Investir dans le succès

Saisir les opportunités d’affaires, miser sur les opérateurs de la relève et investir dans la relance de la scierie locale, telle est la recette du succès de Forestiers RBE Lasalle.
Guillaume Roy
Octobre 18, 2017
Écrit par
Les entrepreneurs ont fait l’acquisition de la première débardeuse à six roues Tigercat 635G au Québec au début de l’été. Plus puissante que les débardeuses à quatre roues, elle permet de transporter du bois dans des secteurs qui seraient autrement inaccessibles.
Les entrepreneurs ont fait l’acquisition de la première débardeuse à six roues Tigercat 635G au Québec au début de l’été. Plus puissante que les débardeuses à quatre roues, elle permet de transporter du bois dans des secteurs qui seraient autrement inaccessibles.
Dans la réserve faunique Rouge-Matawin, une équipe de jeunes forestiers est à l’œuvre dans un secteur principalement résineux à près d’une heure de route de Saint-Michel-desSaints. Dans une nouvelle débardeuse à six roues Tigercat 635G livrée à peine quelques semaines auparavant, l’opérateur tire une lourde charge de bois en longueur dans un terrain marécageux avec de fortes pentes.
« Avec une débardeuse à quatre roues, on n’aurait pas pu venir récolter ces arbres-là », remarque Benoit Lasalle, propriétaire de Forestiers RBE Lasalle avec son frère Éric et son père Richard. Selon la difficulté du terrain, c’est le conducteur de l’abatteuse qui prendra la décision d’envoyer une débardeuse à quatre ou six roues pour venir chercher le bois, ajoute ce dernier.

La débardeuse 635G, c’est le nouveau bébé de Tigercat, et c’est la première machine du genre à être livrée au Québec. Mais ces nouvelles machines ne peuvent pas être utilisées par n’importe quel entrepreneur forestier, note Jean-François Chrétien, représentant des ventes pour Wajax, un distributeur des produits Tigercat. Pour le manufacturier canadien de machines forestières, l’équipe de Forestiers RBE Lasalle sont en quelque sorte des testeurs qui leur permet d’améliorer constamment les machines. « La 635 n’est pas encore parfaite, admet Benoit Lasalle, après cinq semaines d’utilisation. Il y a encore des petites modifications à faire dessus, parce qu’elle ne tire pas assez, mais je suis confiant qu’elle pourra atteindre sa pleine performance prochainement, parce que Tigercat est à l’écoute de nos commentaires et ils font tout pour régler les problèmes. »

Tous les deux ans, Richard, Benoit et Éric vont d’ailleurs visiter l’usine de Tigercat, située près de Toronto, pour voir les nouvelles machines développées par le manufacturier en compagnie d’un groupe de forestiers. Le but : développer une relation de confiance et en savoir plus sur les besoins réels des forestiers.

Lors de ces visites, c’est Ken McDonald lui-même, le président de Tigercat qui accueille les forestiers. Et quand Benoit lui a dit qu’il avait un problème avec son différentiel, il l’a invité à venir en parler plus longuement dans son bureau. « En 20 minutes, tout était réglé, car il a rapidement pris la décision de remplacer mes composantes », souligne le forestier de 36 ans.

C’est ce genre d’histoire qui explique le lien de confiance que Forestiers RBE Lasalle entretient avec Tigercat dure en fait depuis 1995. À l’époque, Richard Lasalle avait fait l’achat de la première machine Tigercat vendue au Québec, une abatteuse 853E, qui compte aujourd’hui plus de 70000 heures, pour préparer la venue de ses deux garçons au sein de l’entreprise. «Et on l’utilise encore aujourd’hui pour ouvrir les chemins, note Richard. Ça nous évite de déplacer nos autres abatteuses. »

Pour faire de la place pour Benoit, qui a terminé son diplôme d’études professionnelles en mécanique d’engin de chantier au CFP de Shawinigan en 1999, puis pour Éric, qui a suivi la même formation, Richard s’est mis a grossir le parc de machines en achetant une deuxième abatteuse, puis une débusqueuse et une ébrancheuse.

Aujourd’hui, l’entreprise forestière basée à Saint-Michel-des-Saints possède quatre abatteuses Tigercat (deux 870C, une 860 et une 853) pour le bois long, trois débusqueuses Tigercat (635G, 630 E et 630 C), et quatre ébrancheuses (trois Denharco et une Forestpro) qui sont montés sur des châssis CAT (320, 322 et 324). Pour abattre les arbres, Forestiers RBE Lasalle font confiance aux têtes Gilbert, mais ils possèdent aussi une tête Tigercat, vendue avec une des abatteuses 870C.

Pourquoi être resté fidèle à Tigercat pendant toutes ces années ? « Le service joue pour 80% du choix du fabricant et on nous a toujours offert un bon service », remarque Benoit, qui apprécie aussi le fait que les machines sont fabriquées au pays.

Au cours des dernières années, l’entreprise a continué à grossir sa flotte et à diversifier ses services en faisant l’achat d’un camion de transport, puis d’un fardier. « Quand une opportunité passe, on la prend », souligne Benoit.

Ce camion de transport leur permet de livrer directement la marchandise à l’usine. C’est ainsi que le résineux prend le chemin de la scierie Saint-Michel, alors que le feuillu va dans les scieries locales comme Produits forestiers Lachance ou Commonwealth Plywood. Les petits arbres prennent le chemin de l’usine de pâte de Domtar, à Windsor.



Les jeunes en puissance
Sur le terrain, il n’y pas que la flotte de machines Tigercat qui impressionne. Jérémie, 19 ans, est aux commandes de l’ébrancheuse. Jonathan Delorme, 32 ans, pilote d’une main de maître la nouvelle débusqueuse. Eric Plante, 38 ans, qui opère une abatteuse, est en fait le plus vieil opérateur sur le terrain aujourd’hui ! Et ajoutez à cela deux entrepreneurs de la relève dans la trentaine. « Notre moyenne d’âge est bien en deçà de 40 ans », souligne Éric Lasalle, qui note que plusieurs vétérans expérimentés occupent un rôle important au sein de l’équipe de travail, qui compte jusqu’à 25 employés par moment.  

Bâtir une équipe jeune et dynamique ne s’improvise pas, souligne toutefois Benoit. « On essaie d’avoir toujours deux jeunes en formation dans notre équipe, dit-il. Si tu n’en formes jamais, tu vas te retrouver qu’il n’y aura plus personne qui va savoir ton métier. Il faut que tu le montres à plusieurs jeunes pour que tu puisses en trouver un en qui tu vas avoir confiance. » Que ce soit des jeunes qui sortent du CFP ou encore des jeunes débrouillards de son coin de pays, il doit prendre le temps de bien former la relève à la réalité du terrain, ajoute-t-il.

Investir dans la qualité de vie
Côte-Nord, Haute-Mauricie, Abitibi, pendant près de 10 ans, l’équipe des Forestiers RBE Lasalle ont dû parcourir la province à la recherche de contrats de récolte pour travailler. « C’était tough et ce n’est pas ce que je souhaitais, surtout avec des jeunes enfants, mais on savait qu’il y avait un beau modèle d’affaire à faire à Saint-Michel », remarque Benoit.

Quand Jean-François Champoux les a approchés pour investir dans la scierie locale, les entrepreneurs ont tout de suite saisi l’occasion. « C’était une bonne manière de participer à la relance économique tout en se garantissant de l’ouvrage près de chez nous », note Benoit, heureux d’avoir amélioré sa qualité de vie. Depuis la relance de l’usine, les forestiers travaillent rarement à plus d’une heure de route et ils rentrent à la maison tous les soirs… tout en se trouvant à moins de deux heures de route de Montréal.

« Ça ne faisait pas de sens que d’aller travailler ailleurs, surtout quand tu habites dans un milieu forestier comme Saint-Michel », renchérit le paternel, Richard Lasalle, qui a vu plusieurs tentatives de prise en main de la scierie locale depuis 40 ans.

Pour maintenir sa production, qui peut atteint 200 000 mètres cubes par année, les entrepreneurs veulent continuer à renouveler le parc de machines. Le prochain investissement : une abatteuse, probablement la nouvelle série D de Tigercat, plus puissante tout en maintenant la consommation moins élevée.

Même si rien n’est jamais gagné dans le monde de la foresterie, la réouverture de la scierie locale et le dynamisme des employés laissent présager un avenir prometteur pour les Forestiers RBE Lasalle.


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