Opérations Forestières

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Que fait FPInnovations pour prévenir les espèces exotiques envahissantes?


29 septembre 2020
Par FPInnovations

Dans l’économie mondiale actuelle, où les frontières sont rigides mais poreuses et laissent les biens circuler librement entre les pays, il est de plus en plus difficile d’éliminer les menaces externes ou de contenir les menaces internes. Comment alors pouvons-nous limiter notre exposition aux menaces et infiltrations extérieures tout en soutenant une économie mondiale? Comment pouvons-nous nous protéger contre des envahisseurs exotiques minuscules — parfois même invisibles à l’œil nu, qu’il s’agisse de maladies, d’insectes nuisibles ou d’autres micro-organismes? Dans le cas présent, nous parlons spécifiquement d’infestations de ravageurs forestiers. Depuis des années, FPInnovations travaille en partenariat avec différents organismes pour éliminer ou réduire le risque d’invasions dues à l’introduction accidentelle par l’importation ou l’exportation de bois et de produits du bois, tout en soutenant un commerce international et un accès au marché moins restrictifs.

Un danger latent

Bien qu’ « exotique » puisse sembler magique, mystérieux et fascinant, ce n’est pas toujours souhaitable. Quand il s’agit d’infestations de ravageurs, ces minuscules insectes voyagent souvent sur des produits du bois ou des emballages infestés et traversent des frontières pour pénétrer dans de nouveaux pays, devenant des espèces exotiques et parfois des ravageurs nuisibles dans le nouvel environnement.

Dans un contexte de transport mondial, de marchés ouverts et de commerce international, il est important de limiter l’introduction accidentelle d’espèces non indigènes ou exotiques. Même si de nombreuses espèces sont inoffensives ou gérables dans leur environnement local, elles peuvent avoir des effets catastrophiques quand elles migrent vers de nouvelles régions. Dans la plupart des cas, on ignore comment les ravageurs et les pathogènes se comporteront ou réagiront avec le nouvel environnement, ce qui représente un danger invisible et inconnu pour l’environnement et l’économie. L’impact de ces bio-invasions peut être considérable, causant un effet domino qui peut perturber de façon permanente des écosystèmes complets de forêts indigènes. Les bio-invasions peuvent non seulement avoir des conséquences environnementales dévastatrices, mais elles peuvent aussi avoir d’importantes répercussions sur l’économie. Les impacts économiques et les coûts associés à la gestion des maladies forestières ou des attaques d’insectes peuvent se chiffrer dans les millions, parfois même les milliards de dollars, et le commerce peut être affecté en raison des quarantaines et des restrictions. La prévention demeure le moyen le plus économique et efficace de faire face à ces espèces envahissantes.

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Rôle de FPInnovations dans la réglementation phytosanitaire

FPInnovations alien invasions

La photo montre notre expérience d’inoculation d’un pathogène forestier connu dans une bille fraîche afin de mieux comprendre le réel potentiel de menace que peuvent représenter différents champignons dans les arbres comparativement aux insectes et à d’autres ravageurs, leur survie et leur transmissibilité pendant transformation du bois et après un traitement. L’expérience contribue aussi à mettre au point et vérifier des outils de détection et de surveillance des pathogènes à l’aide des données génomiques.

Depuis les années 90, FPInnovations joue un rôle important dans l’élaboration et le respect de règles phytosanitaires, non seulement au Canada mais partout dans le monde. D’ailleurs, FPInnovations a mené des recherches sur des traitements visant à éliminer les nématodes du pin et leurs vecteurs afin de permettre le commerce du bois vers l’Europe. Ces travaux ont mené à l’élaboration d’un traitement thermique à 56 °C durant 30 minutes qui a par la suite été adopté à l’échelle mondiale, par l’entremise de la Convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV), comme un des principaux traitements destinés aux emballages de bois et qui est souvent appliqué aux autres produits du bois. Depuis, FPInnovations collabore avec l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), le Service canadien des forêts (SCF), les gouvernements provinciaux, le Conseil d’accréditation de la Commission canadienne de normalisation du bois d’œuvre (CLSAB), Produits de bois canadienAffaires mondiales et d’autres organisations afin de préserver l’accès aux marchés pour les produits du bois et respecter les obligations phytosanitaires internationales imposées par la CIPV.

Les règles de la CIPV qui sont les plus pertinentes pour l’industrie des produits du bois sont les Normes internationales pour les mesures phytosanitaires no 39 (NIMP 39) sur les déplacements internationaux de bois et no 15 (NIMP 15) sur la réglementation des emballages en bois utilisés dans le commerce international. La norme NIMP 15 permet deux traitements : le traitement thermique par séchoirs (56 °C/30 min) ou par chauffage diélectrique (60 °C/1 min) de même que la fumigation au fluorure de sulfuryle ou au bromure de méthyle selon des directives précises. Le bromure de méthyle était l’agent le plus couramment utilisé, mais son utilisation est maintenant interdite au Canada et il est en voie d’être éliminé graduellement partout dans le monde, car il est reconnu comme une cause de l’appauvrissement de la couche d’ozone.

En collaboration avec l’ACIA, FPInnovations, un organisme accrédité, mène des audits et aide à mettre en application des programmes de traitement thermique. FPInnovations a aussi fourni des données techniques et scientifiques visant à faciliter l’élaboration d’une série d’options permettant au traitement thermique de répondre aux exigences de la CIPV. Le procédé PI-07 a été préapprouvé, puis intégré au Manuel des conditions d’opération et des lignes directrices sur le traitement à la chaleur de l’ACIA.

Adaptation aux nouvelles technologies

De façon générale, le bois est séché en lots : une charge de bois humide entre dans le séchoir, est séchée puis en ressort avant qu’une autre ne soit traitée. Au cours des dernières années sont apparus des systèmes de séchage en continu qui permettent l’entrée de bois humide qui en ressort sec. Cela a entraîné des questions sur la manière d’appliquer la procédure PI-07 pour s’assurer que les exigences du traitement thermique soient respectées. De façon plus précise, comment s’assurer que chaque partie du bois est exposée aux conditions de 56 °C durant un minimum de 30 minutes (56/30)?

Systèmes de séchage en continu

La principale différence en ce qui concerne le traitement thermique dans des séchoirs en continu par rapport au séchage par lots, c’est que les paquets de bois se déplacent continuellement dans le séchoir et sont par conséquent exposés à différentes conditions de séchage. Les vitesses d’avancement peuvent être utilisées de manière indépendante pour chaque charge de bois, de sorte que les paquets de bois sont exposés à différentes conditions et durées de traitement thermique. La durée du traitement thermique doit tenir compte de la vitesse d’avancement et de l’emplacement des capteurs de température.

C’est au démarrage, lors d’une défaillance ou d’un arrêt (prévu ou non) qu’il est particulièrement difficile d’évaluer si les paquets de bois répondent aux exigences du traitement thermique. Dans ces circonstances, dépendamment de l’emplacement où ils se trouvent pendant la défaillance ou l’arrêt, il arrive que certains paquets n’aient pas complété le traitement à la chaleur. Il faut donc mettre en place une procédure détaillée pour redémarrer le séchoir afin de s’assurer que les paquets qui n’ont pas terminé le traitement avant l’arrêt y restent assez longtemps pour répondre aux exigences du traitement thermique et que les paquets de bois qui ont complété le traitement ne sont pas exposés trop longtemps à la chaleur, ce qui pourrait entraîner un surséchage et potentiellement affecter la qualité du bois d’œuvre à la fin du processus.

Ainsi, en 2018, FPInnovations a été mandatée par le CLSAB et financée par l’ACIA pour élaborer une méthode permettant de s’assurer que le bois séché selon la méthode de séchage en continu soit quand même exposé aux températures prévues par la procédure PI-07.

De plus, la recherche collaborative et les données recueillies par différents groupes internationaux ont mené à l’adoption, à l’échelle mondiale, du chauffage par micro-ondes/radiofréquence (chauffage diélectrique) et à son introduction officielle dans l’annexe des traitements approuvés par la NIMP 15 en 2013 . Ces traitements exigent que le bois soit exposé à 60 °C durant 1 minute. Du travail supplémentaire est requis pour amener cette technologie à l’échelle commerciale et la rendre accessible à l’industrie, ce qui ouvrirait des possibilités pour le traitement de billes, de lots de copeaux ou de produits sciés dans une ligne en continu. FPInnovations surveille la mise au point de cette technologie; l’organisation participe aussi aux recherches portant sur de nouveaux fumigants pour remplacer le bromure de méthyle.

Prochaines étapes

Comme le chauffage conventionnel n’est pas toujours possible pour des raisons liées à l’économie, à la tolérance des matériaux ou au facteur temps (et comme le bromure de méthyle est en voie d’être interdit), une bonne partie des recherches menées dans le monde se consacrent à trouver de nouvelles options de traitement phytosanitaire et de nouvelles stratégies de gestion. FPInnovations participe à plusieurs initiatives internationales qui portent sur l’efficacité de ces technologies, le développement de programmes de traitement et leur intégration dans les normes phytosanitaires actuelles ou futures.

Voici les domaines de recherche sur lesquels FPInnovations se concentre :

  • Évaluer l’efficacité de nouveaux fumigants potentiels : plus récemment l’éthane dinitrile (EDN), un des nouveaux fumigants les plus prometteurs pour remplacer le bromure de méthyle.
  • Utiliser une approche systémique pour les mesures phytosanitaires afin de reconnaître que les multiples étapes dans la transformation du bois sont efficaces pour éliminer les ravageurs.
  • Se concentrer sur la gestion et la compréhension des ravageurs.
  • Comprendre le réel potentiel de menace que représentent les organismes (maladies) fongiques qui peuvent se retrouver sur les produits du bois commercialisés. De nombreux organismes transportés sur le bois ne causeront jamais de maladies. Comprendre le risque que représentent ces organismes pourrait prévenir des différends réglementaires ou commerciaux inutiles.
  • Les producteurs de granulés de bois se demandent depuis peu s’il suffit de surveiller la température de l’air dans le séchoir pour s’assurer qu’ils se conforment à la procédure PI-07. FPInnovations s’intéresse à la surveillance de la température dans la partie la plus profonde du bois par l’entremise de capteurs permettant de déterminer si la température de l’air est un indicateur précis de la température du bois.
  • Dans les années 90, un processus a été mis en place pour s’assurer que tout le bois exporté était non infesté. Ce processus consistait à chauffer le cœur du bois à 56 °C durant 30 minutes pendant le séchage et le traitement. De nouvelles règles européennes exigent maintenant que certaines essences de bois soient traitées à 56 °C durant 40 minutes. FPInnovations fait des recommandations à l’ACIA pour aider à faire face à ces changements.
  • L’Union européenne a instauré de nouvelles exigences pour le traitement du placage. En plus de respecter les règles existantes (toutes les essences résineuses), le placage de moins de 6 mm provenant de nombreuses essences feuillues doit aussi être traité avant d’être exporté. FPInnovations a évalué l’efficacité du processus de production du placage industriel dans des conditions phytosanitaires et l’équivalence du chauffage de placages à 56 °C durant 30 minutes pour appuyer les efforts de RNCan qui visent à éliminer les exigences de certification pour les exportations de mince placage de bois vers l’Europe.
  • FPInnovations collabore également à trois projets (notamment les projets BioSAFE et Taiga) dirigés par le groupe de la pathologie forestière de l’Université de la Colombie-Britannique (laboratoire Hamelin) et financés par Génome Canada, Genome BC, Génome Québec, RNCan, l’ACIA et d’autres, qui visent à utiliser la génomique pour mettre au point des outils avancés de détection et de surveillance des pathogènes et des ravageurs. FPInnovations évalue actuellement l’efficacité de certains de ces outils de détection dans des billes infestées.

Pour en savoir plus, communiquez avec Adnan Uzunovic, chercheur principal, à adnan.uzunovic@fpinnovations.ca, ou avec Angela Dale, chercheuse, à angela.dale@fpinnovations.ca.