Relève en marche

Pour mieux comprendre ce qui attire les jeunes en forêt et dans les usines, Opérations forestières vous présente 10 portraits de travailleurs de la relève.
Guillaume Roy
Janvier 14, 2016
Écrit par
Un vendeur qui dépasse les attentes
En moins de deux ans en tant que vendeur de bois pour l’entreprise Goodfellow, Jordan Dery fracasse déjà des records, avec des ventes de près de 5 millions de dollars par an. Son secret : le diplôme d’études professionnel en classement des bois débités.


Quand Jordan a commencé à travailler pour Goodfellow, il ne connaissait pas grand chose à l’industrie du bois et son employeur lui a posé une condition : prendre un cours de 15 semaines à l’école de foresterie et de technologie du bois de Duchesnay. « Ça m’a vraiment aidé dans ma carrière. Je connais maintenant toutes les sortes de bois que l’on vend et je ne peux pas me faire prendre au piège », lance Jordan.

Ces aptitudes sont nécessaires pour une entreprise comme Goodfellow qui commercialise du bois franc, du résineux, du bois traité, du plancher et plus encore.

Et pas le temps de s’ennuyer. « Chaque jour est différent. On a constamment des défis de mieux connaître nos clients pour faire de bonnes ventes », lance le natif de Nelson, qui reçoit un salaire de base de 60 000 $. Avec les bonus, le salaire peut même atteindre 100 000 $. Pas mal pour un jeune homme de seulement 23 ans !

C’est son frère jumeau qui avait incité Jordan à essayer ce métier. Et le travail et le salaire sont si intéressants qu’il a convaincu un autre de ses amis à se joindre à l’équipe. Goodfellow croit tellement à la valeur du programme que l’entreprise a envoyé cinq autres jeunes se faire former cette année. Et la demande ne risque pas de s’arrêter, car Goodfellow compte ouvrir 15 cours à bois au Canada et aux États-Unis prochainement !


Des chemins forestiers plus écolos !
Céline Beauséjour n’avait jamais pensé construire des chemins forestiers. « Personne ne m’avait jamais parlé de cette job-là », dit-elle.

Après avoir été serveuse et travaillé à la paye pour Hydro-Québec, elle a rencontré un orienteur qui lui a dit que le cours de conduite de machinerie lourde en voirie forestière à La Tuque était carrément fait pour elle. Et elle a été charmée.

Pourtant, Céline n’est pas une fille de machine. Avec sa famille, elle pratiquait plutôt des sports de plein air comme le kayak. Mais c’est justement l’aspect environnemental du travail qui l’a attirée. « Quand je travaille, mon but premier est de protéger l’habitat des poissons et la qualité de l’eau », lance la jeune femme de 29 ans, qui travaille pour Forélie, une filiale de Remabec. Fini le temps où l’environnement était secondaire. C’est maintenant au cœur des préoccupations des travailleurs et des règlements en forêt.

Seule femme sur l’équipe de voirie forestière, elle se fait appeler « le petit rayon de soleil » par les membres de son équipe. « Je suis hyper gâté par tout le monde », dit celle qui note que l’on retrouve plus de femmes en transport.

Céline adore se retrouver dans sa pelle mécanique, où la machine de­vient un prolongement de son corps. La forêt est même devenue son mode de vie depuis qu’elle est déménagée en forêt, près de La Tuque.

En bref, Céline contribue à faire tomber les tabous sur le travail des femmes en forêt.


De nettoyeur à superviseur en 5 ans !
Lassé de travailler dans le domaine du transport, Marc Perron a déniché un emploi à l’usine de sciage de Résolu il y a cinq ans. « Je cherchais des opportunités qui offrent plus de stabilité pour les enfants », dit-il.

D’abord journalier dans l’usine et nettoyeur, il s’est impliqué dans les différents comités de l’usine et il a gagné la confiance de ses supérieurs. L’an dernier, il est devenu superviseur remplaçant et Résolu lui a offert une chance en or : suivre une formation payée en gestion de la production au Cégep de St-Félicien. Le but de l’entreprise : former la relève des cadres de l’usine.

Ce cours est en fait un gage de confiance envers des employés qui se démarquent par leur leadership, une source de motivation pour Marc Perron.

Quelques mois à peine après avoir terminé son attestation d’études collégiales, Marc a reçu une promotion lorsqu’il a été nommé superviseur de production. « La formation m’a donné les outils pour mieux remplir mon rôle de superviseur. J’ai entre autres approfondi mes connaissances sur la santé et sécurité, la gestion de conflit et sur le leadership », dit-il. Mobilisation, sentiment d’appartenance et responsabilités étaient aussi des thèmes importants de la formation.

Fier de son parcours, Marc Perron apprécie énormément son équipe de travail et ses conditions de travail. « Avec la main-d’œuvre vieillissante, les opportunités d’avancement sont nombreuses et valorisantes. Il n’y aura jamais trop de jeunes motivés et allumés », lance Marc comme message aux jeunes qui se questionnent sur leur avenir.


Vers de nouveaux sommets
Pendant les 9 années ou Cynthia Dinel a été technicienne en architecture, elle a toujours travaillé sur des structures de bois. Mais il lui manquait quelque chose. « Avec le temps, j’ai appris beaucoup de chose sur les structures en bois et j’ai voulu devenir ingénieure, pour signer mes propres plans », dit-elle. À 30 ans, elle a fait un retour aux études à l’université Laval pour compléter une formation en génie du bois.

Son expérience en architecture et avec les technologies du bois lui ont permis de décrocher des stages très intéressants pour structures RBR, au Centre de recherche sur les matériaux renouvelables et chez CLT Canada. Et même si elle n’a pas encore terminé ses études, elle a déjà un contrat de travail avec CLT Canada, un service de génie-conseil spécialisé dans le bois d’ingénierie qui a récemment lancé une ligne de production de bois lamellé-croisé (CLT), à Rippon, en Outaouais.

Pour lancer sa deuxième carrière, Cynthia assume déjà beaucoup de responsabilités au sein d’une petite équipe de travail dans une entreprise en démarrage et dans un secteur en pleine effervescence. « J’ai découvert des côtés de moi que je ne connaissais pas, comme la gestion des ressources humaines et plusieurs tâches administratives. J’aime beaucoup la liberté que j’ai au travail, car j’ai l’occasion de toucher à tout », conclut la future génie du bois qui estime que cette nouvelle formation va propulser la carrière vers de nouveaux sommets.


Défis continuels
C’est lors d’un stage d’intégration au Cégep que Jonathan Synnott a été convaincu qu’il voulait étudier en foresterie. La passion, la liberté et la diversité du travail lui ont tout de suite plu. À un tel point qu’il a continué ses études en génie forestier à l’université de Moncton, après avoir complété sa technique au Cégep de Gaspé. En continuant ses études dans le même domaine, il a été crédité pour plusieurs cours et il a pu compléter son bac en seulement trois ans.

Aujourd’hui ingénieur forestier pour la Coopérative forestière de St-Elzéar, Jonathan ne reviendrait pas en arrière. « Il y a énormément d’opportunités dans le secteur forestier et le travail change tout le temps. On doit faire de la planification forestière, de la résolution de problème, de la vérification et de la gestion de personnel », souligne l’ingénieur de 28 ans qui apprécie particulièrement le travail sur le terrain.

« La forêt est renouvelable et il y aura toujours du travail pour récolter le bois et améliorer les pratiques forestières », ajoute Jonathan qui travaille avec une équipe dynamique de plus de 100 personnes au sein de sa coopérative.




Une découverte qui a changé sa vie
Jean-Michel Lafontaine n’avait jamais pensé travailler en forêt. En fait, personne ne lui en avait jamais parlé.

Après avoir terminé son cégep en arts visuels, il a conduit son cousin àu CFP de Mont-Laurier pour participer à une journée porte ouverte. Tant qu’à l’attendre, il a assisté aux présentations et il a été charmé par la formation en aménagement de la forêt. « J’ai été conquis, car ça m’a permis d’en apprendre plus sur la foresterie, mais aussi sur la nature, les plantes, les arbres et la faune », lance Jean-Michel.  

En manque d’informations sur le secteur, sa famille a tenté de le décourager mais depuis sa graduation en 2013, Jean-Michel n’a jamais manqué de travail, tout en profitant d’un salaire de 21 $/h. Sans compter les avantages reliés aux déplacements qui remboursent pratiquement toutes ses dépenses pour son « pick-up ».

À sa sortie du CFP, Jean-Michel a commencé par faire de l’inventaire pour la coopérative forestière des Hautes-Laurentides avant d’obtenir un poste de mesureur du volume de bois récolté. De la fin mai à la fin mars, il se promène en forêt pour mesurer des volumes de bois. Même si le travail reste semblable tous les jours, les contextes, la météo et les paysages changent constamment. « Ce n’est pas pour tout le monde, mais je me sens beaucoup plus libre en forêt que pris dans un bureau. Et ça me permet de faire des rencontres incroyables, comme la fois où j’ai flatté un orignal malade en forêt. Ou encore la fois où j’ai nourri des renards », raconte le jeune homme de 25 ans.

Pendant les entre saisons, il travaille sur des contrats divers dénichés par son employeur comme le contrôle des insectes piqueurs. Le jeune forestier est si passionné de son métier qu’il a convaincu un ami programmeur de tenter sa chance en forêt. « Les mentalités sont en train de changer », conclut-il.


Père et fille en forêt Dep
uis sa tendre enfance, Sara-Maude Gauthier baigne dans le milieu de la foresterie. Son père, Martin Gauthier, est entrepreneur forestier (Forestier Martal) depuis plus de 25 ans et Sara-Maude a toujours aimé l’accompagner en forêt. « Mon père, c’est mon idole et mon meilleur confident. J’ai toujours voulu travailler aussi fort que lui », lance la jeune femme de 23 ans.

À sa sortie du secondaire, elle étudie d’abord en agriculture, mais le travail ne lui convient pas tout à fait. Sa place est plutôt en forêt. Dès que son père lui demande de l’aide pour aller travailler avec lui, elle saute sur l’occasion. Pour se perfectionner, elle suit alors un cours en abattage et façonnage des bois au CFP de Dolbeau-Mistassinni où elle prend confiance sur les machines. « Ce cours me permet d’être plus crédible. Je suis là au même titre que n’importe quel travailleur. Je ne suis pas juste la fille à papa », lance Sara-Maude, qui a su faire sa place au sein de l’équipe.

Sara-Maude est en fait passionnée des machines depuis qu’elle est petite. « Elles sont majestueuses », dit-elle. Après avoir travaillé sur une abatteuse Tigercat 855 à ses débuts, elle prend maintenant goût à travailler sur un porteur forestier, un Komatsu 895.

« J’adore être en forêt. C’est mon habitat et je suis bien là dedans. Pour moi, c’est un privilège de pouvoir passer mes journées dans le bois et de voir les paysages. Je ne me verrais pas dans un bureau », conclut Sara-Maude qui envisage de prendre la relève de l’entreprise familiale… lorsque son père sera prêt.


Liberté en forêt !
Avez vous déjà pensé passer vos journées dans la forêt et vos soirées au bord de la mer ? En devant technicien forestier, c’est la qualité de vie que s’est trouvée Étienne Beaudry-Fournier, un finissant de la technique en foresterie du Cégep de la Gaspésie et des Iles en mai 2015.

« Je voulais travailler dehors tout le temps. Je ne me voyais pas du tout dans un bureau », résume l’homme de 30 ans. En fait, Étienne en était à sa troisième technique après avoir étudié en éducation spécialisée et en tourisme d’aventure. Même s’il admet avoir « tripé » en travaillant en tourisme, l’aventure n’était pas toujours au rendez-vous et il a trouvé mieux : la foresterie. « Ma formation m’a permis d’être moins ignorant sur la nature qui nous entoure et d’être plus en contact avec le terrain », lance le technicien qui adore la liberté que lui procure le travail.

Chaque matin, il part avec son collègue en forêt, pour rubaner des territoires qui seront récoltés, faire de la validation terrain ou encore des inventaires après traitement. « On s’assure de faire respecter les normes environnementales après la récolte », explique Étienne qui travaille pour la coopérative forestière de St-Elzéar.

Pour sa première année de travail, l’amant de plein air est bien content de travailler pendant seulement sept mois. Ça lui permettra d’aller jouer dehors dans les montagnes gaspésiennes cet hiver et de profiter à fond de la vie. « Difficile de trouver une plus belle qualité de vie qu’entre mer et montagnes » conclut-il en riant.


Diplômé en demande !
Lorsque Pierre-Michel Magnan a terminé son diplôme d’étude professionnelle en aménagement de la forêt au CFP de La Tuque, deux employeurs lui avaient déjà offert un emploi. « J’ai terminé mon cours le vendredi et j’ai commencé à travailler le lundi matin », affirme l’homme de 28 ans qui a décidé d’aller travailler pour Rébec, une filiale de Rémabec, en tant que technicien au suivi des travaux sylvicoles commerciaux. Pourtant, ses parents ne voulaient pas qu’il étudie dans le domaine, car ils pensaient qu’il ne trouverait jamais d’emploi.

Au travail,  Pierre-Michel part chaque matin en forêt, à pied, en raquette ou en motoneige, selon les conditions, pour aller faire des suivis des opérations après coupe. « Je suis payé pour passer ma journée en forêt, lance ce dernier. Ça me permet d’aller à des endroits merveilleux où personne ne penserait jamais aller. »

Aujourd’hui âgé de 28 ans, Pierre-Michel pense travailler en forêt toute sa vie, car les possibilités d’avancement sont intéressantes. On lui a déjà proposé un poste de contremaitre, mais il a dû refuser, pour l’instant, car les horaires ne convenaient pas au nouveau rôle de père qui l’attend sous peu.


La révolution bois
Simon T. Bellavance rêvait de devenir médecin ou pharmacien. Faute d’avoir été accepté, il s’est rabattu sur le génie physique. « Mais ce n’était pas pour moi. Je me suis reviré de bord pour aller étudier en génie du bois. Je me suis fait prendre au jeu et j’ai réalisé tout ce qu’on pouvait faire avec le bois », lance le jeune homme de 23 ans originaire de Chibougamau.

Même s’il est natif d’une région forestière, il ignorait il ignorait les innovations réalisées dans le secteur du bois. Bois d’ingénierie, constructions innovantes et avancées
technologiques font maintenant partie prenante de l’industrie, et c’est ce qui stimule Simon à fond. Sans compter qu’une des entreprises les plus innovantes du secteur, Chantiers Chibougamau (CC), se trouve dans son village natal. Après deux stages à l’usine de sciage, puis un stage dans la filiale Nordic structure, il est embauché par CC où il devient responsable du contrôle de la qualité et de la certification des produits. « Dès le départ, on m’a offert un poste intéressant et il y a beaucoup d’opportunités d’avancement », note Simon, qui croit que le programme de Génie du bois connaîtra une forte croissance grâce aux nouvelles mesures de construction de bâtiments en bois.

« C’est une formation méconnue. Les projets phares de la tour de 12 étages à Québec et le projet de Griffintown à Montréal vont permettre d’ouvrir de nouveaux horizons », ajoute Simon, qui convainc désormais des amis d’aller étudier en génie du bois.


Pour connaître tous les détails sur les salaires, les conditions de travail et les établissements d’enseignement en foresterie et en transformation du bois, consultez-le :
www.metiersforetbois.af2r.org.


Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Centre d'abonnement

 
Nouvel abonnement
 
Vous êtes déjà abonné?
 
Service à la clientèle
 
Voir Digital Magazine Renouvellement

Les plus populaires

Évènements

NATURALLIA
October 16-19, 2017