Investir dans une usine flexible et ultramoderne

En investissant plus de 28 M$ dans son usine de Saint-Pamphile, Maibec possède désormais une des scieries les plus modernes dans l’Est de l’Amérique du Nord.
Guillaume Roy
Mars 30, 2017
Écrit par
Charles Tardif, vice-président approvisionnement et développement des affaires pour Maibec, estime que les nouveaux investissements permettront d’attirer de jeunes talents au sein de l’entreprise.
Charles Tardif, vice-président approvisionnement et développement des affaires pour Maibec, estime que les nouveaux investissements permettront d’attirer de jeunes talents au sein de l’entreprise.
Que feriez-vous si le marché du 2x4 s’effondrait du jour au lendemain ? Seriez-vous capable de vous adapter rapidement ? Ce scénario est bien sûr fictif, mais c’est l’idée derrière laquelle s’est dessiné le plan d’investissement de 28 millions de dollars de Maibec à son usine de Saint-Pamphile.


Tout a commencé en 2010, lorsque Maibec a réalisé un concours à l’interne pour définir où se ferait le prochain investissement majeur. Alors que plusieurs acteurs du leader du revêtement extérieur penchaient pour bâtir une nouvelle usine de lambris, le directeur général de l’usine de bois d’œuvre de St-Pamphile, Jean-Sébastien Pellletier, a préparé une étude de préfaisabilité qui permettait d’augmenter la productivité et de réduire les couts de transformation, mais aussi d’être plus agile et flexible pour s’adapter aux besoins du marché rapidement.

Après avoir visité plusieurs usines de sciage en Europe et en Amérique du Nord, le projet est peaufiné et finalement accepté par l’équipe de direction en 2012. Le plan : investir plus de 28 millions de dollars en trois phases, pour moderniser les équipements de sciage, de rabotage et de séchage.

« On n’avait rien investi dans notre usine de bois d’œuvre depuis 2003 et on avait pris de l’arrière, explique Charles Tardif, vice-président approvisionnement et développement des affaires pour Maibec. On était rendu avec une usine qui était plutôt archaïque. Si on n’investissait pas, on ne pense pas qu’on aurait passé à travers la prochaine grosse récession. »

Pour avoir plus de marge de manœuvre, Maibec s’est associé au Fonds de solidarité FTQ, qui est devenu actionnaire minoritaire en 2012. « Ce partenariat nous a permis d’accélérer la croissance et de faire les gros investissements qui étaient nécessaires », ajoute M. Tardif.

Produire sur commande, augmenter la productivité, mécaniser les opérations, améliorer le rendement matière tout en rendant l’environnement de travail plus sécuritaire ; telle était la mission de Jean-Sébastien Pelletier pour l’usine de St-Pamphile.

La première étape à réaliser : remplacer les deux vieilles lignes de sciage par une ligne USNR ultramoderne, installée en juillet 2014. « On a choisi une ligne complète avec plusieurs modules indépendants, qui nous donnent une agilité et une flexibilité complète », commente le directeur d’usine. Au menu : un scanneur au primaire, un système de rotation de bille très rapide et précis (Knuckle Turner Infeed), un canter et un profileur indépendant double, et une scie quadruple.

« À la sortie du primaire, je peux avoir quatre produits qui s’en vont à l’ébouteur, et qui peuvent avoir n’importe quelle dimension souhaitée », note Pelletier.

Lorsque le cant s’en va au secondaire, il passe d’abord dans le module de canter, dans le profileur simple et dans le Système de débitage en courbe vertical (bull vertical shape sawing - BVSS).

« L’avantage de cette débiteuse-là, c’est qu’elle a la capacité d’avoir 3 banques de scie. D’une bille à l’autre, mes scies peuvent changer de place pour faire du 5/4 ou du 2 pouces », Pelletier. Cette flexibilité peut se faire à une cadence de 23 billes par minutes pour des billes de 8 à 16 pieds, à une vitesse de pointe de 600 pieds linéaires (vitesse moyenne de 500 pieds linéaires).

Cette nouvelle ligne produit désormais davantage que les deux vieilles lignes combinées, la production passant de 31 000 à 41 000 pieds à l’heure. Au même moment, le rendement matière a diminué de 3,9 à 3,4 mètres cubes par 1000 pieds.

Si le rendement matière est parfois un outil de mesure intéressant, c’est toutefois le rendement valeur qui préoccupe davantage Jean-Sébastien. « On fait plus d’argent en produisant du 5/4 avec un rendement matière moins bon que lorsque l’on fait du bois de commodité, dit-il. C’est important de comprendre que le rendement matière varie pour chaque recette au sciage. »

Dans l’usine de sciage, l’ébouteur Autolog, installé en 2003, et le classeur Carbotech de 120 cases, installé en 1997, ont été conservés.

Investissements au rabotage
Maibec a aussi remplacé le travail de deux classeurs manuels par un classeur automatisé au rabotage, le GradExpert de Comact, en avril 2015. « Ça nous a permis d’avoir une meilleure stabilité et d’augmenter la productivité en simplifiant le procédé », explique Jérôme Poulin, l’ingénieur de procédé qui nous a fait visiter l’usine.

« On va maintenant chercher un maximum de rentabilité avec nos produits, car on a augmenté la quantité de bois de grade supérieur tout en réduisant l’éboutage », ajoute ce dernier. Résultat : le retour sur investissement a été beaucoup plus rapide que prévu.

En décembre dernier, Maibec a complété ses investissements au rabotage en installant une nouvelle raboteuse Gilbert Série S. Cet équipement, qui fonctionne à des vitesses allant jusqu’à 2000 pieds linéaires, était de taille idéale pour combler les besoins de l’usine, soutient M. Pelletier.

Pour l’instant, les investissements dans les équipements de séchage ont été reportés, car l’usine de St-Pamphile a développé de nouveaux débouchés pour des produits de bois verts à valeur ajoutée. Les cinq séchoirs Hildebrand conviennent encore aux besoins de l’entreprise.

Deux chargeuses, de Liebherr et de Sennebogen, ont aussi été achetées pour améliorer le travail dans la cour à bois. « Les deux se complètent bien, car elles n’ont pas la même capacité au niveau de la puissance », note Jérôme Poulin.



Automatisation et séduction
Avec l’automatisation de plusieurs tâches, le nombre d’employés est passé de 150 à 125 dans l’usine de St-Pamphile, mais tous les employés ont été relocalisés ailleurs au sein de l’entreprise.

En fait, Maibec est plutôt en mode séduction pour attirer de jeunes talents, car l’entreprise, qui fait une tournée dans les écoles chaque année, a embauché plus de 100 personnes au cours des deux dernières années, souligne Charles Tardif. « En tant que propriétaire, on doit s’assurer d’avoir des défis à la hauteur de nos équipes. On carbure aux projets. C’est notre façon d’intéresser les jeunes et de leur offrir des défis intéressants », dit-il.

Approvisionnement
Chaque année, Maibec doit donc trouver 500 000 mètres cubes de bois pour faire rouler l’usine de St-Pamphile. « Étant le long de la frontière, sur le marché libre, le bois coûte cher, car la compétition est très vive, souligne Charles Tardif. Nos investissements nous ont permis de faire baisser les couts, car on a maintenant un meilleur rendement matière. On cherche aussi développer des niches de produits plus spécialisés, ou on peut créer de la valeur ajoutée. »

Au fil des ans, l’entreprise prend des risques pour développer de nouveaux produits. Certains essais fonctionnent bien, et d’autres moins, comme ce fut le cas avec du bois destiné au marché des portes et des fenêtres. La diversification est toutefois une source de succès chez Maibec. Bois de charpente, bois classé mécaniquement MSR, colombage, bois de patio, bois de lambris (pour d’autres usines de Maibec), bois de dimensions variées ; au total, la scierie fabrique plus de 250 produits différents selon les paramètres de section, de longueurs et de grade de qualité.

L’avenir passe par l’intégration
« Dans 10 ou 20 ans, on ne sera plus seulement que des transformateurs primaires. Avec un panier d’approvisionnement réduit, l’avenir est dans l’intégration verticale ou horizontale », estime Charles Tardif, qui cite en exemple la Suède, ou le même phénomène se produit.

Chez Maibec, l’usine de St-Pamphile est déjà le plus gros fournisseur de lambris pour les autres usines du groupe. L’entreprise a plein d’autres idées en tête, mais avant de se lancer dans ce type d’aventure, « on va être le meilleur fournisseur pour nos clients », ajoute M. Tardif.

L’acquisition de l’usine de bois d’œuvre de Masardis, dans le Maine, à 80 km de St-Pamphile, assure aussi un meilleur approvisionnement pour le lambris. Si des synergies sont à prévoir entre les deux usines, cette acquisition est aujourd’hui d’autant plus importante que le conflit du bois d’œuvre devrait se concrétiser d’ici peu, car aucune porte de sortie ne semble disponible pour les transformateurs s’approvisionnant en forêt privée, qui étaient exemptés de la surtaxe lors de la dernière entente.

« Si les Américains imposent une taxe de 25 ou 30 %, c’est beaucoup plus que n’importe quel profit que Maibec a réussi à faire », souligne le vice-président. L’usine américaine échappera à toutes les mesures protectionnistes, mais elle permet aussi d’avoir un plus grand poids face aux instances politiques américaines, ajoute ce dernier.

Avec des installations des deux côtés de la frontière et une usine de bois d’œuvre ultramoderne 4.0, Maibec est prête à faire face à la tempête. « Avec tous les investissements que l’on a faits, on est maintenant dans le top 5 des usines dans l’est de l’Amérique du Nord », se réjouit Jean-Sébastien Pelletier, qui a été témoin de toutes les étapes de transformation depuis son arrivée dans l’usine en 1999.

Maibec en bref…
L’histoire de Maibec remonte il y a plus de 70 ans lorsque les frères Lagueux ont lancé une entreprise de courtage de bois à pâte. Dans les années 50, les frères font l’achat d’un premier moulin à St-Pamphile et ils continuent de faire l’achat de territoires forestiers.

C’est en 1969 que l’entreprise prend le nom de Maibec, de la contraction de Maine et Québec, où se trouvent les territoires d’approvisionnement. La même année, Maibec lance la première usine de bardeau à St-Pamphile.

Aujourd’hui, Maibec est le deuxième plus gros producteur de bardeau de cèdre en Amérique du Nord et un leader canadien de production de lambris de bois. L’entreprise possède trois usines de revêtement en opération (2 à St-Pamphile et une à Balmoral au Nouveau-Brunswick). Maibec, qui emploie 850 personnes au total, possède aussi deux usines de bois d’œuvre à Saint-Pamphile et à Masardis, Maine.




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