Foresterie Yéti : le roi de la coupe partielle

Depuis 20 ans, l’entreprise d’Amos s’est inspirée des pratiques scandinaves pour se construire une niche dans la coupe d’éclaircies commerciales.
Émélie Rivard-Boudreau
Décembre 11, 2019
Écrit par Émélie Rivard-Boudreau
La patte du Yéti fait sa trace sur les chan-tiers forestiers de l’Abitibi. Ce n’est pas parce l’abominable homme des neiges y est passé, mais Foresterie Yéti. Son propriétaire, Christian Roy, est un convaincu des bienfaits du jardinage forestier.

« Cet été, on est allés voir une éclaircie qu’on avait faite il y a six ans. C’était superbe », raconte Christian Roy. Le ministère a fait des suivis dans le cadre d’un projet de recherche et le chercheur m’a dit que la plantation gagnait une classe aux cinq ans. Deux centimètres aux cinq ans. C’est immense le gain! », s’exclame l’entrepreneur passionné.

Ses services sont à 90% dédiés à la scierie Eacom de Val-d’Or et pour combler le reste de ses activités, l’entreprise s’adonne aussi à des contrats de coupes totales (CPRS). Il n’en demeure pas moins que c’est avec la coupe partielle qu’elle a construit sa renommée. « Au début, quand j’ai commencé à travailler en forêt, c’était les seuls secteurs où il y avait de la place pour les jeunes entrepreneurs, c’est comme ça que j’ai été capable d’avoir des contrats et j’ai été capable de faire ma niche là-dedans. J’aimais le genre de défi que ça amenait », se souvient Christian Roy.



Une formule « tout-inclus » de la coupe
Le défi, c’était d’offrir aux scieries ce travail « qu’elles n’aiment pas faire » et qu’elles font « au minimum avec des équipes peu habituées ». C’est donc en s’inspirant des pratiques scandinaves que Foresterie Yéti a réussi à faire sa marque. Son modèle d’affaires est basé sur une formule « clé en main », ni plus ni moins que le « tout-inclus » de la coupe partielle. « Je suis arrivé avec une autre approche. Je faisais tout : le rubanage de sentiers, le suivi des inventaires avant et après, puis l’opération. J’ai aussi été capable d’arriver avec des coûts d’opération quand même assez bas et de bonnes productions », énumère Christian Roy.

Selon lui, ce modèle intégré contribue non seulement à charmer ses clients, mais aussi ses employés, qui demeurent fidèles année après année. Une chance inestimable en ces temps de rareté de main-d’œuvre. « C’est un autre genre. On s’occupe de tout et il y en a beaucoup qui aiment ça. Ça développe un sentiment d’appartenance. On sait pourquoi on fait ça. Il y a une continuité. Ce n’est pas juste de dire “on coupe du bois, on coupe du bois, on coupe du bois…», affirme-t-il fièrement.

À quand plus de coupes partielles?
Christian Roy déplore que l’industrie forestière ne pratique pas davantage d’éclaircies commerciales. «L’industrie pense souvent en mètre cube, mais elle ne pense pas en valeur. On peut avoir 100 mètres cubes de 10 cm ou 100 mètres cubes de 20 cm, au bout de la ligne, ce n’est pas le même revenu», calcule-t-il. Bien que freiné par l’industrie, le ministère des Forêts aussi pourrait prendre plus de leadership pour endosser l’efficacité des coupes partielles, croit Christian Roy. «Depuis que le ministère a repris en charge les planifications, il y a un peu moins de vision qu’il y avait avant. On était supposés en faire plus, mais ça a pas mal stagné».

En revanche, le spécialiste admet que l’implantation de coupes partielles à grande échelle demanderait une importante réorganisation dans l’industrie, qui actuellement, ne possède pas l’équipement et l’expérience adéquate pour le faire. «Si le ministère disait “vous avez 3000 hectares à faire comme ça”, ils ne seraient pas capables. Ils n’auraient pas le parc de machineries pour le faire. Pour moi, faire 1000 à 1200 hectares par année, c’est pas mal ma production maximale», expose le dirigeant de Foresterie Yéti.

Son constat et son approche vont de pair avec le professeur de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) Miguel Montoro Girona. «Les coupes partielles, malgré qu’elles apparaissent comme une méthode innovatrice au Québec, c’est une méthode classique de sylviculture qui est pratiquée en Europe depuis plus de 100 ans», fait-il remarquer. Le défi demeure néanmoins de s’adapter aux espèces, au territoire, aux politiques et à l’industrie du Québec. Les résultats du doctorat qu’il a réalisé avec l’Université du Québec à Chicoutimi (UCAQ) prouvent que la coupe partielle pourrait être plus courante, alors que 93 % des coupes effectuées au Canada sont totales.

Le chercheur a étudié la croissance, la mortalité, la régénération et la biodiversité d’épinettes noires sur des sites où avaient été effectuées des coupes partielles et où la scarification et l’ombrage avaient recréé des conditions idéales pour l’essence. «Tous les traitements, tous, avaient 4, 5 et 8 fois, parfois, plus de régénérations que la CPRS [coupe totale]», expose le chercheur. Ses données sur la croissance endossent aussi les observations de Christian Roy. «On a analysé les cernes de croissance des arbres dix ans après les coupes. Tous les arbres ont réagi à la coupe. Ils ont poussé entre quatre et cinq fois plus que les conditions avant la coupe. Il y a des arbres, qui ont poussé jusqu’à 20 fois plus!», s’exclame Miguel Montoro Girona.

Malgré les résultats éloquents, plus de recherches s’imposent selon le jeune chercheur.  Dans les années à venir, avec d’autres professeurs de l’UQAT, il étudiera l’impact des coupes partielles sur la biodiversité et d’évaluer l’impact de l’épidémie de tordeuse de bourgeons de l’épinette sur la défoliation des semis.

Jamais sans “Ponsse”
La patte de Foresterie Yéti est imprimée sur tout un arsenal de marque Ponsse : une abatteuse Scorpion 2017 et une autre Scorpion King 2015. Cette dernière a été opérée pendant plus de 15 000 heures et sera changée en décembre pour le modèle 2020. «Des machines à 8 roues, elles sont hyper stables et rapides. On travaille avec des têtes H6 Ponsse avec 11 mètres de boom, donc on a aussi bonne portée et une superbe vision», énumère Christian Roy, qui vante aussi la faible consommation d’essence de sa machinerie européenne. «On se tient entre 16 et 18 litres à l’heure» affirme-t-il.

Foresterie Yéti a aussi été la première entreprise au Canada à acquérir le porteur Éléphant King 2016 active frame de Ponsse. Avec sa cabine à suspension, la machine offre plus de confort aux opérateurs. Le plus gros porteur de Ponsse est capable de contenir 20 000 kilos. «En ayant deux abatteuses, ça prenait un gros transporteur comme ça pour être capable de fournir», justifie Christian Roy.

La flotte Ponsse est aussi dotée de systèmes informatiques à la fine pointe de la technologie. Souvent sous-utilisées par bien des opérateurs et entreprises, elles sont appréciées à souhait chez Foresterie Yéti. «En ayant des technologies semblables, pour le porteur et la bucheuse, on est capables de faire le suivi des sentiers avec le GPS. Par exemple, le porteur peut avoir le sentier de la bucheuse. On voit tout! Et avec tous les rapports, on est capables d’avoir les cartes, on peut savoir, où est le bois, s’il est à droite ou à gauche, on peut savoir l’essence, c’est fou! À chaque semaine, je sors aussi un rapport de production», s’emballe Christian Roy.

L’ordinateur des machines enregistre le nom de chacun des opérateurs, son nombre d’heures de travail, son rythme et sa consommation d’essence. Toutes informations servent ensuite à comparer les techniques de travail des membres de l’équipe et de les ajuster au besoin.

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