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Sylviculture révolutionnaire

La conciliation des intérêts écologiques et économiques est un enjeu crucial pour l'exploitation forestière.


19 mars 2015
Par Université du Québec à Rimouski

Sujets

La conciliation des intérêts écologiques et économiques est un enjeu crucial pour l’exploitation forestière. Le biologiste Laurent Gagné a développé une méthode de sylviculture axée sur une conversion structurale des forêts permettant, d’une part, une régénération efficace de la ressource et, d’autre part, une rentabilité intéressante pour l’industrie forestière. Regard sur une approche appelée à modifier la sylviculture comme on la connaît au Québec.

Laurent Gagné est candidat au doctorat en sciences de l’environnement. Depuis 2008, il consacre ses recherches à la conversion structurale de la forêt bas-laurentienne. Son intérêt pour ce sujet fait écho à une vague de reboisement qui a eu lieu dans les années 1970 et 1980 à la suite d’une importante épidémie de tordeuse des bourgeons de l’épinette. Ayant généré beaucoup de coupes de récupération, cette épidémie a nécessité le reboisement de dizaines de milliers d’hectares de superficies dans la région et plusieurs centaines de milliers ailleurs au Québec.

Les conséquences de ces coupes sur la structure des forêts intéressent particulièrement le chercheur de l’UQAR. « Cette vague de reboisement a eu comme impact de rajeunir la forêt, et ce, tant au Bas-Saint-Laurent que dans d’autres régions du Québec. En l’espace de quelques décennies, nous sommes passés de forêts mûres et surannées, dont la structure complexe présente une bonne variété d’arbres, à des forêts de diversité réduite dont l’âge moyen est de moins de 50 ans. Or, ces forêts ne présentent pas une structure complexe – elles sont davantage uniformes. L’enjeu est donc de recréer la complexité qu’on retrouvait dans les forêts d’origine. Et c’est un défi majeur pour le Bas-Saint-Laurent, car ce sont des dizaines de milliers d’hectares de forêt qui présentent une structure simplifiée. »

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La thèse de doctorat de M. Gagné porte sur la conversion structurale des forêts par le biais de la sylviculture. Une pratique qui a des racines en Europe, mais qui est méconnue au Québec. « Mes recherches visent à intégrer des éléments de vieilles forêts lors des travaux sylvicoles. L’idée, c’est de passer d’une forêt équienne – une forêt dont les arbres ont le même âge et la même hauteur – à une forêt inéquienne, soit une forêt irrégulière qui se rapproche d’un état naturel. Les forêts inéquiennes ont pour avantage de produire du bois de meilleure qualité et de plus grande diversité d’essences », explique-t-il.

Cette stratégie sylvicole développée par M. Gagné est nouvelle dans l’Est du Canada, observe le cotitulaire de la Chaire de recherche sur la forêt habitée (CRFH), le professeur Luc Sirois. « À mon avis, il s’agit d’une méthode révolutionnaire qui allie des éléments à la fois écologiques, économiques et sociaux lors de la coupe de bois. Il ne faut pas oublier qu’à la base, la sylviculture sert des intérêts économiques. Or, les travaux de recherche de M. Gagné démontrent qu’il est possible de tirer profit des ressources forestières tout en prévoyant leur régénération lors des travaux de sylviculture. » Effectués sous la direction du professeur Sirois et la codirection de Luc Lavoie, de la Conférence régionale des éluEs du Bas-Saint-Laurent (CRÉBSL), les travaux du candidat au doctorat en sciences de l’environnement s’inscrivent dans la programmation scientifique de la CRFH.

C’est en effectuant des coupes partielles que le doctorant a pu démontrer l’efficacité de sa méthode de conversion structurale pour constituer un peuplement irrégulier. « On prélève des arbres en dégageant des arbres-élites répartis de façon non uniforme afin de permettre aux arbres qui demeurent debout, soit les tiges résiduelles, d’avoir une meilleure croissance. Ainsi, ils ont plus d’espace pour croître et ils poussent plus vite, offrant des billes de plus grande valeur pour le bois d’œuvre. Lors de ces coupes partielles, nous procédons par petites trouées, ce qui offre notamment des avantages pour la faune, et nous effectuons du reboisement afin de diversifier les essences d’arbres qui vont pousser dans ces trouées. »

Des forêts de la Pourvoirie Le Chasseur, de la ZEC du Bas-Saint-Laurent, du Territoire non organisé du Bas-Saint-Laurent (près de Saint-Tharcisius) et de la ZEC Casault ont servi de laboratoire pour les travaux de Laurent Gagné. « Nous avions deux dispositifs dans des peuplements qui ont pour origine des plantations d’épinettes blanches et deux autres dans des peuplements d’origine naturelle dominés par le sapin baumier », précise-t-il. Les recherches ont été menées de 2008 à 2012.

Titulaire d’une maîtrise en sciences forestières, Laurent Gagné a été embauché par la CRÉBSL, en 2012, comme coordonnateur du Chantier d’éclaircie commerciale dans la région. Ses recherches doctorales ont une influence directe sur son travail. « Nous sommes partis des résultats de mon doctorat afin de refaire des tests en procédant à une récolte mécanisée. Les recherches effectuées de 2012 à 2014 au Lac du Castor et au Lac Côté, sur la Réserve faunique de Rimouski, ont donné des résultats encore plus intéressants, notamment sur le plan du coût de récolte qui est plus faible dans ce type d’éclaircie par dégagement d’arbres-élites. »

Les travaux de recherche de Laurent Gagné intéressent particulièrement le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. D’autres expériences seront menées dans les prochains mois dans la forêt bas-laurentienne. « Nous allons procéder à ce type d’intervention d’éclaircie par arbres-élites sur l’équivalent de 10 à 20 % de tous les travaux en éclaircie commerciale. Nous sommes également en pourparlers avec des propriétaires de boisés privés, qui sont justement à la recherche de ce type d’intervention qui répond aux certifications environnementales du Forest Stewardship Council », conclut le chercheur, coordonnateur du Chantier d’éclaircie commerciale dans la région. C’est dans le courant de l’année 2016 que M. Gagné prévoit déposer sa thèse de doctorat en sciences de l’environnement.


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