Une consolidation s’impose

Les pistes de solution formulées lors du Sommet sur l’avenir du secteur forestier.
Martine Frigon
Dimanche, 16 Mars 2008
Écrit par Martine Frigon
Pour Guy Chevrette, du CIFQ, la consolidation dans l’industrie s’impose. Pour Marc Gilbert de Boisaco (à droite), il faut que les industriels fassent partie prenante des solutions avec tous les autres intervenants dans le secteur forestier québécois.
Pour Guy Chevrette, du CIFQ, la consolidation dans l’industrie s’impose. Pour Marc Gilbert de Boisaco (à droite), il faut que les industriels fassent partie prenante des solutions avec tous les autres intervenants dans le secteur forestier québécois.

Le premier sommet sur l’avenir du secteur forestier québécois s’est tenu en décembre dernier dans la Vieille Capitale, avec la participation de quelque 400 personnes. Un événement historique qui, tel que promis lors de son annonce en septembre 2006, a rassemblé tous les intervenants du secteur forestier, regroupés en 12 secteurs d’activités parmi lesquels on compte les industriels, les environnementalistes, les chercheurs, le monde municipal, les syndicats, les acteurs de l’aménagement forestier, de la forêt privée, du récréo-tourisme, de la faune et les représentants des Premières Nations.


Les participants ont terminé ce sommet par la signature d’une déclaration commune, déclaration proposant des pistes d’intervention pour relancer l’industrie. Parmi les grandes lignes, il a été convenu de doubler la valeur tirée des ressources de la forêt d’ici 25 ans, d’établir dès cette année un réseau d’aires protégées sur 8 % du territoire québécois et d’impliquer davantage les autochtones dans la gestion de la forêt. Mais avant toute chose, il se dégage plusieurs constats : le régime forestier actuel doit être redéfini et l’on doit procéder à une consolidation dans l’industrie forestière.


Au total, 16 pistes d’action ont été dégagées dans la déclaration commune, allant de l’indemnisation des travailleurs âgés à l’analyse d’autres modes de tenures en passant par la formation et l’innovation. La présence d’ailleurs des Premières Nations à titre de participant était un événement en soi. « Au départ, nous étions un peu préoccupés, mais on sent bien de l’intérêt envers nous », de dire Gilbert Dominique, chef de la communauté montagnaise de Mashteuiatsh au Lac-Saint-Jean.

Des commentaires
Les représentants de l’industrie forestière en avaient long à raconter sur le contexte actuel du marché. « Les industriels se sentent attaqués continuellement. Nous voulons être perçus comme faisant partie de la solution », a souligné Marc Gilbert de Boisaco qui exploite une scierie à Sacré-Cœur au Saguenay.


Pour Hervé Deschênes, de FPInnovation-Forintek, l'institut de recherche sur les produits du bois du Canada, il est primordial de stabiliser les entreprises existantes. « Il faut passer par une conso-lidation qui va faire mal », a-t-il avancé. Ce discours est partagé par certains industriels. « Il faut arrêter de supporter les canards boiteux », a lancé Robert Keiffer, vice-président relations publiques et affaires gouvernementales chez Commonwealth Plywood.


« Qu’on le veuille ou non, il y aura une consolidation dans l’industrie forestière, car lorsqu’il y a des ressources pour quatre, il n’y en a pas pour cinq. C’est aussi simple que ça! », a ajouté Guy Chevrette, PDG du Conseil de l’industrie forestière du Québec.


À ce sujet, le volume produit par les scieries québécoises a été questionné, notamment par Yves Laflamme, d’Abitibi-Bowater : « Avec seulement trois usines de l’Ouest canadien, on produit plus que l’ensemble des scieries du Québec ». « Les plus petites usines ont leur place, mais elles doivent être consolidées. L’État devra accepter que c’est à l’industrie de déterminer les entreprises qui demeureront et celles qui fermeront. »


Les modes de tenues, l’entretien des chemins forestiers, la gestion commune de la forêt et le coût de la fibre ont fait également partie des pourparlers. Ici, le monde municipal souhaite une plus grande participation à la gestion du territoire. L’attribution du bois par contre devra être discutée davantage. Une mise en garde s’impose selon Hervé Deschênes : « Avant de changer les modes de tenures, il faut avoir fait une étude d’impact pour savoir ce que l’on va avoir à la place. »

Les CAAF et autres modes d’attribution
Le monde de l’industrie est réfractaire à l’abolition des CAAF s’il n’y a pas démonstration des bénéfices engendrés par d’autres formes de gestion. « De nombreuses voix réclament la révision ou l’abolition des CAAF. Nous les entendons nous aussi. Nous attendons cependant toujours la démonstration des bénéfices que ces mesures apporteraient à l’ensemble du secteur forestier », a souligné Guy Chevrette.


Les industriels ne veulent pas non plus être évincés des prises de décision. « L’industrie forestière se méfie des solutions qui ont pour effet de déshabiller Pierre pour habiller Paul, de renier les droits de l’un pour donner de petits pouvoirs à d’autres », a affirmé Jean Roy, des Industries Norbor. Du même souffle, ce dernier souligne toutefois que l’industrie est ouverte à discuter de l’évolution du régime forestier : « Déjà, des bénéficiaires de CAAF utilisent des formules de gestion différentes en territoire municipalisé ou autochtone et ce, sans que leurs CAAF soient pour autant remis en question. »


Concernant ces attributions de bois, la conférence régionale des élus de l’Abitibi-Témiscamingue a présenté un rapport pour fins de discussion dans lequel deux modes de gestion et six modèles d’attribution des bois sur la forêt publique sont proposés. Plus spécifiquement, le rapport suggère le mode de gestion par volume, qui correspond à celui en vigueur avec les CAAF et les CtAF, mais également un nouveau mode : le mode de gestion par superficie.


Ce dernier mode est subdivisé en quatre modèles d’attribution : la convention d’aménagement forestier (CvAF) et la Convention d’aménagement multiressource (CvAM), toutes deux s’adressant à divers intervenants locaux et régionaux. Un troisième modèle nommé la Convention d’aménagement territoriale (Cvt) est dédié à des communautés provenant des Premières Nations et un dernier s’applique à la sylviculture intensive (Convention de sylviculture intensive, CvSI).

D’autres irritants
Par ailleurs, Charles Tardif, des Industries Maibec, s’est interrogé sur l’entretien des chemins forestiers : « Cela doit relever de tous les usagers; il faut un partage des coûts. » À ce sujet, Roger Lapointe, préfet de la MRC Antoine-Labelle, une région passablement touchée par la fermeture de scieries, a effectué des démarches auprès du MRNF pour que les crédits d’entretien des chemins forestiers soient alloués après seulement deux mois.


Gildas Minville, de Domtar, a critiqué les tâches administratives que doivent effectuer certains travailleurs. « On doit permet-tre à nos opérateurs d’utiliser leur cerveau. Ils ne font qu’une job de lecture! »

Une fibre trop coûteuse
Les coûts de la fibre étaient bien sûr au cœur des préoccupations des industriels. « Les copeaux vendus au Québec sont les plus chers au monde, de dire Guy Chevrette. Comment espérer avoir une industrie forte, dynamique et compétitive quand, par exemple, ce qui coûte en termes de redevance entre 7 $ et 10 $ par mètre cube en Ontario, en coûte entre 12 $ et 15 $ au Québec? Quand on peut se procurer des copeaux à 60 $ ou à 70 $ la tonne dans plusieurs États américains alors qu’ici la même quantité vaut 140 $ et 150 $. »


Pour Robert Kieffer de Commonwealth Plywood, le feuillu québécois présente beaucoup de perte et il avoue préférer s’approvisionner ailleurs. « Un érable du Québec a un cœur d’une grosseur énorme. C’est parfait pour le sirop d’érable, mais nous, nous approvisionnons les manufacturiers qui ont besoin de bois de qualité! Sur cinq mètres cubes, il y en a quatre de qualité pâte et un de qualité bois d’œuvre! » Il ajoute qu’il en coûte a son entreprise 170 $ pour récolter ce mètre cube de bois de feuillu et que ce coût ne devrait pas dépasser 65 $ par mètre cube, un coût supérieur, soutient-il, à celui offert en Ontario, qui varie entre 50 et 55 $ pour le merisier et 60 à 65 $ pour l’érable.


Qui dit fibre, dit aménagement et sylviculture. Pour René Babin, président de la Fédération des coopératives forestières du Québec, il faudrait davantage d’intervention à ce niveau et notamment plus d’élagage pour produire des tiges de plus gros diamètres, réduire les nœuds et récolter davantage de bois de qualité. « Présentement, nous faisons beaucoup d’éclaircies précommerciales dans des forêts d’une dizaine d’années, mais c’est trop dense pour optimiser la production de volume de bois, a-t-il expliqué. Toutefois, il faudra avant régler le problème des conditions de travail pour attirer la main-d’œuvre car plusieurs coopératives ont du mal à recruter! »

Un régime forestier à refaire
« Le statut quo n’est pas viable… Faut que ça change! Le régime forestier actuel n’existe plus. Moi, je pars avec un nouveau régime forestier », telle a été la déclaration du ministre Claude Béchard lors de son allocution en fin de sommet. Il a promis une révision du régime actuel. Dans les efforts à court terme, le ministre propose une politique visant à augmenter le volume de bois dans la construction des édifices publics.


Alban D’Amours, le président d’honneur de cet événement ainsi que le président et chef de la direction chez Desjardins, a pour sa part encouragé les entreprises à tirer avantage de la force du dollar canadien en investissant malgré la crise actuelle. « En ce moment, c'est le temps de songer à la seconde transformation. Pour y parvenir, il faut de la technologie, et avec un dollar canadien fort, il est possible de faire des achats de technologie. Il faut utiliser le dollar canadien fort comme levier. »


L’industrie forestière n’est pas morte pour les chercheurs et les industriels. « Il y aurait entre 600 et 700 projets de recherche pour l’industrie forestière, répartis dans les différents centres tels que Forintek, le Centre de recherche industriel du Québec (CRIQ), FORAC et autres », a indiqué Guy Chevrette.


L’avenir semble reposer sur la production à valeur ajoutée et, surtout, sur la consolidation pour laisser place aux entreprises viables. Il y aura des suites à ce sommet promet-on. Une première dans l’histoire pour redessiner un nouveau régime forestier qui remplacera celui qui existe depuis 25 ans.   

 

Les principales pistes d’action du sommet

  • Compléter, avant la fin de 2008, le réseau des aires protégées pour atteindre 8 % du territoire.
  • Mettre en œuvre une stratégie d’intensification d’aménagement forestier visant à doubler d’ici à 25 ans, les valeurs totales produites, en dollars constants, par les forêts publiques et privées du Québec.
  • Adopter une politique pour augmenter l'utilisation du bois dans la construction publique, industrielle et commerciale.
  • Associer les Premières Nations à la gestion des forêts.
  • Doubler d'ici à 25 ans, la valeur tirée des ressources de la forêt.
  • Mettre en œuvre, dès 2009, dans les territoires fauniques structurés, un processus de gestion intégrée des ressources basé sur le principe d’obligation d’entente d’harmonisation des usages entre les différents gestionnaires.
  • Généraliser la certification des pratiques forestières à l'ensemble du territoire.
  • Implanter progressivement l’approche écosystémique dans les pratiques forestières sur la base des résultats obtenus à la suite des trois projets pilotes en cours, auxquels s’ajouterait un projet dans la forêt feuillue.

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