Tordeuse des bourgeons de l’épinette: un outil sylvicole qui peut en faire plus

Guillaume Roy
Juillet 04, 2019
Écrit par
Alors que l’on utilise qu’une seule recette pour protéger les arbres de la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE) depuis près de 30 ans, les nouvelles connaissances scientifiques laissent présager des traitements plus efficaces en offrant une nouvelle gamme d’outils sylvicoles qui seront utilisés notamment pour protéger l’habitat du caribou forestier. Par exemple, la SOPFIM aurait pu intervenir pour diminuer l’impact de la TBE et ainsi éviter la coupe forestière prévue au lac Kénogami, qui cause un tollé auprès des résidants.

« L’insecticide Bt, c’est un outil sylvicole comme un autre, mais il faut apprendre à jouer avec, soutient Alain Dupont, le directeur de la foresterie et de l’environnement pour la SOPFIM. Jusqu’à tout récemment, on avait une seule et unique recette, qui était fixée par le ministère, alors que dans certains cas, on pourrait avoir plusieurs stratégies. »

Traditionnellement, le Bt est utilisé pour maintenir la qualité du bois, car une trop grande infestation tue l’arbre. Après quelques années, les insectes secondaires creusent davantage de trous dans le bois qui ne convient plus à l’industrie du sciage. « Les traitements pour nous aider à prolonger la vie des arbres est de jouer dans le temps et l’espace pour répondre aux besoins de l’industrie forestière », note l’expert. 

Au cours des 10 dernières années, la SOPFIM a réalisé des tests pour savoir s’il existait des méthodes d’interventions plus efficaces que d’épandre de l’insecticide tous les ans pour protéger certains secteurs en forêt. Ces tests ont par exemple démontré que l’on pourrait traiter l’épinette noire une année sur trois pour maintenir des populations en vie jusqu’à la fin de l’épidémie. Pour le sapin baumier, un traitement une année sur deux permettrait d’en faire autant. Autrement dit, ces nouvelles techniques pourraient permettre de réduire le coût de 63 $/ha/an à l’heure actuelle, à 38,01 $/ha/an pour un traitement bisannuel et à 21,36 $/ha/an pour un traitement aux trois ans. « On a plusieurs stratégies et on va attendre que le ministre se positionne là-dessus », remarque Alain Dupont. 

Alors que la mission de la SOPFIM était traditionnellement de protéger les forêts pour maintenir la valeur commerciale des arbres, une nouvelle mission devrait s’ajouter pour protéger des forêts pour le caribou forestier. « Le ministère [de la Forêt, de la Faune et des Parcs] nous a déjà annoncé que l’on va traiter ces secteurs pour maintenir le couvert végétal pour les caribous une année sur deux », ajoute l’expert. 

Selon Alain Dupont, ce n’est qu’un exemple de recette particulière qui peut être réalisée par la SOPFIM. Par exemple, la SOPFIM aurait pu intervenir pour protéger les forêts autour du lac Kénogami, estime-t-il. « C’est une réserve d’eau potable et je pense que ça mérite certaines protections autour du lac, parce que la végétation filtre et protège la qualité de l’eau. » Toutefois, c’est le ministère qui décide où intervient la SOPFIM, et cette dernière n’a jamais reçu le mandat de faire des épandages au lac Kénogami. « C’était prévisible et je crois que le ministère doit consulter davantage les personnes qui ont des problématiques particulières », dit-il, en ajoutant que l’épandage de Bt jumelé à une coupe progressive et une plantation d’arbres moins vulnérables aurait été mieux accepté par la population, tout en rendant la forêt plus résiliente. 

Grâce à l’expertise unique développée au Québec depuis plus de 30 ans, l’épandage de Bt pourrait s’intégrer davantage aux autres outils sylvicoles pour maintenir plus de valeur dans les forêts commerciales, mieux protéger des secteurs de villégiature, des parcs nationaux, des plans d’eau potables, ou encore des secteurs touristiques comme une station de ski, estime Alain Dupont. « On peut adapter les traitements en fonction de ce qu’on a à protéger », conclut l’homme, qui estime que les programmes de la SOPFIM peuvent être optimisés, et ce, même si les investissements dans l’épandage de l’insecticide biologique sont déjà fort rentables. 

Sans traitement, les études de la SOPFIM ont démontré que la mortalité atteignait 51 % des sapins, 3 % des épinettes blanches et 7 % des épinettes noires. Le traitement actuel au Bt permet de réduire la mortalité drastiquement alors que seulement 1 % des sapins meurent lorsque traités. En faisant un traitement aux deux ans, ce taux monterait à 4 % et à 18 % pour un traitement aux trois ans, alors que le taux de mortalité des épinettes demeurerait nul.



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