Peuplier d’ingénierie 

Quatre ans après avoir fait renaître de ses cendres l’ancienne usine Temlam d’Amos, Forex est bien en selle avec ses deux usines de production de panneaux LVL et plus récemment, de panneaux OSB, conçu avec du peuplier.
Émélie Rivard-Boudreau
Juin 13, 2019
Écrit par Émélie Rivard-Boudreau
Après avoir installé des chargeuses électriques dans plusieurs usines de panneaux, Tanguay Machinerie souhaite maintenant lancé une offensive dans les scieries.
Après avoir installé des chargeuses électriques dans plusieurs usines de panneaux, Tanguay Machinerie souhaite maintenant lancé une offensive dans les scieries.
Au-delà de la vente de ses produits, l’entreprise se plaît à dire qu’elle « ne fait pas comme le reste de l’industrie », tant par sa relation avec ses employés, que par ses projets d’innovation.

La dernière année aura été marquante pour l’usine Forex d’Amos. En avril 2018, son équipe aura produit son tout premier panneau d’OSB et six mois plus tard, en octobre, une première livraison de 50 mètres cubes de panneaux OSB se dirigeait vers Neapean, en Ontario. Tout n’est cependant pas encore au point – même pour les panneaux LVL livrés depuis plus de deux ans. « Pour le LVL, on connaît nos point à améliorer, mais grosso-modo, c’est rodé. Pour l’OSB, on est toujours en pré-production. On n’a pas la cadence prévue au plan d’affaire, en pleine opération », résume la directrice des ressources humaines, de la santé et de la sécurité au travail et des relations avec le milieu de l’usine, Maryse Thibault.

Avec LVL Global à Ville-Marie et une autre usine américaine, Forex est l’une des rares usines qui produit ses panneaux LVL avec du peuplier. Cela lui a valu plusieurs défis techniques pour le séchage, l’encollage et le pressage qui se font différemment qu’avec les résineux. La qualité et la beauté du produit n’en est pas affecté pour autant croit le directeur de l’usine, Joanic Cossette. « Je pense qu’on a le plus beau ! », vante-t-il sans vouloir en dévoiler plus sur les recettes, qui demeurent très secrètes sur le marché.

Actuellement, l’usine opère à un rythme d’environ 20 000 mètres cube par année. Avec la qualité de forêt actuelle, si le marché le permettait, Forex pourrait se rendre à une capacité forestière de 56 000 mètres cube. « Si j’étais capable de les vendre ce matin, je les ferais tous », affirme avec ambition Joanic Cossette, qui, actuellement, est alimenté par 60 % de forêt publique et 40 % de forêt privée.

Une équipe diversifiée
Au sommet de sa production, l’usine d’Amos emploie plus de 200 employés. Ses travailleurs-euses proviennent majoritairement, d’Amos, mais aussi d’un peu partout de l’Abitibi-Témiscamingue et même de l’Outaouais. Depuis décembre dernier, l’entreprise a mis en pause une vingtaine de travailleurs pour l’arrêt partiel de sa chaîne de production de LVL. « Il y a moins de demandes à cette période-là de l’année alors on finit de transformer ce que l’on a déjà en stock », explique Joanic Cossette. Le LVL de Forex, utilisé dans l’industrie de la construction, est vendu à parts égales entre le Canada et les États-Unis.

Maryse Thibault est particulièrement fière de la proportion de femmes embauchées dans son équipe. « La dernière fois que j’avais fait l’exercice, j’avais 25 % de femmes 75 % d’hommes. Et pas seulement dans les bureaux. Partout. Et cette donnée était encore actuelle malgré la fermeture temporaire. Dans le monde forestier, c’est exceptionnel », estime-t-elle. Pour retenir le maximum de personnel, Forex a également accommodé des retraités qui étaient disponibles seulement quelques jours par semaine et s’est impliqué dans un programme de formation pour engager des Autochtones.

En fait, en matière de ressources humaines, l’entreprise veut faire de l’entraide et l’ouverture d’esprit sa marque de commerce. L’usine a besoin de ménage ? Balais à la main, tout le monde peut être appelé à s’impliquer, même le patron et les employés de bureau. Il faut choisir le design de l’emballage des produits ? Toute l’équipe y met son grain de sel. Maryse Thibault est même déjà jusqu’à accompagner un membre du personnel à un rendez-vous médical pour le mettre en arrêt de travail. « Quand quelqu’un est dans la m… on va l’aider », raconte-t-elle.



Un complexe unique
C’est un complexe unique au monde que veut développer Forex, qui compte utiliser au maximum la ressource forestière, ainsi que ses résidus. « Si on est capable de déchiqueter comme il faut les rejets de LVL, on va pouvoir les intégrer parfaitement dans les panneaux OSB », explique Maryse Thibault. « Avec une bille complète de tremble qui rentre ici à l’usine, on utilise environ 30 % pour dérouler. De cette proportion-là, uniquement 7 % est transformé en produit fini. C’est épouvantable. On génère du copeau qu’on vend, mais une fois que ça va être intégré on ne sortira plus de copeaux. Ce qui va sortir d’ici, ça va être uniquement des produits finis », envisage-t-elle. « Ça va être une première, il n’y a personne qui fait ça », renchérit son directeur Joanic Cossette.

Dans cette optique, Forex entamera des recherches à l’interne en 2019, tout en collaborant avec FPInnovations. « Il va peut-être y avoir des connaissances qu’on va développer qui vont pouvoir aider d’autres collègues dans l’industrie pour qu’on puisse trouver d’autres avenues aux fameux copeaux », cite en exemple Maryse Thibault. Car d’ici la trouvaille, l’usine vend ses résidus de peuplier à très faibles coûts au secteur des pâtes et papiers.

Réduire l’empreinte écologique
Forex tente aussi de repousser ses limites avec les manufacturiers d’équipements. Tanguay est d’ailleurs l’un de ses partenaires dans cette conquête. Déjà, l’équipementier lui a vendu sa chargeuse électrique PL 350 pour remplacer une chargeuse sur roue qui fonctionnait au diesel. Son système sur rail facilite l’alimentation des deux chaînes de production. Tanguay travaille aussi pour concevoir, spécifiquement pour Forex, une autre chargeuse électrique mobile. « On est en discussion avec eux. On veut un équipement qui est mobile, qui est électrique et qui peut opérer dans l’environnement assez hostile d’une cour à bois, où c’est bouetteux. L’objectif, c’est de diminuer la consommation de fuel », explique Joanic Cossette.

Cette sensibilité sur l’économie de gaz fait d’ailleurs partie de la stratégie d’innovation de l’entreprise qui n’utilise aucun combustible fossile dans son procédé, misant plutôt sur la biomasse forestière comme source d’énergie. Seuls les chariots élévateurs sont alimentés au propane. Dans le secteur de préparation, deux tambours séchoirs de marque Buttner, fabriqués en Allemagne avec la plus récente technologie, leur permettent aussi d’obtenir une efficacité énergétique maximale.

Un autre projet de recherche Forex pourrait avoir des conséquences fort positives sur l’empreinte écologique de l’industrie forestière. Avec la firme d’ingénierie WaterOClean, spécialisée dans le traitement de l’eau potable et des eaux usées, Forex tente de trouver un protocole qui permettrait à des bactéries de manger le phénol formé dans les bassins de trempage des bios. Dans cette eau stagnante, ce composé chimique dégage une odeur fort malodorante et pour le neutraliser, les usines se doivent de filtrer les bassins mécaniquement ou chimiquement. « Nous, on va essayer d’avoir de l’eau propre en permanence avec un traitement biologique », prévoit Joanic Cossette.

Dans le secteur de l’encollage Forex a aussi opté pour des équipements plus traditionnels. « On a un tambour mélangeur [Coil] avec une résine en poudre de type phénolique. C’est utilisé dans les usines de panneaux depuis fort longtemps, peut-être moins performant que les isocyanates, mais plus facile en termes de santé et sécurité et d’émissions atmosphériques », compare Joanic Cossette.

Un vent de fraîcheur
En utilisant des essences mal-aimées, Forex est perçue comme un vent de fraîcheur pour l’industrie forestière. Située en pleine ville, elle offre un milieu de travail accessible pour les Amossois. « Certains employés viennent travailler à pied, à vélo, en motoneige, même en canot ! », énumère Joanic Cossette. Tout ce qu’il reste maintenant à espérer pour l’homme d’affaires, c’est le maintien de ses approvisionnements promis. Tel que son père et ses oncles l’ont fait avant lui, il souhaite, pour le futur, que Forex se démarque par ses innovations et son originalité dans l’industrie.

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