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Une prime pour le transport forestier


23 juillet 2020
Par Guillaume Roy


Sujets

Après plus d’une décennie à travailler sans augmentation des tarifs, les transporteurs forestiers ont reçu une prime de plus de 8 % au cours de la dernière année. Même si les hausses prévues en 2020 ne se sont pas concrétisées avec l’incertitude causée par la pandémie, le rattrapage financier a tout de même permis de résorber la pénurie de camionneurs.

« Par rapport à l’an dernier, la situation a complètement changé, estime Sébastien Dufour, directeur général du Groupe Val, un entrepreneur général en foresterie qui requiert les services de 36 camions forestiers. Avec la prime offerte par les scieries, il y a plus de camions disponibles et je dois même en refuser. »

En septembre 2018, le Groupe Val a perdu une dizaine de camions forestiers, car plusieurs entreprises ont carrément décidé d’arrêter leurs activités. Les entreprises forestières et les scieries ont alors crié à la pénurie. Des négociations avec les entreprises de transport forestier ont ensuite permis d’améliorer les taux de transport.

Carol Girard, représentant pour l’Est-du-Québec du Réseau des transporteurs forestiers du Québec (RTFQ), explique qu’une rencontre de trois jours avec toutes les scieries de la région, tenue en décembre 2018 à Saint-Félicien, a permis de trouver un consensus avec l’industrie, plutôt que d’avoir à négocier un tarif avec chaque usine.

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Ce dernier se réjouit de l’amélioration des tarifs, mais il estime qu’il reste encore du travail à faire pour atteindre l’objectif de départ. « L’an dernier, les taux payés aux entreprises de transport forestier ont augmenté de 8 à 9 %, avec l’objectif d’atteindre 15 à 16 % à terme, explique-t-il. On a convenu avec les scieries de ne pas faire ce rattrapage d’un seul coup, en étalant la hausse sur trois ans. »

Les demandes formulées au printemps ont toutefois été refusées, car la COVID-19 laissait planer trop d’incertitude. « Le prix du bois est bon et les prévisions aussi, note Carol Girard. On s’attendait quand même à une petite hausse. »

Après plus de 10 ans sans hausse du prix pour le transport du bois, cette prime était nécessaire, ajoute ce dernier. « Ça permet de stabiliser un peu l’industrie et d’atteindre un certain seuil de rentabilité. Avant la hausse, c’était difficile de dégager un profit. »

Selon Lucas Dubois, responsable du camionnage chez Accès Forêt, un entrepreneur général en foresterie, l’augmentation des taux, qu’il évalue de 10 à 15 %, a permis d’éliminer la pénurie de camionneurs. Il explique que cette hausse était nécessaire, car le prix des camions, des assurances, des pièces et des pneus a beaucoup augmenté ces dernières années.

« Les signes de réouverture de l’usine de Chambord ont fait en sorte que plusieurs entreprises ont acheté de nouveaux camions, ce qui fait qu’il y a beaucoup de camions sur le marché », ajoute-t-il.

L’augmentation du taux payé aux entreprises de camionnage a eu un effet sur les salaires, qui ont augmenté d’un dollar de l’heure au cours des deux dernières années. Ainsi, le salaire horaire est passé de 23 à 25 $ approximativement.

Malgré cette hausse, il est tout de même difficile de recruter de la main-d’oeuvre, notamment parce qu’il est pratiquement impossible d’assurer un chauffeur de moins de 25 ans. Il devient alors difficile de recruter un jeune qui se cherche un métier à la sortie de sa formation professionnelle, donne en exemple Lucas Dubois.

Éric Rousseau, directeur général de la Coopérative Ferland-et-Boileau qui est actionnaire de la scierie Lignarex, confirme que les scieries ont consenti à une hausse des taux de 5 à 10 %. « Depuis cette augmentation, on n’a plus de pénurie de camionneurs », dit-il.

Louis Bouchard, porte-parole de Produits forestiers Résolu, souligne qu’il n’y a pas de pénurie en ce moment, sans vouloir commenter davantage les tarifs offerts aux camionneurs.

Dans l’industrie, on parle donc de hausse de taux allant de 5 à 15 %. Cette disparité s’explique par l’ajustement du tarif selon le prix du carburant, remarque Sébastien Dufour, du Groupe Val. « Quand le prix de l’essence est élevé, la prime peut monter à 15 %, mais en ce moment, le prix du carburant abaisse la prime », explique-t-il.

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GÉNÉRER PLUS DE REVENUS AVEC UNE MEILLEURE PLANIFICATION

Bien qu’il comprenne la déception des camionneurs qui n’ont pas reçu une autre augmentation, comme souhaité cette année, Sébastien Dufour, directeur général du Groupe Val, estime que s’il avait des hausses de taux à faire en ce moment, elles seraient destinées aux équipes de récolte. « Mes équipes travaillent dans des secteurs affectés par la tordeuse des bourgeons de l’épinette ou les volumes de bois ne permettent pas d’être rentable, dit-il. Pour faire de l’argent, un entrepreneur doit récolter au moins 1200 mètres cubes de bois par semaine, alors qu’en ce moment, ils doivent se contenter de 800 mètres cubes. »

Pour générer davantage de revenus et augmenter les tarifs payés aux entrepreneurs, Sébastien Dufour ne demande pas un seul dollar au gouvernement. Il souhaite simplement pouvoir planifier les travaux forestiers plus tôt afin de générer des économies. « Donnez-moi des blocs à récolter et des chemins forestiers d’avance, réclame-t-il. Ça va me permettre d’optimiser la récolte. »

Ce dernier estime qu’il doit passer près de la moitié de son temps à régler des demandes administratives avec le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, au lieu de travailler sur la récolte de bois. « Quand le ministère planifie un chemin sur le bord d’un ruisseau, ils doivent s’attendre à ce que je demande une dérogation pour passer plus loin, car les contraintes environnementales sont strictes près des cours d’eau, donne-t-il en exemple. Mais même si c’est eux qui ont planifié le chemin, ils attendent que le chemin soit rendu à cet endroit pour traiter la dérogation. Il me semble qu’il y aurait moyen de faire plus vite. »

Malgré l’annonce d’un nouveau régime forestier par François Legault la semaine dernière, l’entrepreneur forestier demeure sceptique, car il existe une tonne de contraintes qui font augmenter les coûts et des limites organisationnelles, ou humaines, qui s’expliquent mal. « Je travaille dans cinq unités d’aménagement forestier différentes et la planification ne va pas à la même vitesse », remarque l’entrepreneur, qui rêve d’un régime forestier qui offrirait plus de flexibilité.

Selon ce dernier, il n’y a plus de pénurie, car il doit même refuser certains camionneurs qui désirent travailler pour son entreprise.