Résolu en route vers la forêt connectée

Guillaume Roy
Avril 18, 2019
Écrit par
Outils de géolocalisation, ordinateurs performants à bord de la machinerie forestière, cartes ultra précises grâce à la technologie Lidar; l’arrivée des technologies en forêt est en train de révolutionner la manière de récolter des arbres. Et Produits forestiers Résolu compte bien tirer profit de la technologie pour améliorer l’efficacité des opérations en forêt. Reportage au cœur du virage technologique vers la foresterie 4.0.

Bien assis dans son abatteuse, Nicolas Fillion, 26 ans, récolte les arbres dans un secteur forestier de Saint-Ludger-de-Milot. En regardant sur l’écran de sa tablette installée à bord, il peut voir la carte du terrain qu’il doit récolter. On y voit les endroits où se trouvent les pentes fortes, les cours d’eau ainsi que la délimitation du secteur de coupe.

« Ces cartes représentent une grosse amélioration, remarque l’opérateur qui, avec ses deux frères, compose la relève entrepreneuriale des Forestiers JMG. Le beau bois est toujours sur les buttons et il faut savoir où passer pour pouvoir le sortir. »

En plus d’optimiser la récolte, ces cartes ont aussi modifié le travail des superviseurs qui, jusqu’à tout récemment, devaient rubaner le contour du territoire à récolter. Au lieu de scruter les arbres pour voir où sont les rubans, Nicolas Fillion n’a qu’à regarder sur l’écran de sa tablette pour voir là où il doit récolter. Dès que l’abatteuse s’approche de la limite de récolte, une alerte retentit et un zoom se produit automatiquement sur la carte pour permettre à l’opérateur d’avoir le maximum de détails afin de respecter la limite de récolte, notamment la lisière riveraine de 20 mètres à conserver – cette zone tampon est de cinq mètres dans le cas des ruisseaux intermittents. Les zones sensibles et les cours d’eau intermittents sont toutefois encore rubanés à la main. 

Au fur et à mesure que l’abatteuse se déplace, le logiciel enregistre aussi des points GPS, qui sont par la suite transmis au transporteur grâce à un signal par radio FM. C’est celui-ci qui doit ramasser le bois au sol pour l’amener jusqu’au chemin principal. « Ce transfert de données permet à l’opérateur de voir où se trouve le bois avant d’arriver sur le morceau et de prévoir comment il va le sortir », remarque Nicolas Fillion. 

Les données Lidar ont permis d’éliminer une partie du rubanage en forêt tout en informant ou se trouvent les pentes fortes.

« On n’a plus besoin de chercher où se trouve le bois et où sont les ruisseaux, parce qu’on voit tout ça sur la carte », renchérit pour sa part Sylvain Prescott, l’opérateur du transporteur âgé de 58 ans, qui a augmenté sa productivité en s’adaptant aux nouvelles technologies. 

Sur les chantiers de récolte, les entrepreneurs forestiers installent aussi un camion de service, où l’on retrouve toutes les pièces pour faire l’entretien et les réparations des machines, ainsi que le carburant. À ce poste de travail, Pierre Vincent Fillion, 28 ans, peut également suivre tous les déplacements des trois machines (deux abatteuses et un transporteur) directement sur sa tablette. En quelques clics sur l’écran tactile, ce dernier peut calculer le nombre d’hectares de forêt qui restent à récolter, ainsi que les distances à parcourir. « Je peux facilement calculer la superficie d’un bloc pour décider combien d’abatteuses je vais envoyer dans chaque secteur », dit-il. 


Dans son camion de service, Pierre Vincent Filion peut savoir où se trouvent les machines grâce à un signalement par ondes FM.

Chaque petit gain permet ainsi d’augmenter l’efficacité et le rendement de l’entreprise. Et la prise de données a un grand rôle à jouer pour y parvenir. « Si tu veux t’améliorer, tu dois connaître les chiffres », martèle Jérôme Fontaine, coordonnateur en efficacité opérationnelle chez PFR. 

Virage technologique

Pour les Forestiers JMG, le virage technologique a pris un essor important, en 2012, lorsqu’ils ont installé le logiciel FPDat sur leurs ordinateurs d’abatteuses. « Ça nous a permis de prendre des données sur le pourcentage d’occupation de la machine et c’est à ce moment-là qu’on a vu qu’on utilisait notre transporteur à seulement 55 % de sa capacité. » L’entreprise a alors décidé de faire l’achat d’une deuxième abatteuse, permettant ainsi d’optimiser le transporteur à 95 %. 

Chaque année, les 35 entrepreneurs forestiers qui travaillent pour PFR récoltent plus de trois millions de mètres cubes de bois au Lac-Saint-Jean. Et c’est d’ailleurs grâce à cet important volume de récolte que PFR a décidé de déployer une équipe de trois personnes dédiée à la transition technologique. Cette transition s’accélère d’ailleurs depuis que les données Lidar, qui offrent une précision de 50 cm sur les cartes, sont fournies par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, en 2015. 

C’est à ce moment que PFR a lancé un projet pilote avec trois entrepreneurs forestiers pour voir comment ces cartes pourraient améliorer l’efficacité opérationnelle. Et rapidement, les entrepreneurs ont été charmés. « Un de nos entrepreneurs qui était parmi les plus réticents au début estime aujourd’hui qu’il a amélioré sa productivité de 10 à 15 % », ajoute Jérôme Fontaine. 

Ainsi, depuis l’arrivée de cette technologie, son utilisation ne cesse de croître. En 2017-2018, les cartes interactives ont permis d’éliminer le rubanage sur 800 km de périmètre. Et ce nombre est passé à 2355 km de périmètre en 2018-2019, couvrant ainsi 88,1 % de tous les contours de récolte forestière. Un gain en efficacité énorme si l’on calcule qu’un superviseur peut rubaner en moyenne trois à quatre kilomètres de terrain par jour, estime Julien Pedneault, surintendant en efficacité opérationnelle. 

La technologie Lidar, qui utilise la réflexion des ondes de la lumière pour calculer les distances, permet de cartographier aussi bien les détails du terrain que la canopée forestière. Ainsi, ces données permettent de reconnaître les pentes, les ruisseaux, la hauteur et la densité des arbres. En plus d’éliminer les opérations de rubanage, PFR est à développer un système d’analyse qui permettra d’identifier les zones humides et ainsi récolter les secteurs à risque en hiver. La couverture Lidar de tout le territoire québécois devrait être disponible en 2022.

Les données GPS recueillies dans les machines forestières servent également au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs pour faire le suivi de récolte, remplaçant ainsi les inventaires terrain et l’analyse par photo aérienne. Pour l’instant, ces données sont colligées avec des clés USB, mais cette réalité pourrait changer lorsqu’Internet sera disponible en forêt.



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