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Pour une recette maison de la bioénergie forestière

L’intérêt pour la production d’énergie renouvelable a augmenté grandement au cours des dernières années.


4 juin 2014
Par Evelyne Thiffault

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L’intérêt pour la production d’énergie renouvelable a augmenté grandement au cours des dernières années. Le Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (le GIEC) a consacré tout un rapport aux énergies renouvelables. On y a estimé le potentiel de différentes sources pour remplir les besoins en énergie actuels et futurs, et la biomasse y occupe une grande place, en outre parce que les technologies de production de bioénergie sont très souvent déjà compétitives par rapport aux énergies fossiles. L’Europe a déjà pris à vitesse grand V le virage vers la bioénergie, et s’est donné des cibles ambitieuses d’utilisation de la biomasse.

La question qu’on peut se poser est : peut-on imaginer un virage semblable au Québec, peut-on rêver d’avoir un jour une filière de la biomasse forestière vigoureuse? Il faut bien sûr réa liser que les forces en action en Europe, les « drivers » qui rendent possible l’expansion de la filière de la bioénergie là-bas, sont très spécifiques à sa situation géopolitique. L’intérêt (ou l’urgence) de se départir de la dépendance aux combustibles fossiles est pressant pour certains pays d’Europe. De plus, l’accès aux ressources naturelles est plus limité. C’est une généralisation évidemment, car les différences sont grandes entre les pays européens, mais tout cela force à être imaginatif, à produire de l’énergie par tous les moyens possible, avec des politiques publiques à l’avenant! Le Québec est un pays riche en territoires et en ressources naturelles; nous avons d’immenses barrages hydroélectriques, des parcs éoliens. Des données montrent même que le Québec est en surplus d’électricité verte! Une situation inusitée en Europe. Tout cela pour dire qu’il ne faut pas nécessairement attendre que les mêmes « conditions gagnantes » apparaissent ici pour que l’expansion de la bioénergie forestière se fasse; cette expansion se fera selon une recette maison.

Retourner à la base
Par contre, une page du livre européen que l’on peut emprunter, notamment du chapitre scandinave, c’est celui du « back to basics » : le développement de la bioénergie forestière devrait d’abord se faire par l’expansion du chauffage à la biomasse dans les communautés, en remplacement des combustibles fossiles. Cette filière fait appel à des technologies matures, simples, avec des chaînes d’approvisionnement courtes. La rentabilité financière n’est pas garantie, mais elle est probable, et des emplois sont créés. D’un point de vue environnemental, si la source d’approvisionnement est surtout des résidus d’usine, de coupe totale ou d’autres travaux d’aménagement forestier, les bénéfices en termes de réduction des émissions de gaz à effets de serre sont réels et appréciables, et les impacts écologiques négatifs sont faibles. Ce n’est pas glamour le chauffage à la biomasse, mais ça fonctionne!

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Des programmes déjà en place
La bonne nouvelle, c’est que Québec a compris depuis un temps déjà. À l’automne 2013, il a annoncé son Programme de biomasse forestière résiduelle, qui vise spécifiquement la production de chaleur. C’est grâce aux prédécesseurs de ce programme, qui ont connu un succès énorme, que plusi-eurs projets de chauffage communautaire à la biomasse ont germé dans les régions du Québec. Quelques-uns sont devenus des belles histoires de réussite, qui contribuent à la lutte aux changements climatiques et valorisent le secteur forestier. D’autres dorment encore dans des cartons, parce que les décideurs locaux sont nerveux. Ils voient le prix du gaz naturel descendre, ils se demandent si la rentabilité y sera… L’expansion de la bioénergie forestière, ça relève encore un peu de l’acte de foi au Québec, parce qu’on comprend mal les retombées réelles pour les communautés. Pourtant, un des « drivers » qui émerge au Canada, c’est que la filière de la bioénergie forestière contribue à la revitalisation du réseau forestier industriel et communautaire. Ça pourrait être ça, un des ingrédients principaux de notre recette maison d’expansion de la bioénergie! Si on se projette dans l’avenir, je peux prédire sans trop me tromper que les combustibles fossiles se feront plus rares dans le futur, leurs prix iront à la hausse. L’enjeu des changements climatiques sera certainement encore là, et surtout, comme société, nous allons continuer à vouloir des communautés forestières dynamiques.


Evelyne Thiffault est chercheuse scientifique en biomasse forestière au Centre de foresterie des Laurentides


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