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Une inflation occasionnée par des pénuries? Le cas de la machinerie lourde.


1 février 2022
Par Louis Dupuis, économiste, consultant, formateur, et associé chez S. Guy Gauthier Évaluateur Inc.

Sujets

Il est présentement beaucoup question de l’inflation dans l’actualité économique; toutefois, contrairement à ce que nous sommes habitués, l’inflation ne semble cette fois pas causée par une surchauffe de l’économie.

En effet, l’économie en général (les usines, les manufactures, etc.) ne fonctionne pas à 100% de sa capacité, ce qui a historiquement créé les pressions inflationnistes.

En somme, le problème n’est pas principalement la forte demande, mais plutôt une contraction de l’offre en raison de la pandémie, de la rupture de la chaine d’approvisionnement, de pénuries diverses (microprocesseurs, main-d’œuvre, transport maritime ou terrestre, conteneurs, énergie en Chine, etc.), et même en raison des changements climatiques.

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Je crois que nous assistons surtout à une inflation occasionnée par des pénuries qui créent une contraction de l’offre, et c’est possiblement selon moi, une première dans l’histoire économique industrielle.

À titre d’exemple, la pénurie de main-d’œuvre entraine une escalade des salaires afin d’attirer les travailleurs recherchés, et ainsi une hausse du coût des services, ou des biens produits, ce qui cause l’inflation.

Également, regardez ce qui s’est passé en Colombie-Britannique en 2021: un dôme de chaleur, suivi d’intenses et interminables incendies de forêt, et par la suite des rivières atmosphériques causant des inondations. Outre le fait que nous aurons appris plusieurs nouveaux termes météorologiques, tous ces évènements ont un impact important sur l’économie de cette province et sur sa chaîne d’approvisionnement.

Par ailleurs, toutes ces catastrophes naturelles ont entrainé une augmentation de 50% des sinistres dans les 5 dernières années au Canada, du coup des dédommagements versés par les compagnies d’assurances. Ceci a évidemment impacté les primes d’assurance qui ont haussé d’environ 10% juste dans la dernière année.

Au niveau de la machinerie lourde (construction, transport, forestier, etc.), les manufacturiers ne produisent pas à 100% de leur capacité en raison de la pénurie de main-d’œuvre, de semi-conducteurs, de composantes diverses et d’acier, entre autres. Les délais de livraison si vous commandez des équipements spécifiques neufs seraient présentement d’au moins 12 à 15 mois. Dès lors les prix de la machinerie ont augmenté d’environ 10-15% depuis le début de la pandémie.

Pendant ce temps, les contrats pour les entrepreneurs en construction sont nombreux en raison d’investissements importants dans les infrastructures par les différents gouvernements d’un peu partout sur la planète.

Comme la disponibilité des équipements neufs est restreinte, les entrepreneurs se sont tournés vers le marché des équipements d’occasion pour combler leurs besoins en machinerie, et de crainte de ne pouvoir acquérir des équipements neufs pour réaliser leurs nombreux contrats, ils ont conservé leurs équipements plus anciens plutôt que d’en disposer sur le marché de l’occasion (via encans publiques, sites de revente, etc.).

Par le fait même, il y a moins d’équipements usagés sur le marché de la revente, et plus d’acheteurs lors des encans publiques et auprès des revendeurs d’équipements usagés, virtuels ou physiques.

Par conséquent, les équipements usagés qui sont en vente lors des encans ou auprès des vendeurs d’occasion sont plus anciens, avec plus d’utilisation (heures ou kilomètres), et se vendent malgré cela en moyenne entre 10 à 25% plus cher qu’il y a 1 an.

De même, nous pouvons constater la même tendance pour les véhicules d’occasion, incluant les camionnettes (pickup) très prisées dans l’industrie de la construction.

Autre phénomène, les manufacturiers de machinerie lourde, considérant que leurs produits sont vendus entièrement longtemps d’avance, ont profité de l’occasion dans bien des cas pour accroître leurs marges bénéficiaires.

En guise de conclusion, je crois que l’inflation perdurera encore pour une bonne période car certains facteurs étaient déjà présents avant la pandémie (par exemple, la pénurie de main-d’œuvre, les changements climatiques, etc.). Par ailleurs, je ne suis pas convaincu que l’approche traditionnelle de hausser les taux d’emprunt endiguera les pressions inflationnistes; cette stratégie risque plutôt de nous entrainer vers une récession. Certains secteurs d’activités économiques ne se sont toujours pas encore relevés des impacts de la pandémie (hôtellerie, restauration, spectacle, transport aérien, transport nolisé de personnes, etc.). Peut-être que la hausse des taux d’intérêts freinera la surconsommation de certains biens durables (loisirs, électroniques, sportifs), et possiblement la surenchère immobilière. Mais elle ne règlera surement pas les nombreux problèmes de pénurie de toutes sortes, ni les cataclysmes naturels. Au final, elle pourrait même stimuler l’inflation par l’accroissement des coûts d’emprunt (versements).  Il serait peut-être préférable de vivre avec un certain niveau d’inflation pour quelque temps encore, et s’attaquer à la problématique des pénuries, des changements climatiques, et des ruptures de la chaîne d’approvisionnement.