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Un gros producteur de biomasse

Déchiqueter les rémanents, une activité de longue date pour Acadian Timber du Nouveau-Brunswick.


14 mars 2013
Par Bill Tice

Sujets
Boyd B. Harding de Plaster Rock utilise quatre déchiqueteuses Morbark pour traiter les rémanents empilés de façon bien ordonnée.

La biomasse est souvent considérée comme une source nouvelle et innovatrice de production d’énergie mais, pour la compagnie Acadian Timber, il y a plus de deux décennies que cette activité constitue une large part des affaires.

« Nous avons en fait commencé à fournir de la biomasse dans le cadre d’un programme de récupération de résidus en 1989 », explique Normand Haché, dans son bureau de Plaster Rock au Nouveau-Brunswick. M. Haché, un forestier professionnel, est directeur pour la compagnie Acadian Timber qui s’occupe de tous les aspects reliés à l’aménagement forestier, depuis la culture des semis jusqu’à la récolte des billes et la livraison de fibres ligneuses. « Ce premier projet était pour une compagnie de l’État du Maine qui cherchait à garantir son approvisionnement en biomasse, ajoute M. Haché. Ce contrat nous procurait une source de travail stable et local, puisque la compagnie américaine était située juste à quelque 70 kilomètres de nos installations du Nouveau-Brunswick. Cela s’est avéré être un marché important pour un produit inutilisé auparavant. »

À cette époque, Normand Haché et ses compagnons de travail faisaient partie du groupe affecté à l’exploitation forestière au sein de la compagnie Fraser Papers. Ils s’occupaient alors de tout ce qui concernait l’approvisionnement en fibres pour cette compagnie de sciage et de pâte et papiers. Après la réussite du projet du Maine, une autre expérience vint s’ajouter à leur expertise au milieu des années 90 quand Fraser Papers installa une centrale d’électricité de 45 MW alimentée en biomasse à son usine de pâte et papiers d’Edmundston. Dès lors, souligne M. Haché, on n’est plus jamais revenu en arrière.

La création d’Acadian Timber
Les choses changèrent en janvier 2006 lorsque Normand Haché, les employés et les équipes affectés à l’exploitation
forestière chez Fraser Papers furent intégrés à Brookfield Asset Management Inc., une société générale d’administration centrée sur la propriété, l’énergie renouvelable et les infrastructures. La société Brookfield Asset Management, qui gère des actifs de plus de 100 milliards de dollars, contrôle maintenant plus de 50 % d’Acadian Timber Corp. et détient une participation majoritaire dans les compagnies Longview Timber, Fraser Papers et British Columbia’s Island Timberlands.

Bien que la propriété ait changé de mains et que le nom soit devenu Acadian Timber, Normand Haché affirme que son mandat, de même que celui de ses acolytes, demeure sensiblement le même : continuer à fournir des billes et d’autres fibres, dont la biomasse, à plus de cent clients situés principalement au Nouveau-Brunswick, dans le Maine et au Québec.

Aujourd’hui Acadian Timber est à l’œuvre sur plusieurs sites du Nouveau-Brunswick et du Maine. La compagnie est l’une des plus importantes dans la région en termes d’opérations forestières. Elle possède en propre presque 450 000 hectares (1.1 million d’acres), composés à 92 % de forêts productives. « Nous avons 310 000 hectares (765 000 acres) ici au Nouveau-Brunswick et 126 000 hectares (311 000 acres) de l’autre côté de la frontière, affirme Normand Haché. Nous gérons également 532 000 hectares (1.3 million d’acres) sur les terres de la Couronne au Nouveau-Brunswick. »

Intégration des activités
La production de biomasse s’accorde bien au modèle d’affaire d’Acadian Timber puisque la compagnie peut l’intégrer à sa planification et aux opérations tant à long terme qu’au quotidien. « C’est le gros bon sens », admet M. Haché, parce qu’avec un peu de travail additionnel au cours des étapes de pla-nification et de récolte d’un bloc, la compagnie peut utiliser presque 100 % des tiges du bloc. Cela crée des synergies entre tous ceux qui sont concernés.

« En fait, notre plan d’exploitation est à la base de tout ce que nous faisons, explique-t-il. Nous planifions au moins un an à l’avance et nous savons où nous allons et ce que nous ferons. Quand nous arrivons sur le bloc de coupe et commençons à travailler, c’est l’opérateur de l’ébrancheuse qui prend les décisions. Il décide si une tige est bonne pour le sciage ou le déroulage, ou encore pour la pulpe ou la biomasse. Il sépare les billes selon différents triages et quand il les ébranche et les tronçonne, il fait un empilement distinct pour les houppiers et les branches puisque ceux-ci serviront au programme de récupération des rémanents. »

La majeure partie de la coupe et de l’extraction de la biomasse est exécutée par des sous-traitants au moyen d’abatteuses-groupeuses et de débusqueuses à grappin. « Il en est ainsi pour 85 % des blocs que nous exploitons, précise M. Haché. Environ 10 % est récolté à l’aide de multifonctionnelles et de transporteurs tandis que le reste est abattu manuellement et transporté par un système de téléphérage de TLD Gauthier de Saint-Gilbert. Le téléphérage par câble est principalement employé dans les zones tampons. »

Au total, Acadian Timber travaille avec neuf entrepreneurs en abattage, mais seulement quatre d’entre eux manipulent les rémanents, et parmi ces quatre derniers, d’ajouter M. Haché, deux font à la fois une récolte traditionnelle et l’extraction de la biomasse. En tenant compte de ses propres opérations forestières au Nouveau-Brunswick et de celles réalisées dans le Maine, Acadian Timber maintient depuis longtemps une production annuelle de 928 000 mètres cubes, soit grosso modo 651 000 m3 du côté canadien et 227 000 m3 du côté américain. La compagnie dispose également d’une possibilité annuelle de coupe sur les terres de la Couronne de la province de 1.1 million m3, parmi lesquels 650 000 m3 sont récoltés par des sous-traitants alors que le reste est récolté directement par Acadian Timber. En ce qui a trait à la biomasse, Normand Haché rapporte que la compagnie produit en moyenne, depuis plus de cinq ans, environ 350 000 tonnes par année, faisant de celle-ci un des plus importants fournisseurs de cette matière dans la région.

Le plus gros entrepreneur
Boyd B. Harding, une entreprise d’abattage et de transport de Plaster Rock, est le plus gros entrepreneur engagé par Acadian Timber pour la récolte de tiges et de biomasse. « Nous travaillons aux opérations de coupe, de déchiquetage et de transport sur les chantiers d’abattage traditionnel et de collecte de biomasse, affirme Darren Burgoyne, responsable du camionnage et administrateur chez Boyd B. Harding. L’entreprise qui est en affaire depuis quelque 35 ans, embauche aujourd’hui plus de 80 personnes à l’année et elle garde sept équipes sur une base régulière, trois d’entre elles pour manipuler les billes qui seront dirigées vers les scieries, les usines de panneaux et les usines à pâte alors que les quatre autres équipes s’occupent de l’extraction et de la transformation des rémanents. Darren Burgoyne qui a grandi à Plaster Rock et qui travaille pour l’entrepreneur depuis 23 ans, admet que Acadian Timber est, et de loin, leur plus gros client. À sa demande, l’entrepreneur récolte de façon générale environ 200 000 m3 par an de billes tronçonnées et, l’an dernier, il a produit près de 240 000 tonnes de biomasse.

Le parc d’équipements de Boyd B. Harding est assez bien garni. Il comprend notamment : quatre déchiqueteuses d’arbres entiers Morbark de 30 po; une abatteuse Tigercat 822 et deux abatteuses Tigercat 860; quatre porteurs Caterpillar 322, chacun équipé d’une tête d’ébranchage Denharco; et 16 débusqueuses, dont une Tigercat E620C, le reste étant des Caterpillar de modèles 524, 535 et 545. « Deux débusqueuses travaillent avec chacune des ébrancheuses, et chaque site dispose d’au moins d’une débusqueuse de rechange au cas où surviendrait un bris, explique M. Burgoyne. Nous pouvons ainsi maintenir notre niveau de productivité. »

Le chargement des billes est entièrement confié à des sous-traitants. Quant aux copeaux, les déchiqueteuses Morbark les déversent directement dans les remorques en attente. Une débusqueuse Caterpillar est affectée à chaque déchiqueteuse afin de placer les matériaux à la portée du grappin de la machine.

L’entrepreneur s’occupe de la cueillette de la biomasse avec Acadian Timber depuis le début de cette activité en 1989, de préciser M. Burgoyne, si bien qu’ils ont mis au point une méthode de travail qui fonctionne bien en termes d’efficacité et de productivité. « Nous examinons à quelle distance sera la déchiqueteuse et nous connaissons les délais de rotation des camions entre les chantiers et les points de livraison, poursuit-il, alors nous nous assurons que nous aurons assez de camions qui arriverons au bon moment sur chaque site. Nous ne voulons pas qu’un camion reste en attente en bordure de chemin et nous ne voulons pas non plus qu’une déchiqueteuse soit arrêtée parce qu’elle n’a pas de remorque disponible pour ses copeaux. Notre objectif est d’au moins 10 chargements par jour pour chacun des sites de déchiquetage et plusieurs fois nous arrivons à faire plus. »

Des petits trucs
Au fil des ans, l’entrepreneur a développé des petits trucs afin d’aider les équipes affectées à la biomasse à accroître leur production, de confier M. Burgoyne. « Ce sont juste de petites choses. En hiver, par exemple, nous changeons l’angle des couteaux de la déchiqueteuse, ce qui les fait durer plus longtemps entre les remplacements. Nous plaçons aussi la machine en angle, dans cette position, on réduit les déplacements. Quand nous sortons de la forêt, nous travaillons toujours du côté droit pour que les opérations s’accordent bien. De plus, nous nous assurons que les empilements de branches soient bien ordonnés pour réduire les enchevêtrements. Si nous réussissons à économiser quelques secondes à chaque chargement de grappin de la déchiqueteuse, cela résulte en un bon gain de temps et de productivité au fil d’une journée. Notre objectif est d’obtenir un chargement de camion aux trente minutes. »

La sécurité est une préoccupation constante et sur ce point, de noter M. Burgoyne, on a mis au point une méthode maison pour composer de façon sécuritaire et efficace avec un problème auquel plusieurs producteurs font face : les tiges en forme de Y. « Nous avons soudé une plaque d’acier sur le coté de nos déchiqueteuses ainsi, lorsque l’opérateur pige un arbre en Y, il n’a qu’à le glisser sous la pièce d’acier et le tirer pour qu’il se brise. Il n’a pas à sortir de la cabine avec sa scie à chaîne, c’est non seulement plus sécuritaire, c’est aussi plus rapide. »

Les défis du camionnage
Le poids des camions est un défi majeur, selon M. Burgoyne, particulièrement pour les poids lourds qui doivent traverser la frontière. « Si le camion est trop lourd, on nous refuse le passage aux États-Unis, dit-il. Nous avons recours à des remorques légères fabriquées par Manac, et tous nos camions sont équipés de suspension pneumatique et d’indicateurs qui donnent aux conducteurs une bonne idée de leur charge. »

Darren Burgoyne connaît bien le domaine du camionnage puisqu’il a été lui-même conducteur pour Boyd B. Harding pendant cinq ans avant d’assumer des tâches de gestionnaire; de plus l’entreprise possède aussi la compagnie Tobique Western Star qui agit à titre de concessionnaire pour le manufacturier de camions dans le nord-ouest du Nouveau-Brunswick. L’entreprise mise également sur la technologie car elle a équipé chacun de ses camions, même ceux pour le transport de copeaux, d’appareils GPS qui enregistrent la vitesse, les arrêts et les trajets. « Nous l’appelons ‘la boîte noire’.

Elle me fournit chaque lundi un imprimé qui indique exactement ce que chaque camion a fait au cours de la semaine précédente. Si je remarque dans cet enregistrement qu’un camion a attendu en bordure de route pendant une heure et demie, je peux en demander la raison. Même en ce qui a trait à la vitesse, le chemin que le camion a parcouru sera imprimé d’un couleur différente si la limite a été dépassée. Ces appareils fabriqués par Shadow Tracker, nous coûtent environ 700 $ par véhicule, auxquels il faut ajouter un autre 1500 $ pour l’unité de base. Selon moi, poursuit M. Burgoyne, l’amortissement a été rapide et cela en valait l’investissement. »

Pour Acadian Timber, la récolte de la biomasse est devenue un des piliers pour les affaires de la compagnie et des entrepreneurs tel Boyd B. Harding contribuent à la circulation des fibres. « Développer et faire croître l’industrie de la biomasse a été une bonne affaire pour nous, pour nos clients et pour nos entrepreneurs, résume Normand Haché. Nous sommes capables de prendre une matière qui aurait été brûlée 25 ans plus tôt et de l’exploiter de façon viable et profitable pour chacun et pour l’environnement, en nous permettant d’utiliser presque entièrement la fibre que nous abattons. »