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Transformation du bois : 20 fois moins d’accidents depuis 20 ans


11 novembre 2020
Par Guillaume Roy


Sujets

Mine de rien, une révolution a eu lieu dans les usines de sciage et de pâte et papier de la province au cours des 20 dernières années. L’automatisation a bien sûr joué un rôle important, mais le leadership des dirigeants a fait en sorte que la sécurité des travailleurs est désormais la priorité. Au lieu de voir le nombre de planches produites sur les murs des usines, c’est désormais le nombre d’heures sans accident qui fait office de réussite.

Si vous avez visité une scierie ou une usine de pâte et papier au cours des dernières années, vous avez sûrement remarqué que tout le monde se stationne de reculons. « Quand tu conduis pendant un certain temps, tes réflexes sont aiguisés et il est facile d’éviter un accident en se stationnant de reculons », explique Sylvain Goulet, le directeur général des opérations forestières pour le Lac-Saint-Jean et la Mauricie de Produits forestiers Résolu (PFR). Quand vient le temps de partir, le conducteur a alors une bonne vision sur le stationnement, sur les piétons et sur les véhicules qui circulent, ce qui évite de nombreux accidents.

Chez PFR, le stationnement obligatoire de reculons a été mis en place il y a environ huit ans. « On a mis en place ce système-là, parce que plusieurs accidents ont été évités de justesse », explique Paul Falardeau, directeur de l’usine de pâte et papiers d’Alma. Les employés ont rapidement adopté la technique, au travail comme à la maison, dit-il.

Cette transformation a été propulsée par l’engagement de la haute direction de Résolu pour une sécurité accrue, estime Pascal Rousseau, directeur de la prévention chez Prévibois, une association qui fait la promotion de la santé et sécurité au travail dans les industries de la forêt, des pâtes et papiers et de la transformation du bois. « Quand Résolu a pris le virage, toute l’industrie a embarqué », dit-il.

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« Nous priorisons toujours la sécurité de nos employés, a souligné Yves Laflamme, le président et chef de la direction de Résolu. La création d’un milieu de travail sans blessure, c’est l’affaire de tous. »

Tout a changé quand AbitibiBowater est devenu Produits forestiers Résolu, estime pour sa part Paul Falardeau, lorsque la haute direction a mis la sécurité comme étant la priorité. Au cours de sa carrière, qui a commencé en 1997 chez Résolu, ce dernier a vu plusieurs « histoires d’horreur » dont une chute de 36 pieds, des brûlures importantes et des bouts de doigts arrachés pour ne nommer que ceux-là. « On ne veut pas d’accident comme ça », dit-il.

Au cours des deux dernières décennies, le nombre d’accidents ne cesse de chuter. Par exemple, on comptait en moyenne plus de 26 accidents par année à l’usine de La Doré entre 1997 et 2004. Au cours des dernières années, il y a moins d’un accident par année et l’usine a même atteint un seuil de 1 250 000 heures sans blessures en 2019.

À Alma, l’usine approche le million d’heures sans accident, sur une période d’un peu plus de deux ans. « Ça serait la deuxième fois que l’on atteint le million d’heure sans accident », note le directeur.

Un virage payant

La prévention des accidents a des avantages indéniables sur la santé des employés, mais ça représente aussi des économies pour les employeurs. D’une part, la main-d’œuvre qualifiée vaut très cher, « et il faut la dorloter », estime Pascal Rousseau. Mais la prime d’assurance payée à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité (CNESST), est aussi calculée en fonction du nombre et de la gravité des accidents. La baisse du nombre d’accidents se reflète donc dans la baisse des primes d’assurances, qui passeront de 5,60 $ à 4,56 $ par tranche de 100 $ de salaire, entre 2020 et 2021, une différence de 18 %.

« Avant, les usines affichaient le nombre de pmp qui étaient produits chaque jour, alors qu’aujourd’hui, c’est le nombre de journées sans accident qui est à l’honneur, faisant la fierté des employés et des gestionnaires », remarque Pascal Rousseau.

2,5 M$ de bonus à la collectivité

Pour chaque tranche de 250 000 heures de travail sans accident, Produits forestiers Résolu remet un Prix du conseil d’administration pour la sécurité, soit 5000 $ pour une cause choisie par les employés. Par exemple, l’usine d’Alma a versé 15 000 $ (lors de l’atteinte de 750 000 heures sans accident) pour remplir les sacs d’écoles d’enfants dans le besoin, alors que Résolu a fait l’achat des sacs à dos. Au cours des 10 dernières années, PFR a ainsi remis 2,5 M$ à des organismes de charité ou à des causes supportées par les employés.