Passer le flambeau

Investir pour faciliter l’arrivée de la relève dans l’entreprise familiale, tel est le plan des Entreprises Forestières Gabchri depuis que Gabriel Leblond a fait le saut dans l’entreprise familiale.
Maxime Bilodeau
Juillet 11, 2018
Écrit par Maxime Bilodeau
Le paternel, Christian Leblond, et son fils, Gabriel.
Le paternel, Christian Leblond, et son fils, Gabriel.
Devant nous, l’abatteuse multifonctionnelle sur chenilles Neuson Forest 103HVT pilotée par Gabriel Leblond, 22 ans, découpe les uns après les autres les jeunes arbres d’une forêt privée de Saint-Damien-de-Buckland, dans les hauteurs de Bellechasse. Avec sa nouvelle tête d’abattage AFM 35 à guillotine, la machine parvient à tenir une cadence impressionnante. 

Ce n’est pourtant pas là que les feux d’artifice ont lieu; c’est dans les yeux de son paternel, Christian Leblond. « Sans Gabriel, jamais je ne me serais équipé ainsi. Les ordinateurs et l’électronique, c’est sa génération », avoue l’homme de 53 ans.

Depuis que son fils l’a rejoint dans l’entreprise familiale, il y a trois ans, Christian redécouvre littéralement son métier, lui qui le pratique depuis 1983. « J’ai commencé à bûcher avec un cheval et à la scie mécanique. Après cinq ans, je me finalement acheté un tracteur Massey Harris 22, puis un Valtra en 2006 », raconte-t-il, bien conscient du chemin parcouru. 

C’est Gabriel qui s’est chargé de magasiner l’abatteuse Neuson il y a trois ans, de même que la tête d’abattage AFM il y a un an et demi. Ce type d’équipement, il l’a côtoyé de près pendant son cours d’opérateur de machinerie. « J’ai appris à travailler avec une Neuson, mais elle était plus grosse », dit-il.

Pour les Leblond, il n’était pas question toutefois de se tourner vers une abatteuse « monstre ». « Ça rassure les gens de nous voir arriver avec une petite machine sur leurs terrains », pense Christian. Compacte et habile en terrain escarpé, la 103HVT possède toutes les qualités requises pour exceller en éclaircie précommerciale, le pain et le beurre des Entreprises Forestières Gabchri. « On ne tripe pas coupes à blanc », glisse-t-il d’ailleurs au passage.

L’achat d’une nouvelle tête d’abattage à rouleau s’est imposé peu après l’entrée en services de la Neuson. Les performances de l’ancienne, à guillotine, étaient décevantes, semble-t-il. « Avec la tête AFM 35 à stroke, on peut à la fois abattre efficacement des arbres de quarante pieds et manipuler du petit bois. C’est le meilleur des deux mondes », affirme Gabriel. Opérations forestièresa pu le constater lors de son passage, alors que Gabriel découpait du bois franc en billots de quatorze pieds, mais aussi des résineux en neuf pieds.

Ce sont Les Équipements Marquis, à Sherbrooke, qui ont fourni l’ensemble de la machinerie au fils et à son père. Coût total de l’immobilisation : 460 000 $, financé sur cinq ans. Bien qu’élevé cet investissement était nécessaire, juge Gabriel. « Mes outils, je les veux impeccables. Pour augmenter le rythme de production, nous n’avions pas le choix. » Leur entrée en fonction a permis à l’entreprise d’atteindre une production d'environ 35 000 m3l’année dernière, un record.

Pour ramasser le bois, Christian recourt actuellement à un transporteur Timberjack 1010 B. Même s’il « fait l’affaire » avec sa capacité maximale de chargement de dix tonnes, celui-ci commence à accuser son âge — plus de vingt ans! « Nous avons 18 000 $ à investir pour le remettre à niveau. Et il boit beaucoup... », laisse tomber le forestier qui avoue peiner par moments à suivre le rythme de travail de sa progéniture. 

C’est pourquoi le tandem songe à le remplacer par un transporteur John Deere 1110G . 

Partenaires d’affaires

Devenir entrepreneur forestier n’était pas dans les plans de Gabriel Leblond lorsqu’il était plus jeune. Vaguement intéressé par l’industrie laitière, il jonglait alors avec l’idée d’étudier en agriculture. Jusqu’à ce jour, lors de l’été de ses 16 ans. « J’ai vu une abatteuse à l’œuvre dans notre cour arrière, à Saint-Malachie. Ç’a été le coup de foudre », se souvient le jeune homme.

À 18 ans, il entreprend son cours d’opérateur de machinerie au Centre de Formation et d’Extension en Foresterie de l’Est-du-Québec, à Causapscal, au Bas-Saint-Laurent. Au lieu des six mois normalement requis pour compléter la formation, il en prend quatre. Sur les dix-huit élèves de sa cohorte, Gabriel se démarque nettement. « J’aimais vraiment ce que je faisais et un des professeurs est venu me voir afin de m’offrir un emploi au sein d’Irving, dans les Maritimes! », lance-t-il.

Il décide néanmoins de revenir dans la région qui l’a vu grandir, lui qui y est profondément attaché. Il fait ses premiers pas chez les Entreprises Forestières les Sapins Verts, Notre-Dame-du-Rosaire. Il y bûche pendant une saison et demie, « le temps de me faire la main ». 

Son père Christian lui propose finalement de s’associer à lui en 2015. Son offre? 50 % des parts de l’entreprise familiale, rien de moins! À 19 ans, Gabriel ne peut refuser. Même le nom de la compagnie a tout pour lui plaire. « J’ai toujours su que Gabriel viendrait. C’est pourquoi j’avais baptisé l’entreprise ainsi, alors qu’il n’était encore qu’un enfant », confie-t-il.

Il faut dire que chez les Leblond, bûcher est une affaire de famille. « Mon père, qui vient encore nous visiter sur les chantiers malgré ses 80 ans bien comptés, avait pratiqué le métier plus jeune », dit celui qui compte plus de 30 ans dans le domaine. Selon lui, Gabriel a démontré très tôt le « chien » nécessaire pour réussir dans ce domaine où la compétition est rude. « Il est très mature pour son âge », fait-il d’ailleurs remarquer.

Les affaires roulent bien pour les Entreprises Forestières Gabchri. En fait, depuis leur association avec le Groupement Forestier de Bellechasse-Lévis l’année dernière, ils doivent même refuser certains contrats. « Ils respectent notre volonté d’indépendance. C’est vraiment un partenariat gagnant-gagnant », souligne Gabriel.

À 53 ans, Christian commence à peine à songer à la retraite, qu’il pense s’accorder « autour de la soixantaine ». Pourtant, ce ne sont pas les projets qui manquent. « J’ai acheté une petite terre près de Sainte-Euphémie-sur-Rivière-du-Sud, sur laquelle j’aimerais construire une cabane à sucre », mentionne d’ailleurs au passage. 

Peu importe ce qu’il choisit de faire, il aura l’esprit en paix : son fiston veille au grain.

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