43 millions d’arbres plantés cette année au Saguenay-Lac-Saint-Jean

Guillaume Roy
Octobre 09, 2019
Écrit par
Plus de 43 millions de plants d’arbres seront mis en terre avant l’hiver au Saguenay–Lac-Saint-Jean pour reboiser 40 % des superficies récoltées. Pour la balance, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec (MFFPQ) s’assure que la forêt se régénère naturellement. Et la grande aventure des petits semis qui peupleront la forêt boréale commence dans les pépinières, notamment à Normandin.

Des milliers de petits arbres poussent dans de petits contenants en plastique, protégés dans une longue serre en forme de tunnel. À la base des petites tiges d’épinette blanche, on retrouve de petits grains de silice, qui permettent de conserver l’humidité dans le sol et empêchent les racines de surchauffer, explique le technicien forestier Frédéric Fortin, lors d’une visite de la Pépinière de Normandin organisée pour la Société d’horticulture et d’écologie de Saint-Félicien, à la fin août.

Dans la serre, c’est un robot qui se charge de l’irrigation des plants, et les toiles s’ouvrent automatiquement lorsque la température atteint 28 degrés Celsius. Parmi les milliers de petits plants, on en retrouve certains qui sont rabougris, jaunis par le soleil ou carrément morts. « Près de deux millions de plants ont dû être jetés, cette année », note Stéphanie Hampe, également technicienne forestière, qui a agi comme guide lors de la visite. 

Les attaques de punaises ternes, de tordeuses, de criquets et de différents oiseaux causent toujours des dégâts, générant un taux de mortalité d’environ 10 %, soit un million de plants. Des pesticides et des filets sont utilisés pour protéger les plants des insectes et des oiseaux. 


Une petite épinette blanche encore toute frêle Une petite épinette blanche encore toute frêle 


Pire mortalité en 92 ans

Malgré les efforts continus pour assurer la survie d’un maximum de plants, la Pépinière de Normandin, qui a vu le jour en 1927, a connu la pire mortalité de son histoire, cette année. Mais pour l’instant, impossible de savoir exactement ce qui a causé ces pertes. 

De manière préliminaire, les conditions climatiques particulières survenues à l’automne 2018 et à l’hiver 2019 semblent être la cause de mortalité des plants à Normandin, explique Catherine Thibeault, conseillère en communication du MFFPQ. 


Environ 10 millions de plants sont produits chaque année à la Pépinière de Normandin. Environ 10 millions de plants sont produits chaque année à la Pépinière de Normandin. 



« À l’instar de toute production agricole, les pépinières forestières composent avec les aléas liés à des facteurs biologiques et aux conditions météorologiques défavorables, dit-elle. La situation de la Pépinière de Normandin cette année n’est donc pas exceptionnelle. »

D’autres pépinières ont pu compenser ces pertes afin de planter tous les arbres prévus. 

Pour les plants qui ont survécu, la progression continue. À l’automne, les toiles des serres seront enlevées au-dessus des petites pousses d’un an pour que les arbres soient confrontés aux conditions hivernales, et ils pousseront ainsi, au gré du vent, pour deux autres années. 

Après sa troisième année de croissance, l’arbre sera planté en forêt. Au Québec, ce sont 130 millions d’arbres qui sont ainsi produits par les 13 pépinières privées et les six pépinières publiques du Québec. La Pépinière de Normandin produit pour sa part près de 10 millions de plants annuellement, principalement de l’épinette noire et du pin gris, mais aussi de l’épinette blanche, du pin rouge et du mélèze. Des millions d’autres plants y transitent également avant de se retrouver sur les parterres de reboisement, plus au nord. 

Selon les perturbations naturelles, comme les épidémies de la tordeuse de bourgeons de l’épinette, des chablis ou des feux, entre 38 et 48 millions d’arbres sont reboisés chaque année au Saguenay–Lac-Saint-Jean. 

De ce nombre, 15 millions d’arbres seront mis en terre par la Coopérative forestière de Girardville, alors que ce seuil avait atteint 21 millions d’arbres, au début des années 2010. Toutefois, le nombre de plants ne reflète pas toujours le taux d’activité, car la grosseur des plants influence grandement la quantité d’arbres plantés à l’heure, souligne le directeur général, Stéphane Gagnon. 

De mai à septembre, une équipe de près de 90 reboiseurs ont donc planté entre 650 000 et 850 000 plants par semaine. « Pour bien faire, ça m’en prendrait entre 100 et 110, mais tout le monde a de la misère à trouver de la main-d’œuvre, surtout pour du travail aussi physique », ajoute ce dernier. 

Après quelques années d’expérience, les bons reboiseurs sont en mesure de faire de bons salaires, entre 35 et 40 $ de l’heure.




L’irrigation est automatisée dans les serres tunnel. L’irrigation est automatisée dans les serres tunnel. 

La Pépinière de Normandin en chiffres

  • 265 hectares, soit 22 hectares pour la production en récipients, 35 hectares cultivables et disponibles pour des besoins de production ultérieurs, 84 hectares en vergers à graines et plusieurs hectares pour des dispositifs de recherche. La surface restante est couverte de forêt naturelle.
  • 40 serres tunnel non chauffées, 80 aires de culture, 
  • 3 secteurs avec structures d’ombrières, 6 vergers à graines (semences), une vingtaine de bâtiments et 3 stations de pompage.
  • 26 km de chemin, 23 km de brise-vent, 2 bassins pour l’irrigation et un réseau de conduites de 38 km.
  • 125 personnes travaillent en période de pointe, dont 90 employés saisonniers, principalement des aides et des ouvriers sylvicoles.

25% des forêts reboisées au Québec
Au Québec, 25 % des superficies forestières récoltées seront reboisées, alors que la régénération naturelle sera priorisée 75 % du temps. « Le personnel du ministère effectue des suivis pour s’assurer que 100 % des superficies récoltées soient régénérées, soit naturellement ou à l’aide de travaux de reboisement », confirme Catherine Thibeault. Ce choix permet notamment de favoriser la biodiversité présente sur le territoire.

Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, en raison de la stratégie régionale de production de bois, les superficies reboisées sont plutôt de l’ordre de 40 %, ajoute cette dernière.


La Société d’horticulture sensibilise
Depuis sept ans, plus d’une centaine de membres sont venus gonfler les rangs de la Société d’horticulture et d’écologie de Saint-Félicien, se réjouit son président, Louis Lévesque. En plus d’animer le Jardin communautaire de Saint-Félicien, la société organise plusieurs activités sur le terrain, comme la visite de la Pépinière de Normandin. Elle propose aussi la distribution d’arbres gratuits lors de la Journée de l’arbre, la vente d’arbres fruitiers et plusieurs conférences tout au long de l’année. Plus d’une quinzaine d’activités sont ainsi consacrées aux membres chaque année. Il en coûte 15 $ par personne ou 20 $ par couple pour devenir membre. Une dizaine de membres ont participé à la sortie à la Pépinière de Normandin organisée le 30 août. 





  • Choisir les arbres les plus performants
Dans la région, 70 % des plants utilisés pour le reboisement sont issus de vergers à graines et cette proportion devrait s’accroître dans les prochaines années, soutient Catherine Thibeault, du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec (MFFPQ). « Ces vergers sont composés d’arbres qui ont été produits à partir de parents sélectionnés pour leur productivité supérieure », dit-elle.

La Pépinière de Normandin exploite plusieurs de ces vergers à graines, de pin gris, de pin rouge, d’épinette noire et blanche, disséminés à différents endroits dans la région. À la fin août, les cueilleurs étaient à l’œuvre pour récolter les cocottes vertes des épinettes blanches. « On a seulement deux à trois semaines pour récolter les cocottes de l’épinette blanche, alors qu’on a jusqu’à cinq ans pour le pin gris », remarque Frédéric Fortin, technicien forestier à la pépinière, avant d’ajouter que chaque cocotte d’épinette blanche contient environ 40 graines.

Les cocottes sont récoltées directement dans les arbres, mais la pépinière coupe parfois les têtes, pour faciliter la récolte au sol.

Les cocottes prendront ensuite la route vers Berthier, où se trouve le centre de semence du MFFPQ. Les semences seront séchées et traitées, avant d’être expédiées dans de petits sachets vers les pépinières où elles seront mises en pot.



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