Entrepreneur connecté

Avec des outils de géolocalisation de plus en plus performants, plus de données sur la récolte et sur les machines, les entrepreneurs forestiers sont plus outillés que jamais pour prendre de bonnes décisions.
Guillaume Roy
Juin 27, 2019
Écrit par
Nicolas Filion, des Forestiers JMG, discute avec Julien Pednault, de Produits forestiers Résolu, lors de la prise de données provenant de l’ordinateur de bord de l’abatteuse.
Nicolas Filion, des Forestiers JMG, discute avec Julien Pednault, de Produits forestiers Résolu, lors de la prise de données provenant de l’ordinateur de bord de l’abatteuse.
Pour les Forestiers JMG, une entreprise de récolte forestière qui travaille pour Produits forestiers Résolu dans le nord du Lac-Saint-Jean, le virage technologique a pris un tournant important en 2012, lorsqu’ils ont installé le logiciel FPDat sur leur abatteuse Tanguay 9B 760.
« Ça nous a permis de prendre des données sur le pourcentage d’occupation de la machine et c’est à ce moment-là qu’on a vu qu’on utilisait notre transporteur à seulement 55 % de sa capacité », explique Nicolas Fillion, l’opérateur de l’abatteuse de 26 ans, qui fait partie de la relève entrepreneuriale avec ses deux frères, Maxime et Pierre-Vincent. C’est avec ces données en main que l’entreprise a décidé de faire l’achat d’une deuxième abatteuse, permettant ainsi d’optimiser le transporteur à 95 %.

Depuis 2012, la technologie ne cesse de gagner en importance pour les forestiers qui possèdent aujourd’hui trois abatteuses (deux Tigercat 855D munies de têtes Waratah 415X en plus de la Tanguay) et deux transporteurs Tigercat 1085C.

Au début du mois d’avril, les Forestiers JMG buchaient dans un lot de 5000 mètres cubes gagné aux enchères à Saint-Ludger-de-Milot, dans le nord du Lac-Saint-Jean. « On voulait l’essayer pour combler les pertes de temps au printemps, parce qu’on veut pas rentrer toutes les abatteuses et les transporteurs au garage en même temps », explique Pierre Vincent. Pour l’instant, les entrepreneurs étaient satisfaits de leur première expérience, malgré la quantité de paperasse à remplir.  Les calculs devront être faits après la récolte pour savoir si l’opération a été rentable.

Des outils performants
Bien assis dans son abatteuse, Nicolas Fillion, 26 ans, récolte les arbres avec une fluidité impressionnante. « L’automatisation des têtes a permis de simplifier la récolte », dit-il.  Par exemple, il est possible de sélectionner une essence pour la récolte de plusieurs arbres au lieu de sélectionner l’essence à chaque arbre. Ainsi, l’opérateur gagne en efficacité et gagne des secondes à chaque arbre récolté.

En regardant sur l’écran de sa tablette installée à bord, il peut aussi voir la carte du terrain qu’il doit récolter, qui détaille les endroits où se trouvent les pentes fortes, les cours d’eau ainsi que la délimitation du secteur de coupe. « Ces cartes représentent une grosse amélioration, remarque l’opérateur. Le beau bois est toujours sur les buttons, et il faut savoir où passer pour pouvoir le sortir. »

En plus d’optimiser la récolte, ces cartes ont aussi modifié le travail des superviseurs, qui jusqu’à tout récemment, devaient rubaner le contour du territoire à récolter. Au lieu de scruter les arbres pour voir où sont les rubans, Nicolas Fillion n’a qu’à regarder sur l’écran de sa tablette pour voir là où il doit récolter. Dès que l’abatteuse s’approche de la limite de récolte, une alerte retentit, et un zoom se produit automatiquement sur la carte pour permettre à l’opérateur d’avoir le maximum de détails afin de respecter la limite de récolte, notamment la lisière riveraine de 20 mètres à conserver. (Cette zone tampon est de 6 mètres dans le cas des ruisseaux intermittents). Les zones sensibles et les cours d’eau intermittents sont encore rubanés à la main.

Au fur et à mesure que l’abatteuse se déplace, le logiciel enregistre aussi des points GPS, qui sont par la suite transmis au transporteur grâce à un signal par radio FM. « Ce transfert de données permet à l’opérateur de voir où se trouve le bois avant d’arriver sur le morceau et de prévoir comment il va le sortir », remarque Nicolas Fillion.

« On n’a plus besoin de chercher où se trouve le bois et où sont les ruisseaux, parce qu’on voit tout ça sur la carte », renchérit pour sa part Sylvain Prescott, l’opérateur du transporteur âgé de 58 ans, qui a augmenté sa productivité en s’adaptant aux nouvelles technologies.

Le logiciel utilisé à bord des machines, c’est le GSFNav, développé par le Groupe Système Forêt, une entreprise de Lévis spécialisée dans les solutions géomatiques pour les forestiers. C’est en travaillant en collaboration avec Produits forestiers Résolu (PFR) depuis 2015, que ce logiciel est désormais installé dans presque toutes les machines des entrepreneurs forestiers qui travaillent avec PFR.

Ce travail conjoint a permis de raffiner l’outil constamment en tenant compte des commentaires des forestiers pour le rendre de plus en plus convivial, soutient Gaby Dubuc, ingénieur forestier et propriétaire du Groupe Système Forêt. « Après avoir installé des tablettes avec les cartes dans les abatteuses, les forestiers voulaient qu’on en ajoute dans les transporteurs et dans le camion de services pour voir où sont les machines, dit-il. Alors on l’a fait ».

Cette collaboration a aussi permis d’ajouter plus de sécurité, d’ajouter des alertes et de développer des solutions industrielles, notamment les connexions des tablettes, qui résistent aux défis du terrain forestier, note Julien Pednault, surintendant en efficacité opérationnelle.



Au-delà de fournir des logiciels aux entreprises, le Groupe Système Forêt veut les aider à développer leurs habilités. « Les gens pensent parfois qu’il suffit d’installer un logiciel et que tout est beau par la suite, note Gaby Dubuc. Mais ça prend du support et de la formation pour rendre les gens autonomes. J’aime quand les gens comprennent ce qu’ils font. »

Le logiciel GSFNav, n’est toutefois qu’une partie de la solution complète offerte par le Groupe Système forêt, qui a également développé des solutions pour la planification et pour l’analyse des données avec le logiciel SMF Pro. Ce logiciel, conçu pour faire le suivi après coupe pour les contremaitres, peut aussi être utile pour les entrepreneurs, ajoute Gaby Dubuc. « On s’est rendu compte que ces données-là sont aussi utiles dans le camion service, parce c’est possible de détecter une erreur plus rapidement et de faire les correctifs, dit-il. Ça permet d’accélérer le cycle décisionnel. »

Dans le camion de service, Pierre-Vincent Filion peut ainsi calculer en quelques clics sur l’écran tactile le nombre d’hectares de forêt qui restent à récolter, ainsi que les distances à parcourir. « Je peux facilement calculer la superficie d’un bloc pour décider combien d’abatteuses je vais envoyer dans chaque secteur », dit-il.

En plus de miser sur de telles données, l’équipe des Forestiers JMG, qui a récolté 139 000 mètres cubes l’an dernier, utilise par moment un drone depuis quelque temps. « En prenant des photos des morceaux qu’on fait, ça nous est déjà arrivé qu’on a trouvé un bout de strip qu’on avait oublié », note Pierre-Vincent. Un petit vol de drone banal leur a ainsi permis de sauver un voyage de fardier et toute la perte de temps que ça implique.

Réduire les bris sur les arbres
L’entretien des têtes d’abattage est parfois défaillant, estime Julien Pednault, de Produits forestiers Résolu, ce qui fait augmenter indument la pression des rouleaux sur les arbres. Résultat : les bris sur la fibre sont plus nombreux. En plus d’encourager les entrepreneurs à faire une bonne maintenance de leur tête d’abattage, PFR suggère aux entrepreneurs de miser sur des pics de rouleaux à faible empreinte, comme ceux développés par Équipements Boifor. Plusieurs entrepreneurs-patenteux ont aussi développé leurs propres solutions.

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