Opérations Forestières

Nouvelles de l’industrie
Sujets chauds au congrès du CIFQ

Perspectives sur la promotion de la forêt, sur les marchés et sur le conflit du bois d’oeuvre


6 juin 2017
Par Guillaume Roy

Un mouvement de promotion de la forêt sans précédent, des perspectives sur les marchés, un bilan des négociations sur le bois d’œuvre. Le Congrès du Conseil de l’industrie forestière du Québec a fait le point sur les questions de l’heure dans l’industrie.

Lancement de la campagne « Une forêt de possibilités »
Après des décennies dans l’ombre, le secteur forestier entame une importante campagne de promotion et d’éducation dénommée « Une forêt de possibilités ». D’une durée de trois ans, cette campagne de 4,2 M$ (dont 2,7 M$ de Québec, et 1,35 M$ du CIFQ), propulsée par 46 partenaires en lien avec l’industrie forestière, est destinée à créer un sentiment de fierté et à mettre pleinement en valeur le riche éventail d’opportunités de développement offert par l’ensemble du secteur forestier québécois.

Il était grand temps de travailler sur les perceptions de la population, car la pente à remonter est abrupte. Un sondage réalisé auprès de 1000 personnes avant la création de la campagne démontrait de 55 % des Québécois croient que le Québec connaît un problème de déforestation (terme qui signifie que l’on transforme la forêt pour une autre vocation, comme l’agriculture ou le développement urbain). Le taux de déforestation est pourtant nul en forêt publique ! Et ce n’est que la pointe de l’iceberg, car plusieurs autres statistiques démontraient à quel point les québécois connaissent mal la gestion de la forêt.

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Avec l’aide l’agence de création Les Évadés, le Collectif pour une forêt durable a mis sur pied un projet de trois ans pour toucher le grand public, la main d’œuvre et la relève forestière et les influenceurs d’opinion. Dans un premier temps ce printemps, la campagne se fera exclusivement en ligne avant d’aller à la télévision cet automne. En plus d’un site web éducatif, plusieurs capsules vidéos ont été créées pour déboulonner des mythes en lien avec la gestion de la forêt québécoise. Ces vidéos seront relayés sur les réseaux sociaux (Facebook et Instagram) et sur plusieurs plateformes (comme Météomédia par exemple) pour amorcer un dialogue sur les questions de la déforestation, l’avenir du secteur forestier, la gestion de la forêt ou encore sur le rôle du bois pour la lutte aux changements climatiques.

Un espace partenaire a aussi été créé pour faire rayonner la campagne. Si l’avenir de la forêt vous intéresse, les promoteurs vous invitent à vous inscrire à l’infolettre sur le site www.uneforetdepossibilites.com, d’aimer la page Facebook et de faire la demande de la boite à outils pour faire la promotion de cette initiative.

Des taxes injustifiées et des prix record en 2020
« Si les producteurs canadiens étaient subventionnés par l’état, ça implique qu’ils feraient de très grosses marges bénéficiaires, mais ce n’est pas le cas », note Russel Taylor, président de l‘International Wood Markets Group, une entreprise qui fait des analyses sur les marchés du bois. Les marges sont plutôt à l’avantage des Américains, particulièrement dans le Sud, ou elles (EBITDA) atteignent 30 %. Pendant ce temps, les marges dans l’est du Canada atteignent 10 à 15 %… sans les droits compensatoires.

Pourquoi les Américains ont-ils fait une plainte contre les producteurs canadiens alors ? « Parce qu’ils le peuvent », a soutenu simplement M. Taylor  lors du congrès du Conseil de l’industrie forestière du Québec, le 18 mai. Cette stratégie réduira l’offre de bois sur le marché et fera augmenter les prix, ajoute l’expert.

Après avoir prévu une réduction de la production d’un milliard de pmp, Russel Taylor prévoir maintenant que les producteurs de l’est du Canada réduiront la production de 300 à 500 millions de pmp. Cette baisse se fera principalement par la réduction des quarts de travail plutôt que des fermetures, croit l’expert. « Les entreprises les plus touchées seront celles qui possèdent des vieilles scieries désuètes et les petits joueurs indépendants », dit-il.

Et c’est 2018 qui sera l’année la plus difficile, car les droits compensatoires et les droits antidumping seront alors fixés et ils s’additionneront. (Pour 2017, les droits compensatoires disparaitront en septembre, laissant la place aux droits antidumping seulement, jusqu’en janvier 2018). En 2019, les États-Unis manqueront de bois, les prix monteront et les importations en provenance de l’Europe aussi. Ces prix à la hausse permettront alors aux producteurs de l’Est, marginalisés, de renouer avec les profits.  « Les marchés seront encore meilleurs en 2020 lorsque les prix atteindront des sommets », conclut Russel Taylor, en ajoutant que les États-Unis ne peuvent fournir complètement leur propre marché.

Négociations corsées
La nomination de Robert Lighthizer comme représentant au Commerce a été confirmée par le Sénat au début du mois de mai, ouvrant une fenêtre d’opportunité pour en venir à une entente sur le bois d’œuvre, estime Raymond Chrétien, négociateur en chef pour le Québec dans le dossier du bois d’œuvre.

La raison : Lighthizer a affirmé qu’il souhaitait régler le dossier du bois d’œuvre avant le début des pourparlers sur l’ALENA, qui commencera dans 90 jours (vers la fin août). « Comme la modernisation de ALENA, qui est une des plus grandes priorités de Donald Trump, pourra difficilement se faire sans que le dossier du bois d’œuvre soit réglé, peut-être qu’une petite ouverture vient de s’ouvrir. Mais il va falloir qu’il y ait un signal qui vienne d’en haut, parce que l’industrie n’y est pas », soutient l’ancien ambassadeur.

Étant donné que le président Trump a connu plusieurs échecs depuis son élection, il pourrait réaliser un modeste succès en réglant le dossier du bois d’œuvre. « J’ai toujours eu l’impression qu’il va se réveiller un matin, car c’est comme ça qu’il travaille, et qu’il dise à Lighthizer : « Fais-moi donc un deal de façon à ce qu’on puisse commencer l’ALENA » ». Autrement, il existe peu de pistes de règlement au conflit.

Et oubliez les demandes de faire reconnaître le nouveau régime forestier du Québec, ajoute le négociateur. Les Américains veulent avoir une entente globale où les producteurs canadiens auront accès à une part du marché américain. Pas question de faire du cas par cas selon les provinces. « On doit utiliser toutes les occasions pour faire comprendre le nouveau régime forestier du Québec, sans toutefois se faire trop d’illusions. Mais c’est à Ottawa à mettre de l’avant lors des négociations », explique Raymond Chrétien.

Lors des dernières négociations formelles, en décembre 2016, les Américains souhaitaient contraindre les producteurs canadiens à un quota de 22 à 26 %. À ce moment, le Canada a indiqué qu’une part de marché de 31 % serait convenable (il était de 34 % lors de l’accord de 2006), mais qu’il ne pouvait pas accepter un système de quotas. Les négociations sont au point mort depuis.

Les décisions finales sur les droits compensateurs et sur les droits antidumping ne seront connues qu’en novembre 2017. C’est à ce moment où l’industrie pourra intenter des recours contre les mesures américaines auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) au auprès de l’ALENA. Certains producteurs pourront aussi demander une révision administrative au Département du commerce américain.