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Un trio d’enfer pour prendre la relève

En mettant leurs efforts en commun, Jeannie, Francis et Benoit Carrier ont réussi à faire croitre l’entreprise familiale de transport forestier malgré la crise.


12 janvier 2015
Par Guillaume Roy


Sujets

Entourée par des centaines de kilomètres de forêts, la ville de La Tuque est une plaque tournante de l’entrepreneuriat forestier. Dans ce petit village de 12 000 âmes, le nom Carrier est considéré comme un poids lourd de l’industrie.

Plus d’une centaine de personnes se sont déplacées au Symposium forestier de La Tuque en mai dernier pour venir entendre trois jeunes entrepreneurs qui ont pris la relève de l’entreprise familiale. Francis, expert en mécanique industrielle, Benoit, spécialise en électromécanique de systèmes informatisés et, Jeannie Carrier, responsable des ressources humaines et de l’administration, forment le trio d’enfer. C’est en 2012 qu’ils ont décidé de mettre leur expertise en commun pour amener Les Gestions N.A. Carrier à un autre niveau.

Assis devant la foule, ils représentent fort bien la relève forestière d’aujourd’hui. Bien formés, dynamiques, à l’écoute de leurs employés, ils sont des forestiers authentiques qui ne passent pas par quatre chemins pour dire ce qu’ils pensent.

« On a été élevé dans l’esprit entrepreneurial. Quand on est revenu de l’école, on a décidé de prendre la relève de l’entreprise », explique Jeannie. « Je ne peux pas m’imaginer un avenir sans la forêt. Je crois vraiment dans cette industrie », ajoute Francis. Pour Benoit, « l’important est de travailler en équipe avec des gens qui s’investissent à 100 % dans l’entreprise ».

Un legs forestier
Dans les années 90, Nil-André Carrier a aidé ses garçons à lancer leur propre entreprise dans le domaine du transport du bois et de la voirie forestière. Pendant ce temps, Jeannie était responsable de la comptabilité des trois entreprises. Lorsque le paternel a pris sa retraite, les enfants ont décidé d’unir leurs forces.

Spécialisés dans l’entretien et la construction de chemins forestiers, les entrepreneurs ont dû diversifier leurs activités en développant de nouveaux marchés auprès d’Hydro-Québec et de la ville de La Tuque pour survivre et croître pendant la crise forestière. « Quand les opérations en forêt ont diminué, on a commencé à travailler sur les routes publiques, ce qu’on ne faisait pas avant », mentionne Benoît. « Tu as le choix de rester les bras croisés à la maison à attendre que le téléphone sonne ou bien tu prends des risques pour développer de nouveaux horizons », ajoute Francis. L’entreprise a aussi diversifié ses activités à l’extérieur de la région en décrochant des contrats près de Sept-Îles et de Mont-Joli.

La foresterie demeure toutefois le noyau de leurs activités. Chaque année, la cinquantaine d’employés de l’entreprise entretiennent près de 100 km de chemins de gravelle et construisent 60 km de nouveaux chemins. La crise forestière a tout de même réduit du quart le travail en forêt.

Une flotte en santé

50 employes
L’entreprise, qui compte jusqu’à 50 employés en hiver, favorise la collaboration, le travail d’équipe et le respect dans les relations de travail.

L’entreprise possède aujourd’hui une flotte de plus de 50 machines pour la construction de chemins forestiers, le transport et l’entretien hivernal des routes. En détail, Les Gestions N.A. Carrier possède 18 camions dix-roues, sept pelles, quatre tracteurs, trois niveleuses, une pépine, cinq chargeuses, six tombeaux articulés, un fardier, un camion chargeur et une flotte d’une vingtaine de pick-up. On retrouve les marques Komatsu et John Deere dans la cour de l’entreprise, mais 95 % de l’équipement provient de Caterpillar. « Ils sont des experts en tracteurs et loaders. Le volume de vente de tracteurs et de loaders fait en sorte qu’ils offrent la meilleure expertise et le service sur les pièces », souligne Francis.

« Chaque année, on essaie d’acheter au moins un équipement neuf, lance ce dernier. Même pendant la crise, on a continué à investir pour ne pas prendre d’arrérages ». Pour continuer à améliorer l’efficacité du travail en forêt, l’entreprise a récemment investi dans une pelle forestière 324 D FM de Hewitt. Mais comme ces pelles ne sont pas faites en grand nombre, il faut attendre plus de six mois avant de pouvoir mettre la main sur ces machines spécialisées. « C’est une vraie pelle conçue pour la forêt et on sera les premiers en avoir une au Québec », explique Francis.

Ce type de pelle est bâtie plus solide et nécessite moins de réparations, note Mathieu Kingsbury, représentant pour Hewitt. « Cette machine robuste peut être utilisée comme excavatrice, abatteur, ébrancheuse, déchiqueteuse ou chargeuse. De plus, les vitres sont en Lexan, comme sur les abatteuses, ce qui améliore la visibilité du conducteur », dit-il.

L’innovation a toujours fait partie intégrante de la vision entrepreneuriale des Carrier. Et il n’est pas question de s’arrêter là. « On veut faire ce que les autres ne font pas », explique Benoit. C’est pourquoi l’entreprise cherche à investir dans le domaine de la biomasse. « On pense acquérir une débroussailleuse sur niveleuse, un équipement unique au Québec. Ça nous permettrait d’ouvrir de nouveaux horizons », renchérit Francis. Les entrepreneurs suivent aussi de près les enchères du Bureau de mise en marché des bois.

Des entrepreneurs de terrain

La Tuque
Francis, Benoit et Jeannie Carrier ont livré un témoignage d’entrepreneur forestier à succès lors du Symposium forestier de La Tuque en mai dernier.

Francis, Jeannie et Benoit ne s’occupent pas juste de la gestion. Ils sont près de leurs employés, sur le terrain. « Au camp, je suis debout à 3h30 avec les employés. Je m’intéresse à leur travail et ils voient qu’on veut que ça fonctionne », mentionne Francis qui prône le respect dans les conditions de travail.

Selon Benoit, un bon employé n’est pas toujours le plus compétent, mais celui qui s’investit à 100 % dans l’entreprise et qui sait travailler en équipe. « On cherche constamment à s’améliorer et on sait aussi prendre les commentaires négatifs », dit-il.

Mécaniciens, opérateurs de pelle, de niveleuse et autres, contremaitres, machinistes, secrétaires, gérant des pièces, et plus encore. Au total, Les Gestions NA Carrier, qui ont un chiffre d’affaire entre 5 et 10 M$ annuellement, embauche jusqu’à 50 employés en l’hiver. Ce nombre peut baisser jusqu’à 35 en été.  

Après la retraite de leur père, beaucoup de choses ont changé. Nil-André Carrier était un entrepreneur, mais pas un gestionnaire. « Au départ, on n’avait pas de charte salariale ni de manuel d’employés. Avec l’aide du CLD, on a mis des outils en place pour faire progresser entreprise », explique Jeannie. C’est ainsi que l’entreprise s’est dotée de structures pour mieux gérer les relations de travail et les décisions administratives.

Relève recherchée
« Le monde forestier est dur. Il faut être patient avec la relève, car ça intéresse moins les gens qu’avant », soutient Francis. Selon lui, il existe encore plusieurs travailleurs qui ont le feu dans les yeux. Il faut savoir les accompagner et valoriser le métier de travailleur forestier. « Il n’y a pas que du négatif. J’aime beaucoup mieux voir les beaux levers de soleil que d’être pris dans un bouchon sur la 20! »

Conciliation travail famille
Jeannie, Benoit et Francis sont âgés respectivement de 36, 37 et 38 ans et ils ont chacun deux enfants, tous âgés en 6 et 10 ans. « Les trois familles vivent à moins de 500 m de l’entreprise et les enfants démontrent déjà de grandes habiletés entrepreneuriales », souligne Jeannie. Une nouvelle génération qui grandira avec la fièvre du bois!

 

Les étoiles de la relève forestièrePour une deuxième année, les magazines Opérations forestières et Canadian Forest Industries ont dressé un palmarès de dix étoiles montantes de travailleurs forestiers canadiens. Comme une famille de trois jeunes entrepreneurs s’est taillé une place dans le palmarès, nous récompensons cette année 12 étoiles forestières.

Jeannie, Benoit et Francis Carrier
Les Gestions N.A. Carrier

Marc Legros

Marc Legros, Directeur de l’approvisionnement, Prolam
Natif de Tourville, un petit village près de St-Jean-Port-Joli, Marc Legros n’était pas destiné à devenir un expert du bois. Il a trouvé sa vocation lorsqu’il a décidé de suivre un ami à l’École de foresterie de Duchesnay, pour suivre une formation de mesureur classeur de bois franc.

Il s’est rapidement spécialisé en approvisionnement de bois franc et dans le secteur de la 3e transformation pour les planchers résidentiels et les planchers de camions. Il a travaillé dans la fabrication de planchers puis de bâtons de hockey avant de devenir acheteur principal pour Les Bois Planchers PG, où il a participé à l’implantation de la certification FSC. L’an dernier, Marc a aussi travaillé comme professeur à l’École de foresterie de Duchesnay.

En avril, il a accepté un emploi chez Prolam, une entreprise de planchers dans la région de Chaudières-Appalaches. Embauché en tant qu’assistant à l’approvisionnement, il n’a pas mis de temps à gravir les échelons, en devenant récemment le directeur de l’approvisionnement de l’entreprise qui transforme 30 millions de pmp chaque année. « C’est stimulant d’être dans une entreprise en croissance. Je suis prêt pour le défi », note-t-il.

Voici la liste des huit autres lauréats dans le reste du pays.

  • Cory Poggemoeller – Propriétaire, Richwood Fencing, Enderby, C.-B.
  • Craig Reid – Propriétaire, Northwesy Forest Resources Ltd., Deer Lake, T-N.

  • Domenico Iannidinardo – Forestier en chef et vice-président du développement durable, TimberWest, Nanaimo, C.-B.
  • Kris Heideman – Vice-président, Heideman Forest Services, Eganville, Ont.

  • Harpal Aulakh – Millwright, West Fraser, Quesnel, C.-B.

  • Jason Rouillard – Entrepreneur forestier, Jason Rouillard Logging Ltd., Thunder Bay, ON

  • Mark Ross – Co-propriétaire, M&R Ross Logging, Pictou County, N.-É.
  • Tony Madia – Vice-président au développement corporatif, Conifex Timber, Vancouver, C.-B. 


 

 


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