie qui nous restait à moderniser dans l’usine, on le savait depuis qu’on a ajouté la ligne de sciage de résineux. »

Le système de Comact permet de numériser les planches de chaque côté et détermine le meilleur endroit pour les couper en fonction des caractéristiques des produits recherchées. Cela existe déjà dans des scieries de bois résineux, mais il n’y a qu’au Nouveau-Brunswick où il y en a un dans une scierie de bois de feuillus, selon M. Dion.   

Une famille du coin
Le frère de Jean-François Dion, Sébastien, est son partenaire d’affaires. C’est lui qui gère l’usine, tandis que Jean-François est responsable de l’administration et du développement des affaires. Durant leur adolescence, les deux frères ont manipulé le bois dans la cour des Industries de bois Saint-Raymond, l’entreprise de leur père, Jean-Guy. Fondée en 1949, cette firme est toujours active dans le séchage du bois. Les séchoirs ont d’ailleurs été rapprochés de la Scierie Dion, alors qu’ils étaient auparavant situés au fond de la cour du côté ouest, plus près des installations d’AbitibiBowater.

Il faut du courage pour rester en affaires dans un secteur où les affaires marchent au ralenti depuis tant d’années. « En 2010, comme en 2012, c’est toujours pour la même raison qu’on investit : parce qu’on veut être encore là. Si tu n’investis pas dans ton usine, les autres ne le feront pas à ta place. Ma famille vient d’ici, nous sommes des gens de la place. Mon père et ma mère viennent de Saint-Raymond, nous habitons à cinq minutes d’ici, c’est notre place. C’est juste le fun de venir travailler », raconte Jean-François Dion.

L’appui de la communauté a été capital dans la décision de la famille de s’impliquer dans le mouvement de consolidation de l’industrie de la MRC de Portneuf. « La ville de Saint-Raymond veut que ça marche pour nous. Il n’y a personne qui vient nous mettre des bâtons dans les roues, au contraire; tout le monde incluant nos employés, les élus, les autres industriels qui sont toujours là, ça te donne un coup de pouce pour continuer. On ne connait pas l’avenir, c’est pas mal plus intéressant de travailler dans une usine qui marche que dans une vieille entreprise qui tourne tout croche, souvent fermée. »

Des marchés à diversifier
« Vaut mieux un prix de vente trop bas que pas de production du tout parce qu’on a dû s’arrêter, faute de bois. » C’est ainsi que Jean-François Dion explique la décision prise en 2010 d’augmenter la capacité de production pour transformer aussi du bois résineux. Le contexte demeure difficile, reconnaît-il. Le marché du bois d’œuvre s’est effondré en même temps que la crise immobilière qui a fait s’effondrer la construction domiciliaire aux États-Unis en 2007. La fermeture d’usines papetières rétrécit aussi le marché des acheteurs de copeaux.

La crise financière a aussi mis à mal l’industrie nord-américaine du meuble, qui achetait le bois de qualité produit par la Scierie Dion. La fabrication s’est déplacée vers l’Asie. « Cette industrie ne se relèvera pas ici. L’impact pour nous est que la demande pour les parties les plus nobles de l’arbre feuillu a chuté beaucoup. La qualité “sélect & meilleur” te permettait d’avoir un panier de produits assez diversifié et pour un revenu moyen assez élevé. C’est terminé », raconte-t-il. Les clients de Scierie Dion en 2012 ne sont donc plus du tout les mêmes qu’en 1993. Le prix des pièces de bois d’érable ou de bouleau jaune a beaucoup chuté ces dernières années.

Pourquoi continuer, malgré ce contexte de morosité qui persiste? « J’ai 39 ans, mon frère en a 36. On a toujours travaillé dans cette industrie. C’est sûr que si tu regardes la rentabilité, c’est plus difficile. Quand tu vois d’autres autour tomber au combat, ça te donne envie de continuer. Et on pense encore qu’il y a de l’avenir là-dedans. Il y a moins de monde dans le marché et le bois continue de pousser. À Saint-Raymond, si on arrête de scier le bois ici, il sera transformé ailleurs. »


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