Opérations Forestières

En vedette Sciage Scierie
Une équipe de rêve pour relancer une usine

La Coopérative forestière Ferland et Boileau a formé une équipe de rêve pour relancer la scierie Gauthier en 2012.


18 septembre 2014
Par Guillaume Roy


Sujets
La scierie Gauthier est une entreprise familiale qui a vu cinq générations se succéder en bordure du fjord du Saguenay. L’aventure a pris fin en 2011, après 157 années d’existence. Lignarex a vu le jour une année plus tard.

Lors de la faillite de la scierie Gauthier en 2011, c’est une histoire entrepreneuriale de 157 ans qui a pris fin. Pour la Coopérative forestière Ferland et Boileau (CFFB), c’est une créance d’un million de dollars qui partait en fumée, mais cette fermeture représentait aussi la perte de son plus gros client. « Après avoir vécu une croissance soutenue de 2004 à 2011, notre chiffre d’affaires a réduit de moitié en 2012 », témoigne Éric Rousseau, directeur général de la CFFB.

Étant donné que la Scierie Gauthier représentait 60 % du chiffre d’affaires de la coopérative, Éric Rousseau s’est mis à chercher des partenaires pour relancer l’usine. Avec l’aide du ministère du Développement économique, de l’Innovation et des Exportations, la coopérative a su réseauter et trouver des partenaires pour former « une équipe de rêve », d’après les dires de M. Rousseau. La CFFB a donc formé un consortium, sous le nom de Groupe Lignarex, avec Tramfor Sylviculture et Careau Bois. « Avec nos partenaires, nous avons une expertise complémentaire. La coopérative s’occupe de l’approvisionnement et de la planification des opérations forestières, Tramfor et Gaétan Vallée sont des spécialistes de la transformation, et Careau Bois est un expert pour la mise en marché », souligne fièrement Éric Rousseau. Si la coopérative n’avait pas relancé l’usine, une transformation profonde de l’organisation aurait été nécessaire, et plusieurs emplois auraient disparu, ajoute M. Rousseau.

Pour Guy Carreau, propriétaire de Carreau Bois, l’achat de l’usine représentait une occasion d’affaire intéressante pour intégrer la transformation aux activités de mise en marché des produits du bois. Selon ce dernier, « chaque partenaire assume bien son leadership pour mener à bien les activités de l’usine ».

Advertisment

Le 18 juin dernier, près d’une cinquantaine de personnes du milieu financier, des différents paliers de gouvernement et d’organisation locales ont participé à une journée portes ouvertes organisée par la CFFB. « C’était une occasion pour nous de dire merci à tous nos partenaires qui ont cru en nous malgré les temps difficiles », lance Éric Rousseau.

Repartir une étape à la fois
La scierie Lignarex a redémarré les activités de sciage en 2012 avec les mêmes équipements que possédait la scierie Gauthier. À l’entrée de l’usine, l’écorceur Nicholson offrait toujours un bon rendement de 325 pieds par minute. Puis les billes entrent dans la ligne de sciage Hewsaw qui transforme environ 1000 billes à l’heure. Elles passent ensuite dans un optimiseur Prologic +. « Les têtes de lecture évaluent avec précision la longueur, la grosseur et le défilement de la bille. Chaque bille est codée selon le rendement matière et le prix marchand. Avec ces données, l’optimiseur décide les produits à fabriquer », explique Stéphane Houde, de Lignarex.

Après quelques mois d’opérations, l’ancienne déligneuse a causé un accident de travail. Le Groupe Lignarex a alors fait affaire avec Inotech, une entreprise de Normandin spécialisée dans la conception et la fabrication d’équipement pour l’industrie du sciage.

Pour répondre aux besoins de Lignarex, Inotech a modifié une déligneuse Comact en y installant ses propres systèmes d’alimentation automatisée. « On a remis la déligneuse à neuf et on a changé le module de déplacement des scies », explique Yves Lévesque, propriétaire de l’entreprise. Étant donné que l’espace disponible pour cet équipement était restreint, Inotech a fait l’installation de l’entêteur de déligneuse Posi-Edge en version optimisation légère. De plus, Lignarex a opté pour un système automatisé et semi-optimisé. « On a enlevé toutes les interventions manuelles. La prise de décision aussi est automatique. La machine mesure la largeur de la planche à déligner et enlève une mesure égale de chaque côté, ce qu’on appelle un positionnement parallèle », note M. Lévesque. Au total, la scierie a investi près de 300 000 $ dans cette installation. En moins d’une semaine, la machine avait déjà atteint ses objectifs!

Améliorations continues
Deux ans après le redémarrage de l’usine, il reste encore beaucoup de choses à améliorer avant d’atteindre le plein rendement, note Gaétan Vallée, directeur de l’usine. En mai dernier, l’usine a fait l’achat d’un nouveau scanneur à l’entrée du classeur. « On avait besoin d’un équipement rapidement pour améliorer notre productivité, mais la plupart des fournisseurs ne pouvaient pas nous en livrer un avant six mois », ajoute M. Vallée. Lignarex a alors déniché un nouveau prototype que venait de développer l’entreprise Novilco, basée à St-Félicien. Il est impossible de fournir davantage d’information sur ce nouveau produit qui devrait être commercialisé l’an prochain, car il est en étude de brevetabilité. Même s’il reste des ajustements à faire, l’amélioration de la productivité est déjà notable selon Gaétan Vallée.

Du résineux qui voyage
La scierie Lignarex transforme principalement de l’épinette noire (60 %) et du sapin (40 %) et une petite quantité de pin gris. Chaque essence est sciée séparément, car elle nécessite un séchage différent, et les copeaux sont traités séparément. Le bois transformé à l’usine est certifié PEFC et Lignarex est en voie d’obtenir la certification FSC. Une fois le bois scié, c’est Careau Bois qui prend la relève pour la mise en marché du produit.

D’une part, la cour à bois est très petite et Lignarex doit expédier le bois au fur et à mesure. Chaque semaine, l’usine produit près d’un million de pmp alors qu’il y a de l’espace pour 1 à 1,2 M pmp dans la cour.  

D’autre part, Careau Bois possède d’autres installations de transformation du bois en Beauce. À la sortie de l’usine, le bois prend donc le chemin de Scott-Jonction où les 2 x 4 et les 2 x 6 sont séchés et rabotés. D’autres produits, comme le 1 x 6 et le 2 x 6 sont transformés brut vert à la scierie Alexandre Côté, propriété de Careau Bois, pour y donner de la valeur ajoutée pour le marché de la construction de clôture.

Entre 50 et 60 % des produits de Careau Bois prennent le chemin de la grande région de Toronto, près de 25 % vers les États-Unis et un maigre 15 % reste au Québec. « On oublie souvent que Toronto est la 4e plus grande ville en Amérique du Nord, ça représente un très gros marché », souligne Guy Carreau.

Alors que les prix pour les produits du bois s’améliorent, M. Careau note toutefois que les prix des sous-produits ont baissé de 25 % et le prix du mètre cube a augmenté de 5 $. Pour l’usine qui traite 180 000 m3, ça représente une augmentation de 900 000 $!

Faire baisser les coûts
À l’été 2013, l’usine a pris la décision d’ajouter un second chiffre de travail pour faire baisser les coûts. Mais l’usine qui possède une garantie d’approvisionnement de 90 000 m3 n’avait pas encore le volume de bois nécessaire pour faire rouler l’usine avec tout ce personnel. La coopérative a donc été très active sur le marché des enchères en remportant 100 000 m3 sur deux ans. « On est aussi allé chercher 17 000 m3 auprès du ministère après la fermeture de la scierie de St-Fulgence », commente Éric Rousseau. Même si le nouveau régime a été favorable à la coopérative et à la scierie Lignarex pour l’instant, M. Rousseau souhaite obtenir de nouvelles garanties d’approvisionnement du gouvernement pour sécuriser les opérations.

Selon le directeur de la scierie, Gaétan Vallée, les plus gros défis au cours des prochains mois seront de stabiliser l’approvisionnement et la production. « La production augmente toujours un peu, mais il nous reste encore plein de petites choses à améliorer pour attendre notre pleine capacité », dit-il. Le nombre d’employés est passé à 38 avec la 2e équipe de travail. Grâce à cet ajout, la scierie compte faire passer la production annuelle de 30 à 50 millions de pmp.


Imprimer cette page

À propos



Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*