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Protection du caribou : des projets pilotes en Gaspésie et dans Charlevoix et de nouveaux outils de conservation

1 mai, 2024  par Guillaume Roy



Québec annonce un investissement de 60 millions de dollars pour la protection du caribou forestier, avec le déploiement de stratégies régionales en Gaspésie et dans Charlevoix. Au passage, Québec ajoute deux nouveaux types de territoire permettant la protection du cervidé en plus d’annoncer l’agrandissement de 5000 km2 d’une aire protégée.

Le ministre de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC), Benoit Charrette, a annoncé un investissement de 60 millions de dollars pour la protection du caribou forestier sur l’ensemble du territoire québécois, en dévoilant toutefois deux stratégies régionales, en Gaspésie et dans Charlevoix, plutôt que la stratégie nationale attendue. Aucun échéancier n’est fixé pour les autres régions, alors que le ministre de l’Environnement évoque la possibilité de repousser les annonces après les prochaines élections provinciales.

«Ce sont des projets que l’on peut qualifier de pilote, en respect des particularités des régions, a mentionné Benoit Charrette, le ministre de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC), lors d’une conférence de presse organisée hier en Gaspésie. [Pour les autres régions], on n’a pas de calendrier précis. Je ne suis pas en mesure de vous dire si ça sera dans un an, dans deux ans ou davantage. On veut bien faire les choses», ajoute-t-il, voulant rassurer les régions pour tenir compte des différentes réalités sur le territoire.

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Dans son annonce, il a parlé des montants de 7,5 millions de dollars alloués pour le suivi des populations et d’un autre 7 millions de dollars pour la restauration de l’espèce, pour l’année 2024-2025. Dans les documents rendus disponibles en ligne, on peut voir que le budget de 59,5 millions de dollars sera déployé sur plusieurs années, sans préciser davantage, alors que 33 millions sont prévus pour le suivi des populations et 26,5 millions pour la restauration de l’habitat du caribou.

Les stratégies régionales annoncées visent des hardes particulièrement vulnérables, a mentionné Benoit Charrette. La harde de Val-d’Or n’a pas été incluse, car le secteur a été trop affecté par les feux de forêt, a-t-il justifié, ajoutant que les caribous dans ce secteur sont déjà placés dans des enclos.

«Notre objectif c’est d’offrir de la prévisibilité pour les activités économiques, mais aussi pour la protection de l’espèce », a pour sa part remarqué la ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Maïté Blanchette Vézina. «On veut préserver le dynamisme économique de nos communautés forestières. C’est un équilibre qui n’est pas simple à atteindre et on a pris le temps de bien faire les choses».

De nouveaux outils de conservation

Dans son allocution, le ministre Charette a présenté peu de détails sur les mesures concrètes de protection qui seront mises en place.

Des cartes présentant les nouveaux secteurs protégés et les nouveaux outils de conservation, tels que les massifs de conservation et les zones d’habitat en restauration.

Québec se dote pourtant de nouveaux outils en proposant une modification du Règlement sur les habitats fauniques en y ajoutant deux nouveaux types de territoire, soit les massifs de conservation et les zones d’habitat en restauration, souligne Alain Branchaud, le directeur général de la SNAP Québec. «Le gouvernement a réussi à donner au ministère de l’Environnement une capacité de protéger le caribou en laissant une certaine forme de flexibilité, dit-il. Le diable est dans les détails, mais d’un point de vue de la conservation, je pense qu’on a réussi à aller assez loin dans les propositions».

En termes concrets, Québec crée deux zones d’habitat en restauration de près de 5000 kilomètres carrés dans Charlevoix et en Gaspésie. Certaines activités forestières et minières pourraient être maintenues dans ces ZHR avec un avis favorable du MELCC. Deux massifs de conservation de 910 et 2300 km2 sont également créés en Gaspésie et dans Charlevoix. Théoriquement, ces annonces devraient affecter la possibilité forestière, car les taux de perturbation des deux hardes, qui s’élèvent à 87 et 92 %, devront être abaissés à un taux de 35%.

Pour bien protéger le caribou, des mesures similaires devront être prises pour les autres hardes de caribous, croit Alain Branchaud, qui considère ces outils comme un progrès très intéressant pour la protection d’espèces menacées ou vulnérables.

De plus, Québec annonce un projet d’agrandissement de 4826 km2 de l’aire protégée des Caribous-Forestiers-de-Manouane-Manicouagan, au-delà de la limite nordique des forêts attribuables à la récolte, en plus de créer la réserve de biodiversité Vallières-Saint-Réal en Gaspésie, un territoire de 96 km2 déjà mis de côté dans les annonces de 2020.

La science a démontré que la perte d'habitat est le plus importante menace pour le caribou, a mentionné le ministre de l'Environnement Benoit Charette.

En attente de la réaction du fédéral

Avec les mesures annoncées, Benoit Charrette a invité le gouvernement fédéral à financer la stratégie avec son gouvernement, ajoutant qu’Ottawa n’a pas à s’immiscer dans ce dossier de juridiction provinciale. Ottawa avait sommé Québec de présenter un plan de protection du caribou pour le 1er mai.

Malgré les propositions intéressantes faites par Québec, Alain Branchaud croit que le gouvernement fédéral devra continuer à mettre de la pression pour assurer la protection des hardes les plus vulnérables, comme celle du Pipmuacan, le plus rapidement possible.

Martin-Hugues Saint-Laurent, professeur en écologie animale à l’Université du Québec à Rimouski et spécialiste du caribou, aurait pour sa part espéré voir une stratégie plus complète qui permet de restaurer la connectivité de l’habitat du caribou forestier. Comme il n’avait pas pu prendre connaissance du document détaillé au moment de commenter, il disait tout de même laissé la chance au coureur.

Les Innus déplorent l’absence de stratégie

Dans une prise de position commune envoyée par voie de communiqué, les communautés d’Essipit et de Mashteuiatsh ont déploré les reports injustifiables en ce qui a trait à la stratégie nationale de protection du caribou. «Se contenter d’annoncer la mise en œuvre de quelques actions très ciblées, comme le Québec vient de le faire, alors que la situation du caribou s’avère aussi critique, dénote un flagrant manque de courage politique, de vision et de sensibilité pour l’espèce qui continue définitivement à disparaître», peut-on y lire.

Les deux nations innues souhaitent donc poursuivre leurs recours judiciaires contre Québec. « Nous ne baissons pas les bras et nous sommes déterminés à mener de front notre recours contre Québec intenté en février 2022 pour manquement en matière de consultation et d’accommodement entourant les enjeux de protection d’Atiku et dont le procès s’amorcera le 13 mai 2024. »



Allier foresterie et préservation

À la suite de la présentation faite par Québec, le Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ) a souligné l’importance de concilier la foresterie et la conservation.

«Il faut arrêter d’opposer foresterie et protection, estime Jean-François Samray, le président-directeur-général du CIFQ. Ces deux actions sont possibles simultanément si la gestion forestière passe d’un mode extensif à un mode intensif et que l’État se donne les moyens pour y arriver.»

L’Alliance forêt boréale (AFB) salue pour sa part la décision du gouvernement d’adapter sa stratégie aux différentes réalités régionales, remarque Yanick Baillargeon, le président d’AFB. «Le mur-à-mur n’aurait pas donné les résultats escomptés et aurait mis en péril plusieurs communautés forestières de notre territoire», dit-il.


L’ÉTAT ACTUEL DES HARDES DE CARIBOUS FORESTIERS

Les populations de caribous du Québec, fortement perturbées par l'activité humaine, poursuivent leur déclin selon de nouveaux inventaires qui seront publiés lundi par le ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs.

Le Québec compte en ce moment une population de 8273 caribous forestiers et montagnards distribués dans 13 hardes qui évoluent principalement dans une large bande de la forêt boréale entre l’Abitibi à l’ouest et le Labrador selon les données contenues dans les rapports d’inventaires aériens réalisés au cours des 10 dernières années.

Ce sont du moins les chiffres disponibles au moment de l’annonce par le ministre de l’Environnement Benoit Charette de deux projets pilotes qui seront déployés dans les régions de la Gaspésie et de Charlevoix pour le rétablissement de deux hardes en difficulté. Ces deux hardes, dont l’une a été placée dans un enclos dans le parc des Laurentides, comptent moins de 50 caribous chacune.

Le décompte réalisé par Le Quotidien a été fait à partir des documents publiés par la Commission Gélinas et l’ajout des inventaires additionnels qui n’avaient pas été réalisés au moment de cet exercice. Il intègre de plus le principe du taux de détection qui est calculé à partir des caribous qui ne sont pas observés, mais dont les colliers émetteurs transmettent toujours des données au gouvernement du Québec.

C’est ainsi que pour les 13 hardes, les auteurs des survols ont vu 6533 cervidés dans les aires de répartition des 13 hardes. Avec le taux de détection, ce nombre passe à 8273 caribous. Les 13 hardes évoluent dans quatre zones bien précises selon les paramètres du Plan de rétablissement du caribou du Québec. Ce sont les zones nord, centre, sud et est. Le grand enjeu du débat sur la protection du caribou réside uniquement dans les zones centre et sud puisqu’il n’y a aucune exploitation forestière dans les zones est et nord.

L’objectif fixé dans le Plan de rétablissement du caribou forestier 2018-2023 pour les zones centre et sud était de l’ordre de 4300 caribous. Le nombre observé par les auteurs des inventaires était de 4644 cervidés et il passe à 5926 lorsque l’on tient compte du facteur de détection qui permet d’ajouter les animaux qui n’ont pas été observés, mais qui évoluent dans les hardes.

Le dernier élément important sur l’état de situation des hardes a été transmis au gouvernement du Québec et au cabinet du premier ministre François Legault par la ministre et député de Chicoutimi, Andrée Laforest. Il s’agit d’une carte qui précise l’endroit ou les groupes de caribou ont été observés. Selon ce document, qui n’a jamais été contredit par le ministère de l’Environnement, c’est plus ou moins 80 % des groupes de caribou observés sur le territoire qui étaient au moment de l’inventaire à l’intérieur d’une aire protégée ou de l’autre côté de la limite nordique des forêts destinées à l’exploitation forestière.


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