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Revitaliser les sous-produits du sciage

Scierie Joseph Audet : se diversifier en produisant un biocombustible.


25 mars 2013
Par Martine Frigon

Sujets
De fins copeaux sont produits selon une granulométrie contrôlée afin de créer le combustible

« Les industriels comme moi fonctionnent actuellement à l’usure… », affirme Charles Audet, président de Scierie Joseph Audet, située à Sainte-Rose-de-Watford au nord de St-Georges de Beauce. « On veut garder nos employés, ceux qui ont besoin de nous et qui vivent dans nos villages, mais je pense que d’ici quelques années, il ne restera peut-être plus qu’un souvenir de ce que l’industrie forestière a déjà été ! ». Charles Audet, le petit-fils de Joseph, le fondateur de l’entreprise en 1916, fait face, comme ses contemporains, à des défis que le patriarche n’aurait même pas imaginé!

Cet industriel se veut réaliste, mais il est aussi déterminé à développer de nouvelles avenues pour que son entreprise puisse avoir un avenir. Face à la diminution de la clientèle pour les produits de sciage et les composantes de meubles et, surtout, voyant la demande croissante pour un combustible tiré de la biomasse offrant une alternative aux produits pétroliers, il a décidé de revitaliser les sous-produits de son usine de sciage pour fabriquer un combustible séché à basse température selon un procédé maison. Une façon de diversifier ses opérations, mais également de se démarquer de la compétition.

L’entreprise comprend une scierie avec deux lignes de sciage ainsi qu’une usine de seconde transformation. Sa dernière innovation : la ligne de production de combustible à partir de biomasse. La scierie traite principalement du feuillu : 60 % d’érable, 20 % de merisier, le reste étant composé de plaine, de hêtre, d’un peu de chêne. Le bois est destiné aux fabricants de meubles, de moulures, d’armoires et de planchers.

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À l’entrée de la scierie, on compte un détecteur de métal et une écorceuse Nicholson A6 qui approvisionne deux chariots.

Le premier est jumelé à une ligne conçue par PHL munie d’un scanneur 3D Inovec. Le deuxième chariot d’une longueur de 36 pouces, avec le même type de scanneur permettant trois courbes, a été fabriqué par USNR. Sont également installés sur cette même ligne une refendeuse développée par S. Huot et PHL, un convoyeur vibrant de Vibrotech et une déchiqueteuse de marque USNR d’une longueur de 58 po dotée d’un détecteur de métal. Il y a environ trois ans, les dirigeants ont implanté le système de classement informatisé de la firme québécoise Exact Modus, un produit très satisfaisant selon Dave Audet, directeur de l’usine de sciage.

L’usine de seconde transformation, implantée en 1995, est alimentée essentiellement par de l’érable provenant de l’État du Maine à proximité. Connue sous le nom commercial de Précitech International, elle produit des composantes pour des clients du secteur du meuble, du plancher, des armoires de cuisine et également des pièces d’instruments de musique.

La crise financière de 2008-2009 a fortement touché l’industrie du bois et a provoqué des répercussions dans l’entreprise.

« Beaucoup de fabricants de meubles ont fermé, nous avons donc perdu amplement de clientèle ! À titre d’exemple, la capacité maximale de l’usine est de 10 millions de pmp pour un quart de travail; présentement l’usine fonctionne à 50 %, précise Charles Audet. » Plus concrètement durant les bonnes années, l’entreprise comptait une centaine d’employés; actuellement, seulement une trentaine d’entre eux sont au poste. « On les rappelle lorsqu’il y a du travail, puis on les met à pied; c’est bien dommage, de dire l’entrepreneur. »

Séchage à basse température
L’entreprise compte beaucoup sur le combustible tiré de la biomasse qu’elle a lancé sur le marché il y a environ un an. « Le procédé utilisé pour fabriquer notre biocombustible va dans le sens d’une revitalisation de nos équipements et de nos sous-produits », explique Charles Audet. Granulométrie contrôlée des sous-produits, réaffectation de bâtiments pour produire le combustible, plusieurs aménagements ont ainsi été faits pour donner une nouvelle orientation et diversifier l’entreprise.

Le territoire de vente de ce nouveau produit se situe dans rayon de 60 km de l’entreprise et l’on cible les clients des secteurs agroalimentaires, commerciaux et industriels; ce qui représente géographiquement un territoire réparti entre Montmagny et les Cantons de l’Est, en passant par la région de Québec et de la Beauce.

« Ça fait déjà quelques années que nous sommes en contact avec les serriculteurs et ils nous ont expliqué leurs besoins, ajoute-t-il. » Chez la plupart des acériculteurs, par contre, ce dernier note que leurs installations actuelles nécessitent des ajustements d’équipements pour permettre un chauffage avec ce biocombustible. « Nous travaillons à leur offrir une solution avec un partenaire éventuel. ». Il poursuit en indiquant que des pourparlers sont également en cours avec des fabricants de granules et de bûches énergétiques. « Avec nous, ils peuvent alors fabriquer des produits dits <carbone neutre>, à cause de notre procédé de séchage à basse température, ce qui demande moins d’énergie. »

« Il faut être visionnaire, sinon, on est appelé à mourir! », lance Charles Audet qui travaille dans l’entreprise familiale depuis son tout jeune âge. L’homme de 55 ans est entouré de trois jeunes gens qui font partie de son équipe de direction et qui assureront la relève. Tout d’abord il y a le cousin Dave, diplômé de l’école de foresterie de Duchesnay dans les années 80 en tant que classeur mesureur, qui participe à tous les projets de l’entreprise. Les Audet peuvent également compter sur Anne Langlois qui occupe le poste de directrice des ventes et des achats. Il y a enfin Denis Veilleux arrivé dans l’entreprise en mai 2009, il était auparavant directeur des ventes et de l’ingénierie chez René Matériaux Composites, un fabricant situé dans la Beauce. « J’ai décidé de joindre mes efforts à ceux de Charles parce que c’est un visionnaire. De plus, l’attitude de l’équipe fait en sorte que malgré un contexte très difficile dans l’industrie forestière, nous savons que nous réussirons à tirer notre épingle du jeu, dit-il. »

Si le fondateur Joseph Audet vivait encore, il trouverait que ses descendants ne voient plus l’industrie de la même façon. « Depuis 1916, la demande locale, provinciale et même celle de toute l’Amérique du Nord faisait vivre les industriels du bois. Ce n’est plus la même chose. La toile de fond de la filière du bois est de-venue trop petite et de plus en plus sélective. Innovation, recherche, développement et stratégies marketing font partie maintenant de nos préoccupations au quotidien. Le tout doit être dosé avec beaucoup de patience et d’amour dans ce que nous faisons pour durer ! », de dire Charles Audet.