L’utilisation d’indicateurs de performance en foresterie

Antoine Larochelle Benoit, LBprofor
Octobre 24, 2017
Écrit par Antoine Larochelle Benoit, LBprofor
L’industrie forestière joue un rôle primordial dans l’économie du Québec. Plusieurs entreprises y participent et génèrent beaucoup d’emplois. Bon nombre des PME du milieu forestier prennent leurs décisions selon leur expérience, sans toujours s’appuyer sur des données objectives précises. Pour améliorer la performance d’une entreprise, il s’avère essentiel de mesurer les facteurs qui influencent les principaux enjeux.
Ainsi, le suivi de certains indicateurs clés permet de valider avec des données et des observations l’atteinte ou non des objectifs fixés. Non seulement il faut choisir des éléments jouant un rôle significatif dans la prise de décision, mais il faut également faciliter la communication des indicateurs à l’aide d’une présentation visuelle et accessible.

Au même titre qu’il peut être difficile aujourd’hui de conduire une voiture sans tableau de bord, les entrepreneurs et propriétaires forestiers devraient assurer le suivi des différents facteurs affectant leurs opérations. Ainsi, pour éviter de dépenser du temps et de l’argent sur des indicateurs non représentatifs des enjeux de l’entreprise, il est important de se concentrer d’abord sur des indicateurs simples qui apportent de bons résultats et demandent peu d’effort. Certains exercices nous permettent de bien les cibler et ainsi de choisir des indicateurs ayant un bon rapport « qualité/prix ».

D’abord, on peut classer les indicateurs de performance en deux catégories, les indicateurs stratégiques et les indicateurs opérationnels. Comme le dit le nom, les indicateurs stratégiques présentent des données en lien avec les objectifs de la planification stratégique. Ceux-ci focalisent sur les résultats de l’entreprise en termes de qualité, de prix, de parts du marché et de profit. À partir de documents comptables, il est possible de présenter une panoplie de ratios indispensables pour une bonne connaissance de la santé financière de l’entreprise. Cependant, l’inconvénient de ces informations est qu’elles donnent le portrait du passé et il est donc difficile d’agir rapidement.

Pour une entreprise dont la gestion du fonds de roulement est un enjeu important, la présentation visuelle de l’évolution de l’encaisse et des comptes clients peut permettre de prévoir les besoins de financement et de cibler les périodes critiques de l’année.

C’est pourquoi il est également important de faire un suivi en temps réel des indicateurs clés de la gestion des opérations. Par exemple, le taux de rendement global (disponibilité, efficacité, qualité), le taux d’utilisation des équipements, la productivité des travailleurs et le coût unitaire de production peuvent être des indicateurs intéressants pour le suivi de la performance au quotidien. De plus, avec ces données il est possible d’intervenir pour modifier rapidement et efficacement les méthodes de travail.

Pour avoir côtoyé plusieurs entreprises du milieu, une première barrière identifiée à l’utilisation de ces outils est l’effort requis pour acquérir les données et les traiter. C’est pour cette raison qu’il est recommandé de prioriser ce qui est déjà à notre disposition.

Pour un entrepreneur ayant de la machinerie, le taux d’utilisation de ses équipements est l’un des éléments les plus importants pour mesurer la performance de son entreprise. Il est donc possible, à partir de données GPS, d’obtenir cette information avec suffisamment de précision et surtout, très peu d’effort.

Autant pour les entrepreneurs sylvicoles que ceux reliés aux travaux de récolte, de transport et de voirie, la technologie en 2016 permet d’acquérir beaucoup de données à peu de frais. En effet, l’utilisation de données GPS, de formulaires numériques, de résultats d’inventaire forestiers et de données géomatiques, permet d’obtenir une précision suffisamment bonne pour l’analyse d’une panoplie d’indicateurs clés.

Une seconde barrière est sans doute la présentation visuelle des outils. Au-delà du choix des données présentées, un bon tableau de bord se doit de fournir une vision claire de la situation actuelle par rapport aux objectifs fixés afin de permettre de réagir rapidement aux écarts. Selon les principes de la gestion visuelle, il faut choisir des types de graphiques bien adaptés à chacun des indicateurs et des signaux visuels qui varient selon l’atteinte des objectifs fixés. Ainsi, un gestionnaire qui constate en un coup d’œil que son tableau de bord déborde de rouge se doit de sonner l’alarme et de tenter de comprendre les facteurs qui causent les écarts.

L’utilisation d’Excel pour la présentation de tableau de bord est sans doute la méthode la plus abordable et accessible. Cependant, le logiciel est limité au niveau des options de présentation et requiert de bonnes connaissances pour les tableaux de bord plus complexes. Ensuite, lorsque le poids des bases de données s’alourdit et que l’information provient de plusieurs sources, l’utilisation de chiffrier présente davantage de risques d’erreur et requiert plus de temps à manipuler. De plus, selon la nature des indicateurs, il peut être intéressant de partager les résultats aux employés, ce qui peut être plus complexe avec l’utilisation de chiffriers.

Une option intéressante à considérer est l’utilisation d’une plateforme web dans le nuage (cloud). Ainsi, les données peuvent facilement être stockées et sécurisées en ligne et les droits peuvent être contrôlés à partir de comptes d’utilisateurs à différents niveaux d’accès. Les résultats sont disponibles en temps réel sur une page web et peuvent être consultés à partir de n’importe quel appareil, soit un ordinateur, un téléphone, une tablette ou même une télévision. De plus, cette formule est beaucoup plus flexible en termes de présentation visuelle et est beaucoup moins restrictive que les chiffriers traditionnels.

Cependant, bien que cette solution offre une panoplie d’avantages, il faut prévoir un coût d’implantation et des frais de maintenance mensuelle. Donc, une entreprise qui désire se doter d’un tableau de bord pour la gestion de sa performance doit évaluer s’il est préférable de se munir de ressources internes ou faire appel à un fournisseur de services externes. La qualité de la plateforme et le coût de maintien sont les deux principaux éléments à considérer.

En conclusion, il est prouvé que de mesurer et suivre la performance via des tableaux de bord est bénéfique pour l’entreprise. Cela permet non seulement d’avoir un œil sur les différents facteurs qui influencent la rentabilité ou l’atteinte de l’objectif, mais également de pouvoir observer des tendances dans la variation de ces indicateurs et ainsi agir plus rapidement aux besoins. De plus, il est aussi possible de mesurer l’effet de certains changements organisationnels et de signaler certaines anomalies financières et opérationnelles.

Cependant, les outils de gestion de la performance requièrent des efforts et cela représente un obstacle pour la plupart des entrepreneurs forestiers. Il faut évidemment mesurer les données en question, mais également suivre les résultats et surtout, agir en conséquence. Le projet de recherche sur les entrepreneurs forestiers de récolte et de transport (PRÉfort) a démontré que sans accompagnement, la plupart des entrepreneurs laissent tomber leur système de gestion de la performance par manque de temps et de ressources internes.

Reste à intégrer ces outils, et ce, en s’assurant de choisir judicieusement les indicateurs selon les objectifs définis.

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